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Le revenu minimum garanti, une utopie?
Le revenu minimum garanti, une utopie?
Doctorant en science politique à l’Université McGill, les travaux de Olivier Jacques portent sur les finances publiques et les inégalités. ­
Doctorant en science politique à l’Université McGill, les travaux de Olivier Jacques portent sur les finances publiques et les inégalités. ­

Un rêve trop coûteux, selon Olivier Jacques

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
« Faire un revenu à tout le monde, sans distinction, est tout simplement impossible à financer. »

L’idée d’une allocation universelle fait rêver, admet Olivier Jacques, de l’Université McGill, qui a concentré ses recherches sur la politique des finances publiques, l’État-providence et les répercussions des politiques sur la distribution de la richesse.

Pour y arriver, tous les Québécois, pas seulement les plus riches, devront payer considérablement plus d’impôt.

« Ça prendrait une hausse incroyable d’impôt. Dans le rapport d’expert, on voit que pour financer 6000 $ par année par personne, ce qui est loin du seuil de la pauvreté, il faudrait que tous les Québécois payent le taux maximal d’imposition, celui qui est destiné aux gens qui ont des revenus de 200 000 $ et plus. Ça représente 50 % de chaque dollar gagné. Ça ferait du Québec l’endroit le plus imposé au monde. Est-ce que c’est ce que la population veut, peut-être ? Si c’est le cas, faisons le débat. »

Si on prend seulement les transferts actuels du Québec, ce n’est que 900 $ par année par personne qui pourrait être versé comme revenu de base universel. « On est loin du 6000 $ par année, et encore plus loin des 2000 $ par mois. Donc, ça prend des nouveaux revenus pour se payer un tel programme. »

Selon M. Jacques, les gouvernements devraient plutôt bonifier les programmes existants pour éliminer la pauvreté. « On peut réduire la pauvreté de plusieurs manières, sans passer par ces programmes très coûteux. On augmente le salaire minimum un peu, on augmente la prime au travail, on met l’assistance sociale plus généreuse et on s’assure qu’il y a un plus grand nombre de chômeurs qui peuvent recevoir l’assurance emploi. Ça va coûter quelques milliards $ par année, oui, mais on va avoir réglé plusieurs problèmes », pointe M. Jacques.

Et pour mieux protéger les travailleurs, l’élargissement des conditions à l’assurance-emploi semble la stratégie la plus simple, pour le moment. Un peu à l’image de la PCU, qui se veut plus souple.

« On pourrait revenir au modèle des années 80, alors qu’entre 80 % et 90 % des chômeurs avaient droit à l’assurance-emploi. Aujourd’hui, c’est moins de 50 %. Les travailleurs à temps partiel, ceux qui n’ont pas cumulé assez d’heures et les gens qui déclarent ne pas chercher emploi, sont tous des gens qui n’ont pas accès. Pour y avoir droit, ça prend un emploi stable. Le rendre plus accessible serait déjà un énorme pas », estime le doctorant.