La situation dans les établissements du CIUSSS, dont l'hôpital de Chicoutimi, est difficile selon la FIQ.
La situation dans les établissements du CIUSSS, dont l'hôpital de Chicoutimi, est difficile selon la FIQ.

Le réseau de la santé poussé à la limite, prévient la FIQ

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean (FIQ) juge que la capacité du réseau régional a dépassé la ligne rouge et est à l’extrême limite où elle peut maintenir tous les services à la population en raison de la flambée de la COVID-19 qui provoque des retraits de membres du personnel tous les jours.

La présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard, est loin de partager l’avis du directeur régional de la santé publique Donald Aubin qui expliquait, en point de presse lundi, que le réseau régional de la santé avait encore la capacité suffisante d’absorber la pandémie. Il s’agit de l’un des trois critères servant à déterminer si la région passera ou non en zone rouge dans les prochaines heures.

La décision du CIUSSS de recourir à l’arrêté ministériel pour contraindre le personnel à travailler dans des milieux autres que leur port d’attache comme ce sera le cas à l’hôpital d’Alma dans les prochaines heures est un bon indicateur, selon la FIQ régionale, de la précarité de la situation.

«La situation est critique en médecine et chirurgie à l’hôpital d’Alma et au CHSLD Isidore- Gauthier, il y a des éclosions dans une résidence privée à Jonquière que nous allons couvrir, ainsi qu’en médecine à l’hôpital de Jonquière et c’est aussi très difficile au département D2, dédié à la COVID-19 à l’hôpital de Chicoutimi, où nous sortons des professionnels tous les jours. Pendant ce temps, le virus continue de circuler partout dans la communauté», a déclaré au Quotidien Julie Bouchard.

Risque

La confirmation de quatre cas de COVID-19 au sein du personnel du département D2 à l’hôpital de Chicoutimi, portant ainsi le total à six depuis le début de la deuxième vague, a été pointée par la présidente comme étant un événement qui oblige la direction du CIUSSS à bien prendre la mesure de ce qui risque de se passer dans le réseau au cours des prochains jours.

«Nous avons eu des rencontres et sérieusement, on se demandait comment nous allions être en mesure de nous en sortir avec la décision du ministère de maintenir tous les services afin d’éviter d’étirer les listes d’attente en chirurgie, ce qui n’aurait aussi pas de sens», reprend Julie Bouchard.

Avant le début de la pandémie, la FIQ régionale évaluait les besoins en infirmières et infirmières auxiliaires à plus ou moins 200 personnes. À ce manque de personnel se sont ajoutées les professionnelles retirées du milieu de travail ou déplacées vers des tâches administratives en plus des départs prématurés à la retraite. Selon Julie Bouchard, il faut aujourd’hui ajouter un autre déficit de 75 infirmières, infirmières auxiliaires ou inhalothérapeutes retirées du travail depuis le début de la seconde vague. «On s’attend à ce que ça se propage plus dans les écoles et entreprises, et c’est déjà commencé. Ça veut dire que si l’enfant ou le conjoint d’une professionnelle ou d’un professionnel peut être en contact ou même contaminé, c’est une de plus qui doit être retirée du travail. Ces cas s’ajoutent à nos membres infectés dans les milieux de soins. La seconde vague est plus agressive que la première et les chiffres le démontrent, mais cette fois, c’est partout en même temps alors que la première vague a été plus concentrée dans certains milieux», reprend Julie Bouchard.


« On s’attend à ce que ça se propage plus dans les écoles et entreprises, et c’est déjà commencé. Ça veut dire que si l’enfant ou le conjoint d’une professionnelle ou d’un professionnel peut être en contact ou même contaminé, c’est une de plus qui doit être retirée du travail. »
Julie Bouchard, FIQ

Mesures draconiennes

Pendant la première vague, le CIUSSS était parvenu à gérer tous les aspects de la pandémie sans avoir recours aux arrêtés ministériels qui permettent à l’employeur de décréter des conditions de travail. Ce qui comprend les assignations dans les établissements et les horaires de travail. Mais dans la seconde vague, les directives du ministère sur la poursuite des activités régulières en milieu hospitalier et dans les autres services limitent grandement la capacité d’action.

«On avait procédé à des opérations de délestage un peu partout. On se rappelle de la fermeture d’un département complet en médecine à Chicoutimi et le déplacement du personnel sur une base volontaire vers le CHSLD de la Colline. En ce moment, on demande de maintenir les activités partout et en chirurgie, ce qui limite beaucoup le bassin de main-d’œuvre pour compenser les retraits dans les milieux en éclosion», a soulevé Julie Bouchard.

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LE CIUSSS PRIORISERA LE MAINTIEN DES SERVICES ESSENTIELS

La direction du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean est au fait de la pression importante sur le réseau, principalement dans le secteur Lac-Saint-Jean-Est, avec les éclosions en cours à l’hôpital d’Alma et au CHSLD Isidore-Gauthier, et n’hésitera pas à procéder aux ajustements nécessaires afin de maintenir les services essentiels à la population.

C’est du moins la réponse transmise au Quotidien par la porte-parole du CIUSSSS, Joëlle Savard, en lien avec l’évaluation de la situation actuelle du réseau par la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ) de la région. La direction du CIUSSS ne va toutefois pas jusqu’à admettre que le réseau est en ce moment en situation de précarité principalement pour la catégorie des infirmières et inhalothérapeutes dont le syndicat compte à lui seul 75 membres retirés des milieux de travail avec une forte concentration au Lac-Saint-Jean.

« La direction du CIUSSS est bien au fait de la pression qu’il y a en ce moment dans le réseau. Il y a un suivi constant de l’évolution de la situation. Les ajustements seront effectués en fonction de l’évolution de la situation dans les prochains jours », précise la porte-parole.

Le CIUSSS n’attendra pas d’arriver dans un mur pour réagir, selon la teneur des propos de Mme Savard. Il y a en ce moment des directions de service qui oeuvrent en fonction d’un plan qui permettrait de diminuer certaines activités afin de permettre de maintenir les services essentiels. C’est le cas à l’hôpital d’Alma avec le report des chirurgies électives.

Les chiffres quotidiens démontrent qu’il y a une détérioration de la situation sur l’éclosion au département D2 de l’hôpital de Chicoutimi qui accueille en ce moment les patients atteints de la COVID-19 et nécessitant des soins plus importants. La porte-parole a indiqué que rien n’avait changé de ce côté pour le moment si ce n’est que la situation était sous évaluation constante par les directions des services concernés.

La première vague de la pandémie a provoqué d’importants retards dans les services chirurgicaux. Le ministère a donné des directives à tous les CIUSSS et CISSS de maintenir ces services et les plans de contingence qui seront présentés par les gestionnaires du CIUSSS seront soumis au gouvernement avant leur autorisation.

Joëlle Savard a d’autre part confirmé le recours à l’arrêté ministériel pour être en mesure de maintenir les services sur le territoire de Lac-Saint-Jean-Est pour les assignations du personnel et la mise en place de nouvelles conditions pour les horaires de travail. Durant la première vague, le CIUSSS était parvenu à combler les effectifs avec le volontariat et le rehaussement de la disponibilité du personnel, ce qui constitue des mesures moins difficiles à faire accepter par le personnel.

La situation est loin d'être rassurante entre les murs de l'hôpital de Chicoutimi, selon le constat dressé par la FIQ.

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IMPACTS À ALMA

(Katherine Boulianne) – Les professionnels en soins du secteur Lac-Saint-Jean auront une bonne idée de l’application des arrêtés ministériels puisqu’ils se verront bientôt imposer de longs quarts de travail par le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

En effet, des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de certains départements devront obligatoirement effectuer des journées de travail de 12 heures, jusqu’à concurrence de 37 heures et demie par semaine.

Selon ce que Le Quotidien a appris, à compter du mercredi 21 octobre, certains travailleurs des unités de la chirurgie, des soins intensifs, de la médecine, de l’urgence et des CHSLD verront leur horaire régulier modifié. Il en va de même pour d’autres départements, comme la psychiatrie, où ces mesures seront aussi appliquées dès le vendredi 23 octobre.

L’instauration de ces nouvelles conditions découle de l’arrêté ministériel, auquel le CIUSSS a recours pour combler ses besoins de personnel. L’organisation espère ainsi contrer les temps supplémentaires obligatoires et les bris de service qui pourraient survenir dans ses installations du secteur d’Alma.