Une vingtaine de militants ont manifesté contre la réforme de l’aide sociale, mardi, à Alma.

Le programme pour les prestataires d'aide sociale dénoncé

Une vingtaine de manifestants ont dénoncé, mardi à Alma, le nouveau programme Objectif Emploi qui oblige les premiers demandeurs d’aide sociale à entreprendre des recherches d’emploi, à suivre une formation ou à développer des habiletés sociales.

En vigueur depuis le 1er avril, le programme prévoit des pénalités de 220 $ par mois à ceux qui ne se conforment pas. Les prestataires qui respectent le programme obtiendront quant à eux une hausse de 240 $ par mois.

Pour imager les nouvelles règles « néfastes », les militants de la section régionale du collectif Pour un Québec sans pauvreté et de Solidarité populaire 02 ont organisé un tournoi de pêche devant la Soupe populaire d’Alma. Les gens étaient invités à pêcher leur « poison d’avril ».

« À la fin des années 90, il y a eu un programme semblable avec Emploi Québec. Et les résultats n’étaient vraiment pas bons. Augmentation de l’itinérance, des problématiques de santé mentale. Pourquoi ils remettent ça en place ? », se questionne Manon Giard, du collectif, reprochant le caractère « obligatoire » du nouveau programme. 

« Le gouvernement lance comme message qu’on est bien sur l’aide sociale, qu’on choisit d’être sur l’aide sociale. On pourrait plutôt s’arrêter et les écouter au lieu de leur taper dessus », ajoute vigoureusement celle qui est également la directrice générale de l’organisme Accès Condition Vie.

Cette dernière estime que le gouvernement aurait dû instaurer un programme volontaire. Mme Girard se demande aussi comment s’articuleront les suivis dans ce programme, alors qu’il ne semble pas y avoir plus de ressources humaines pour le faire.

« Dans le programme, on prévoit un meilleur accompagnement. Mais il n’y a pas plus de personnes au Centre local d’emploi. On n’a pas engagé plus de gens. Les agents vont faire comment pour les suivre ? », déplore Mme Girard.

La militante croit qu’en instaurant ce programme, le gouvernement veut plaire aux entreprises aux prises avec des pénuries de main-d’œuvre.

« Personne ne choisit l’aide sociale. Oui, il y a peut-être 8 % des gens qui seraient aptes à l’emploi. Mais il faut dire que pour avoir une contrainte à l’emploi sévère, c’est difficile. Et ce n’est pas parce que tu es en mesure de faire un peu de bénévolat, que tu peux occuper un emploi à 40 heures semaine. J’ai une femme qui a témoigné l’autre jour avec moi. Tout le monde voulait l’embaucher ensuite. Mais elle est en dépression majeure. L’emploi, ce n’est pas toujours la solution », laisse tomber la militante.

Cette dernière estime qu’un revenu minimum garanti (environ 19 000 $) pour tous permettrait d’aider davantage les gens à se sortir du cercle de la pauvreté ou d’une situation de pauvreté ponctuelle. 

Le gouvernement a d’ailleurs récemment analysé cette option. Les libéraux ont finalement décidé de ne pas étendre ce revenu à tous les prestataires, mais seulement à ceux qui présentent des contraintes sévères à l’emploi.