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La mouche du bleuet est très sédentaire et ne vole pas très loin, ce qui limite les risques de propagation.
La mouche du bleuet est très sédentaire et ne vole pas très loin, ce qui limite les risques de propagation.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean doit apprendre à vivre avec la mouche du bleuet

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
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Le dépistage effectué par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) à l’été 2020 a révélé que la mouche du bleuet est bel et bien implantée au Saguenay-Lac-Saint-Jean, particulièrement dans la MRC Maria-Chapdelaine. Étant donné que l’insecte persiste dans le sol plusieurs années, il sera difficile de l’éradiquer, mais il est possible de bien contrôler sa population et éviter qu’il ne se répande d’une bleuetière à l’autre.

Sur les 30 sites de dépistage déployés dans la région l’an dernier, cinq sites ont révélé la présence de la mouche du bleuet, explique Pierre-Olivier Martel, agronome et conseiller en horticulture fruitière au MAPAQ, qui a présenté ces résultats lors de la journée Bleuet, le 17 mars dernier.

On a retrouvé des mouches du bleuet dans cinq des 30 sites déployés par le MAPAQ, dont quatre dans la MRC Maria-Chapdelaine et un seul dans la MRC du Domaine-du-Roy.

Une seule mouche a été retrouvée sur trois sites, 10 mouches ont été trouvées sur un autre site, alors que le site le plus infesté en comptait 493. Quatre des cinq sites où l’on a retrouvé la mouche du bleuet se trouvaient dans la MRC Maria-Chapdelaine et un dans la MRC du Domaine-du-Roy.

« C’est la première fois que l’on a un réseau aussi étendu pour le dépistage », souligne l’agronome, en ajoutant que les données démontrent que c’est le début de l’infestation. Par le passé, c’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui effectuait ce travail de dépistage, mais les clauses de confidentialité signées avec les agriculteurs empêchaient le plein partage des données recueillies.

Le MAPAQ a déployé un réseau de dépistage sur 30 sites l’an dernier.

La mouche du bleuet pond ses œufs dans les fruits, d’où la larve émerge pour devenir une pupe. À ce stade intermédiaire, l’insecte qui ressemble alors à un cocon, tombe au sol, où il reste enfoui tout l’hiver, où il peut résister aux rigueurs climatiques. « L’insecte peut rester de deux à quatre ans au stade de pupe dans le sol », souligne Pierre-Olivier Martel.

Étant donné que l’insecte persiste dans le sol plusieurs années, il est difficilement envisageable de pouvoir l’éradiquer, estime l’agronome du MAPAQ. « Il faut apprendre à vivre avec », dit-il.

Des mesures de biosécurité seront nécessaires pour éviter des infestations de la mouche du bleuet dans d’autres bleuetières.

Même si ce n’est pas une bonne nouvelle, la situation n’est pas dramatique, car les producteurs du Maine et du Nouveau-Brunswick composent avec l’insecte depuis plusieurs années.

L’insecte peut causer la perte de fruits, mais anéantit rarement une production complète. « Il n’y a qu’une seule génération d’insecte par année et la mouche du bleuet est très sédentaire », poursuit-il. L’insecte se retrouve généralement en périphérie des bleuetières, et comme il est peu mobile, il est relativement facile de contrôler les populations lorsque sa présence est identifiée.

La pupe de la mouche du bleuet peut rester de 2 à 4 ans enfouie dans le sol, à l’abri des rigueurs hivernales.

Plus de nettoyage pour éviter la contamination

« Par elle-même, la mouche du bleuet ne fait pas de longs vols qui pourraient lui permettre de contaminer une autre bleuetière », souligne Pierre-Olivier Martel. Étant donné que c’est plutôt l’homme qui la transporte, d’importantes mesures de biosécurité devront être prises pour limiter le danger de contamination. Avant de se déplacer d’une bleuetière à une autre, toutes les machines, que ce soit pour le fauchage ou la récolte, devront être nettoyées. Le nettoyage des camions et des remorques est aussi de mise, car l’insecte peut se trouver dans la boue.

« Les producteurs devront être consciencieux pour éviter la propagation », estime Daniel Gobeil, le président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ). Ce dernier a par ailleurs fait une demande de financement au MAPAQ pour installer des sites de lavage, d’une valeur d’environ 2500 dollars chacun, dans les bleuetières.

Plusieurs produits sont homologués pour le traitement de la mouche du bleuet. La majorité du temps, il est possible de traiter seulement les petites superficies infestées, en bordure des bleuetières, remarque l’agronome.

La mouche du bleuet est très sédentaire et ne vole pas très loin, ce qui limite les risques de propagation.

Un traitement biologique existe aussi, ce qui représente une excellente nouvelle pour plusieurs producteurs de la région, alors que 20 % des superficies sont désormais sous régie biologique dans la région.

Jusqu’à récemment, le Saguenay-Lac-Saint-Jean était exempt de la mouche du bleuet, ce qui conférait un avantage pour les producteurs, car ces derniers n’avaient pas à utiliser autant de pesticides que les producteurs des Maritimes et du Maine. « On crée une plus-value avec le bleuet biologique et le bleuet sans pesticide, souligne Daniel Gobeil. On doit mettre le paquet pour éteindre le feu avant que ça infeste toute la région ».

Pour bien connaître l’étendue de l’insecte, le programme de dépistage du MAPAQ se poursuivra cette année et de nouvelles mesures de biosécurité seront mises en place.

Plus de recherche pour mieux comprendre

Au cours des prochaines années, le MAPAQ travaillera avec des chercheurs de l’Université Laval pour établir un modèle climatique de la vitalité de l’insecte dans la région.

Seul un site a connu une grosse infestation avec 493 mouches piégées.