L'avocat Alain Provencher représente les intérêts d'Unibec.
L'avocat Alain Provencher représente les intérêts d'Unibec.

Le processus de qualification du centre multisport soulève des doutes

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le processus de qualification des entrepreneurs en prévision de la construction du centre multisport, à Jonquière, ne se fait pas sans heurts alors qu’un consortium formé de firmes régionales a été écarté, ce qui soulève des critiques quant à la transparence de la démarche.

Au cours des dernières semaines, l’entrepreneur Construction Unibec, de Dolbeau-Mistassini, la firme d’architectes les Maîtres d’oeuvre et ATSH, respectivement de Chicoutimi et Alma, ainsi que la firme d’ingénierie WSP ont décidé de former un consortium dans le but de répondre à l’appel de qualification de Saguenay dans le cadre du projet clé en main que souhaite réaliser la ville au coût maximal de 24 M$.

Le 30 octobre dernier, la direction d’Unibec a été avisée par Me Patricia Girard, chef de l’approvisionnement au Service des finances, que le consortium formé n’a pas obtenu le pointage d’au moins 70 %, lors de l’évaluation de l’offre, ce qui le disqualifie pour le dépôt d’une soumission pour la construction. La note attribuée par le comité de sélection s’élève à 68,75 %.

Le 2 novembre, Constructions Unibec, par la voie de son procureur, Me Alain Provencher, a expédié une lettre demandant des explications sur le processus ayant conduit à la disqualification du consortium, sur la composition du comité d’évaluation, ainsi que des précisions sur la note attribuée à la suite de l’appel de qualification.

« Notre cliente s’explique mal comment le comité de sélection a pu attribuer au consortium une note inférieure à 70 %, alors que celui-ci était composé d’entreprises et de professionnels détenant beaucoup d’expérience dans le cadre de projets d’envergure et présentant une réputation plus qu’enviable dans le milieu », lit-on dans le document obtenu par Le Quotidien.

Le document exige également d’obtenir la grille d’évaluation complétée par chaque membre du comité de sélection, la note octroyée à chacun des critères, ainsi que la note finale attribuée par le comité. Me Provencher exige également d’indiquer la composition du comité de sélection, la façon dont les soumissions ont été examinées, ainsi que la méthode utilisée pour établir les notes.

« Ces éléments sont jugés essentiels pour permettre à notre cliente de vérifier la conformité du processus d’appel d’offres et s’assurer que le comité de sélection a agi de façon raisonnable, impartiale, juste et équitable dans les circonstances », lit-on par la suite.


« Ce qui est fou raide dans cette histoire, c’est qu’Unibec figure parmi les trois entrepreneurs de la région les plus performants et qui déposent les propositions les plus alléchantes. »
Paul Charrette, Unibec

Dans sa réponse, transmise le 3 novembre, Me Girard oppose une fin de non-recevoir aux demandes d’Unibec en alléguant que les délibérations et les recommandations du comité de sélection sont de nature confidentielle, tout comme l’identité même des membres du comité de sélection.

Elle ajoute que les firmes ou individus ayant développé le programme fonctionnel et technique (PFT) du projet ne font pas partie du comité de sélection. On y précise également que dans tous les cas, ni la réputation de ces soumissionnaires ni leur expérience, si elle ne se reflète pas dans les documents soumis, ne sont prises en compte.

Unibec n’en revient pas

En entrevue, Paul Charrette, chargé de projet et cadre chez Unibec, n’en revenait tout simplement pas que sa firme ait été écartée de la possibilité de soumissionner sur le projet de construction du centre multisport sans connaître les critères établis, la composition du comité de sélection et même sans savoir quelles sont les entreprises concurrentes qui ont déposé des offres.

Selon lui, le manque de transparence qui a conduit à la mise au rancart du consortium pave la voie à des firmes de l’extérieur de la région qui viendront construire l’immeuble sans se soucier de laisser des retombées économiques, en embauchant des travailleurs de l’extérieur, en faisant affaire avec des fournisseurs de l’extérieur. « Ce qui est fou raide dans cette histoire, c’est qu’Unibec figure parmi les trois entrepreneurs de la région les plus performants et qui déposent les propositions les plus alléchantes. On travaille régulièrement avec les Chantiers Chibougamau, les Pro-Sag Mécanique de la région », déclare-t-il.

M. Charrette se scandalise de ne pouvoir obtenir de réponses à ses demandes après avoir été écarté du processus malgré la somme d’expériences de construction acquise au cours des dernières décennies. Il rappelle que le centre aquagym de Dolbeau, le centre Mario-Tremblay d’Alma, le centre sportif Benoît-Lévesque de Roberval et de multiples autres projets de même envergure ont été réalisés par Unibec dans le passé.

« On vire 70 M$ de construction par année avec 125 travailleurs à temps complet qui travaillent pour nous. J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un qui ne voulait pas nous voir là », conclut-il.

Interrogé sur la possibilité de recourir aux tribunaux afin d’obtenir une injonction ou une action en dommages et intérêts, M. Charrette a mentionné qu’il lui faudrait démontrer qu’il y a malversation.

Au cabinet de la mairesse Josée Néron, de qui relève le dossier du centre multisport, le porte-parole, Stéphane Bégin, a mentionné que le processus suit son cours en ajoutant que la composition du comité de sélection demeure confidentielle afin d’éviter toute influence possible.