Contenu commandité
Le revenu minimum garanti, une utopie?
Le revenu minimum garanti, une utopie?
Martin Zibeau est connu dans son milieu pour avoir mené plusieurs projets alternatifs, dont une monnaie d’échange locale.
Martin Zibeau est connu dans son milieu pour avoir mené plusieurs projets alternatifs, dont une monnaie d’échange locale.

Martin Zibeau sert de cobaye

Un revenu de base inconditionnel, de 19 000 $ par année, ça existe au Québec. Du moins, pour une personne.

Martin Zibeau, un résidant de la Gaspésie, reçoit chaque semaine 375 $ dans son compte, sans rien donner en échange.

Le père de deux enfants, sans emploi, est en quelque sorte le cobaye d’un projet pilote. Depuis plusieurs mois déjà, voire des années, des acteurs du milieu communautaire et de la santé du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine militent pour qu’en 2040, tous les résidants de ces secteurs reçoivent un revenu de base pour subvenir à leurs besoins. Soutenu par le directeur de santé publique de la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le Dr Yv Bonnier-Viger, un proche de Québec solidaire, cette expérience vise à compiler et faire circuler les idées et les impacts d’un accès inconditionnel à un revenu de base.

« Depuis le 1er janvier, je reçois toutes les semaines un montant dans mon compte. Je suis, en quelque sorte, le pilote dans le pilote », résume, non sans humour, celui qui n’a jamais eu accès à des prestations d’aide sociale.

Difficile de cadrer M. Zibeau dans une case. Il n’a pas de travail stable, il passe d’un contrat à l’autre, dans différents domaines. Il a la garde partagée de ses enfants avec son ex-conjointe, qui habite maintenant en Colombie-Britannique. « Disons que pour le travail, ça peut être compliqué. Pendant quatre mois, je suis hyper disponible et je peux travailler 80 heures par semaine. Mais les quatre mois suivants, je suis papa à temps plein, avec l’école à la maison. Ça complique les choses », indique M. Zibeau, natif de Québec.

Le projet pilote est arrivé naturellement. Adepte de la simplicité volontaire, il avait du temps pour s’impliquer dans sa communauté et le revenu de base est un concept qui lui est devenu cher, après sa rencontre avec le directeur de la santé publique de son secteur.

« On parlait de ce concept et j’ai immédiatement offert mon aide. Le contact a commencé comme ça, et le projet pilote est arrivé quelques mois plus tard. On me donne un revenu de base qui représente l’équivalent de la mesure du panier de consommation pour l’Est-du-Québec, soit 19 000 $ environ. Je n’ai aucune condition de rattachée à ça. Je ne dois rien à personne. Mais je documente les impacts. Je suis quand même un cobaye un peu organisé, un chercheur en quelque sorte. »

Qui paye ce montant ? La santé publique ? Un organisme L’ARBRE ? « Je ne le sais même pas. Mais ce n’est pas important pour moi. C’est peut-être une entreprise ou une organisation du secteur qui finance. J’ai des rencontres avec les divers intervenants et je fais une déclaration de revenus tous les trois mois. Par exemple, si j’ai un contrat, le revenu de base peut être annulé pendant mon contrat. Le but est de le vivre et de le documenter. »

En effet, contrairement à d’autres concepts de revenu de base universel, celui visé par ces acteurs de l’Est-du-Québec serait versé uniquement à ceux qui n’ont pas d’emploi ou qui ont un revenu d’emploi insuffisant. Selon les données de L’ARBRE, sur les quelque 291 000 citoyens du territoire, 44 000 personnes vivent sous le seuil de la pauvreté et en bénéficieraient directement. 175 000 autres ayant un revenu de moins de 25 000 $ pourraient également en profiter. Seulement 116 000 personnes n’auraient pas droit à cette aide, en raison de leurs revenus. Mais ils seraient également gagnants, avec des retombées directes dans leur communauté.

« C’est un outil de lutte pour la pauvreté, oui, mais pas seulement ça. En fait, 100 % de l’argent est réinvesti dans l’économie locale. Évidemment, de la sensibilisation à l’achat local serait nécessaire, même si ce revenu est donné sans condition », indique Martin Zibeau.

En plus de subvenir à ses besoins de base, la personne qui reçoit cette aide se sent mentalement plus confortable et, selon les études, a plus de chances d’améliorer sa santé physique. « L’économie est un déterminant de la santé », rappelle M. Zibeau.

Certains détracteurs d’une allocation universelle croient qu’une telle aide serait un incitatif à rester à la maison et à délaisser les emplois peu rémunérés. Le cobaye préfère faire confiance en la volonté de la population et croit que ceux qui veulent réduire leur dépendance au travail pourraient le faire et jouer un rôle différent dans la société.

« Je pense que les gens veulent être utiles à la société et ce montant permet de le faire. Mais c’est évident que le revenu de base va soulever des questions sur certains emplois. Est-ce que c’est correct de recevoir seulement 400 $ par semaine pour travailler comme une folle ? Je n’ai aucun problème avec le fait que les gens ne voudront pas travailler à ce salaire-là, par exemple, dans un dépanneur. Ça va nous faire réaliser que les jobs comme ça, qui sont nécessaires, devront être mieux traitées. Ils sont souvent plus utiles que des gens qui font des salaires faramineux », croit M. Zibeau.