Sandra Savard et Sylvain Claveau ont deux enfants dans la vingtaine. Ils ont réfléchi à leur projet de RI pendant une dizaine d'années, avant de prendre cette décision qui allait changer le cours de leur vie.

Le projet d'une vie

Il y a trois ans, Sandra Savard et son conjoint Sylvain Claveau ont pris une décision qui allait changer le cours de leur vie. Après moult tergiversations, ils ont choisi de devenir une ressource intermédiaire (RI) pour le Centre jeunesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Depuis, le couple loge, nourrit et fournit de l'affection à des enfants âgés de 6 à 12 ans. Si l'investissement est immense, le sentiment de valorisation qui en découle est incommensurable.
Dans l'environnement convivial de leur résidence du rang Saint-Pierre, à Laterrière, Sandra et Sylvain discutent de ce choix de vie peu orthodoxe avec pragmatisme, mais avec toute la sensibilité imposée par le sujet. Cette décision consensuelle prise au terme d'une longue réflexion a des répercussions directes sur le couple et son noyau familial. En fait, la RI est devenue, pour eux, un mode de vie. Les enfants dont Sandra et Sylvain ont soin du dimanche au vendredi, 24 heures sur 24, proviennent tous du centre d'hébergement La Parenthèse, une unité destinée aux 6-12 ans regroupée sous l'égide du pavillon Saint-Georges, à Chicoutimi. Avant d'y aboutir, les jeunes étaient avec leurs parents ou en familles d'accueil. Quatre pensionnaires logent chez Sylvain et Sandra. Ils sont tous désorganisés, souffrent de problèmes d'attachement, d'impulsivité et d'opposition et, pour la plupart, présentent un trouble d'apprentissage. Ils peuvent avoir fait l'objet de négligence ou d'abandon et être aux prises avec un problème de santé mentale important. Vu de cet angle, le défi semble titanesque. Sandra et Sylvain le relèvent toutefois avec brio, si bien que le Centre jeunesse voit, en eux, un exemple inspirant.
«Le premier mot qui me vient à l'esprit quand on me demande ce que je retire de ce que je fais dans la vie, c'est ''valorisation''", confie Sylvain Claveau, qui a diminué considérablement sa charge de travail comme distributeur de lait en milieu commercial pour consacrer tout son temps à la ressource.
«J'ai été laitier pendant 33 ans. Vendre du lait, c'est vendre du lait. Sauver des enfants, c'est carrément autre chose», dit-il candidement.
Virage
Rien ne laissait présager que Sylvain Claveau, père de deux enfants dans la vingtaine, effectuerait un virage professionnel à 180 degrés. Quand sa blonde lui a demandé, il y a une dizaine d'années, s'il souhaitait l'aider à concrétiser son rêve de devenir famille d'accueil, il lui a livré un non catégorique. La même fin de non-recevoir a été servie à Sandra quand celle-ci, croyant avoir trouvé un heureux compromis, lui a proposé un projet de ressource intermédiaire. À l'époque, Sylvain ne se sentait pas prêt. Mais à force de discussions, et après avoir soufflé 45 bougies, il a eu envie de s'investir. Il l'a fait corps et âme, sans demi-mesure.
«Au début, j'y allais avec le projet de Sandra. De fil en aiguille, je me suis découvert une véritable passion et je m'investis à 100 pour cent», dit-il.
Autour du comptoir de la cuisine, Sylvain produit une dosette contenant trois ou quatre cachets bleus et blancs. C'est l'heure de la médication d'un des bambins, dont on doit évidemment taire le nom. L'enfant est médicamenté, comme tous ses colocataires. Cette semaine, il s'est désorganisé. Dans le jargon, cela signifie qu'il s'est retrouvé dans une situation de crise. Temporairement expulsé de l'école, il est sous la charge de Sylvain, qui s'occupe de lui à temps plein. Sandra, elle, travaille à l'extérieur du foyer comme éducatrice en service de garde à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay. Elle est absente le jour et Sylvain tient le fort. C'est un heureux compris et chacun y trouve son compte. Le soir venu, ils sont unis dans l'aventure, pour le meilleur et pour le pire.