Le réseau d’aqueduc mis à rude épreuve

Le froid sibérien qui s’abat périodiquement sur la région pendant l’hiver met à rude épreuve le réseau d’aqueduc de Saguenay. Le gel pénètre le sol à la vitesse de l’éclair jusqu’à sept pieds (2,1 mètres) de profondeur et cause des dommages aux conduites récentes et anciennes.

Le froid n’est cependant pas le seul ennemi de ce réseau de 1150 kilomètres qui s’étend dans les trois arrondissements et certains secteurs ruraux. « On a un réseau deux fois plus long que la ville de Montréal et qui dessert pas mal moins de monde. Ça fait partie des choses qui coûtent cher à Saguenay. »

Le président du Comité des travaux publics et de l’arrondissement de Chicoutimi, Michel Tremblay, assure que contrairement aux croyances populaires, les services techniques de la Ville, dont le génie, possèdent une très bonne connaissance des infrastructures enfouies. Les fonctionnaires ont ainsi établi que 2 % de la totalité des conduites d’eau et d’égout nécessiteraient des réfections majeures (changements).

Il est difficile de chiffrer les coûts pour corriger les sections à reconstruire, mais en fonction du nombre de kilomètres, ça signifie plus ou moins 25 kilomètres de rues et routes, avec un coût de 2500 $ à 3000 $ le mètre linéaire (62 millions $ à 75 millions $).

La ville de Saguenay, entre 2014 et 2018, a été confrontée à plus ou moins 250 fuites d’eau par année, à l’exception de 2015 où 330 fuites sont survenues sur l’ensemble du territoire. Le coût des réparations de chacune de ces fuites varie de 4000 $ à 15 000 $. Selon Michel Tremblay, la variation découle de la grosseur de la fuite, le moment où elle est décelée ainsi que la saison. Les travaux en hiver sont toujours plus difficiles que pendant les trois autres saisons.

« Nous n’avons pas le choix de faire le suivi des infrastructures dans le sol. Quand on dépose une demande pour reconstruire une rue en utilisant le programme de retour de la taxe sur l’essence, il faut faire la démonstration au ministère que les infrastructures sont en fin de vie utile », insiste Michel Tremblay.

Le budget annuel de la Ville pour l’entretien régulier du réseau est de 5,2 millions $, incluant les sommes nécessaires pour colmater les fuites. L’entretien comprend les usines de filtration, la tournée de 5000 bornes fontaine et le nettoyage du réseau. « Nous procédons au nettoyage des conduites sur un cycle de trois ans pour faire le tour de la ville. Notre objectif est de le ramener sur une période de deux ans », explique pour sa part la chef de division Myriam Villeneuve.

En plus du gel, le réseau est soumis aux pressions des mouvements de sol en fonction des secteurs de la ville et de l’usure du temps. Selon Myriam Villeneuve, les conduites de fonte installées avant la guerre résistent beaucoup mieux au temps que la fonte installée à partir des années 1950. « Nous avons réparé une fuite l’été dernier sur la rue Racine et la conduite était datée de 1914. La fonte était en très bon état », reprend la chef de division.

Les plus vieilles conduites d’eau à Saguenay ont été installées en 1907, celles de Jonquière en 1910, alors que le réseau de La Baie est le plus jeune, les plus vieilles conduites ayant été installées en 1930. Les réseaux de Jonquière et Chicoutimi sont constitués à parts à peu près égales de PVC, de fonte ductile et de fonte grise. Celui de La Baie comprend 43 % de PVC et 46 % de fonte ductile.

La fonte grise est le matériau le plus solide avec une durée de vie utile de 90 à 120 ans contre 60 et 80 ans pour la fonte ductile et, selon une estimation puisque ces conduites sont encore relativement jeunes dans les réseaux québécois, 100 ans pour le PVC.

Le gainage, une solution

Le «gainage» des conduites d’aqueduc est une solution abordable pour donner une seconde vie à une conduite d’eau. Selon Michel Tremblay, le «gainage» d’une conduite prolongera sa durée de vie utile de 50 ans. Cette technique nécessite le creusage de plusieurs petites tranchées. Elle a été utilisée sur le boulevard Saint-Paul l’été dernier.

Le président du Comité des travaux publics de Saguenay, Michel Tremblay, explique que les services techniques connaissent très bien l’état des réseaux d’aqueduc et d’égout des trois arrondissements et estiment à 2 % la portion du réseau qui doit être reconstruite.

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POUR CHAQUE FUITE DANS LE RÉSEAU

• Deux ouvriers pour la réparation de la conduite

• Un opérateur de pelle mécanique ou excavatrice

• Deux conducteurs de camion pour le transport du matériel excavé

 • Un contremaître de chantier

• Un technicien en génie civil


« « Il arrive que pendant que les ouvriers réparent la conduite, les autres se retrouvent en bordure de la tranchée », explique le conseiller municipal qui considère que les fonctionnaires ne sont pas excédentaires sur les sites de travaux, contrairement à la perception populaire. » »
Michel Tremblay