La situation dans les cuisines des différents restaurants de la région est loin d’être évidente. Et la situation semble être généralisée.

Le pub ouvert, le restaurant fermé

Autrefois serveuse dans un bar, Alexandra Girard-Belzile n’était pas peu fière de faire l’acquisition du Alex’s Pub de Saint-Prime, comprenant également le restaurant La Friteuse, en juillet dernier. Malheureusement, même si le pub fonctionne comme un charme, la jeune propriétaire de 28 ans n’a toujours pas réussi à démarrer les opérations du restaurant.

« Je n’arrive pas à ouvrir boutique du côté restaurant, faute de personnel. À ma prise de possession, j’avais sous la main une équipe de cuisiniers, serveurs, plongeurs... Il ne me manquait que quatre personnes au gril. Parce que je n’arrivais pas à trouver, j’ai fini par perdre tous mes employés. Je me suis longtemps questionnée à avoir si ce n’était pas moi le problème, mais en discutant avec d’autres restaurateurs, j’ai compris qu’on vivait tous la même situation. Je n’exclus donc pas l’idée de louer le local pour me concentrer sur le pub », témoigne Alexandra Girard-Belzile.

Difficile aussi pour le Marco’s Pub
Même son de cloche du côté du Marco’s Pub de Saint-Félicien, qui avoue avoir investi énormément d’argent dans le recrutement de personnel, que ce soit dans les journaux ou à la radio. Résultat : il n’aura eu que quelques candidatures et a choisi de plutôt se tourner vers des travailleurs à temps partiel pour assurer le roulement de son restaurant.

« Souvent, les gens arrivent dans le domaine de la restauration avec l’intention d’y rester jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi avec de meilleures conditions, des avantages sociaux et un horaire plus stable. Par exemple, dans les derniers mois, mon chef cuisinier a quitté pour travailler dans un hôpital, et ma gérante s’est tournée vers la vente d’assurances. Je n’ai pas les moyens de compétitionner avec le salaire que ces employeurs leur offraient », rapporte M. Dallaire.

Le problème est devenu tel que le propriétaire pense potentiellement devoir fermer une partie de son restaurant, le Tiffosi, à l’automne.

« Je prendrai une décision officielle en septembre, mais je pourrais aussi jouer sur les heures d’ouverture ou fermer certaines sections du restaurant, parce que je veux continuer d’offrir un service de qualité, ce que je ne peux pas faire sans personnel. »

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UNE PÉNURIE DE MAIN-D'OEUVRE QUI FRAPPE PARTOUT

La cuisine n’a jamais été aussi populaire avec les émissions culinaires présentées par dizaine sur les chaînes télévisuelles, les magazines et autres dérivés. Pourtant, le nombre de restaurants de la région devant fermer leurs portes faute de personnel continue d’augmenter drastiquement.

Peu importe la municipalité, le constat reste le même ; les restaurateurs de la région peinent à pourvoir les postes vacants, tant du côté de la cuisine que de la salle à manger.

« Depuis environ un an, on constate une importante pénurie dans le secteur de l’alimentation. Nous recevons chaque jour entre 15 et 20 appels de restaurateurs à savoir si nous avons des étudiants de disponibles, mais cette pénurie s’étend à l’ensemble du Québec, pas seulement ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Chaque année, les centres de formation professionnelle sont en mesure de fournir 1900 cuisiniers à travers la province, alors que la demande se chiffre à près de 5000 employés », rapporte Carl Dumas, directeur adjoint du Centre de formation professionnelle de Jonquière pour les métiers de l’alimentation.

Le Quotidien a joint une vingtaine de restaurants de la région, et tous rapportent une situation inquiétante où les candidatures se font rares et où les quelques ,intéressés entendent bien tirer avantage de leur position de potentiels employés.

« Pour trouver un employé qui a du bon sens, je dois en prendre une dizaine à l’essai parce qu’ils finissent par lâcher. La nouvelle génération arrive avec ses conditions et ne veut pas travailler le soir ou les fins de semaine. Ils savent qu’on se retrouve en situation de pénurie et ils essaient d’en profiter », explique Carl Bolduc, propriétaire du restaurant Goofy, à Alma.

Ces dernières années, un nombre grandissant de restaurants ont ouvert leurs portes au Saguenay-Lac-Saint-Jean, occasionnant une trop grande offre pour le nombre de personnes disponibles à l’emploi. En plus de cette réalité, les foyers de personnes âgées, les hôpitaux et les centres de la petite enfance recrutent énormément de personnel, eux aussi, ce qui se traduit par une guerre sans merci entre commerces et institutions pour mettre la main sur la perle rare, allant d’une augmentation de salaire considérable à l’offre d’avantages sociaux particulièrement attirants pour les nouveaux diplômés.

« À mon avis, pour contrer la pénurie qui sévit un peu partout au Québec, il faudrait offrir aux jeunes des conditions de travail plus permissives, maximiser la qualité des employés déjà en place, en leur donnant accès à diverses formations, et ne pas négliger le secteur de l’immigration », soulève M. Dumas.

Selon le propriétaire du restaurant Goofy, à Alma, Carl Bolduc, les jeunes profitent de la pénurie de main-d’oeuvre pour mettre de la pression sur les employeurs.