Le presbytère Saint-Alexis transformé en centre d'art

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
« J’ai regardé toute la pierre, la structure, et ça m’a touché. » Quand il a eu vent que le presbytère Saint-Alexis de La Baie pourrait être détruit, l’artisan Giuseppe Benedetto n’a pas voulu y croire. Chaque jour, de sa verrerie d’art Touverre, il pouvait contempler le bâtiment patrimonial. Et c’est avec fierté qu’il a présenté son projet de restauration, jeudi matin. D’ici la fin de l’année, un économusée, un café-bistrot, un centre de métiers d’art et une section auberge devraient y prendre place.

En 2018, la Ville de Saguenay a acquis l’ancien presbytère situé dans le secteur de Grande-Baie, car le propriétaire n’avait plus de projet pour l’édifice construit en 1879. Le but était de le conserver, notamment pour sa valeur patrimoniale, et le projet présenté par M. Benedetto dans le cadre d’un appel d’offres répondait à tous les critères, soit le prix offert, les travaux, l’usage projeté, les retombées potentielles et la synergie économique. Saguenay l’a acheté au coût d’environ 130 000 $ et M. Benedetto l’a obtenu pour 2000 $, selon des conditions strictes de respect du patrimoine. Au final, il investira entre 350 000 $ et un million $ pour le projet qui aurait normalement dû voir le jour pendant l’été. La pandémie a toutefois retardé le processus.

Les travaux sont déjà commencés. Il y a déjà eu de mauvaises surprises, comme l’isolation, mais aussi des belles, comme le journal datant de 1950 qui a été découvert. L’artiste verrier compte d’ailleurs le garder et le faire laminer ou encadrer pour l’exposer.

« C’est un édifice patrimonial et je vais lui faire attention comme si c’était ma peau. Ce sera un projet multisectoriel, mais surtout social. Je veux que les gens s’approprient la place, qu’ils viennent en résidence ou pour bricoler », a expliqué M. Benedetto, qui compte mettre en valeur les minéraux de la région.

Un agrandissement de 40 pieds par 60 pieds est prévu au rez-de-chaussée et le deuxième étage accueillera 11 chambres. Celui qui a « 250 000 $ d’équipements qui dorment » compte également y installer un atelier.

« Je suis très optimiste. C’est un projet structurant pour le futur », a dit le volubile artisan, lors d’un point de presse devant le presbytère.

M. Benedetto voit dans les pierres de l’édifice des oeuvres abstraites, des oeuvres qui parlent. Il veut les restaurer, « rafistoler » les colonnes à l’extérieur. 

La mairesse de Saguenay, Josée Néron, et le conseiller municipal du secteur, Martin Harvey, se sont dits très heureux de cette nouvelle, d’autant plus que l’annonce officielle a été faite le 11 juin, jour de la fête du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et à quelques pas de la statue du Semeur, où Mme Néron s’est déplacée pour déposer des fleurs à la suite du point de presse. 

« Ici, c’est une place où le tourisme doit survivre. Il y a le Musée du Fjord, la Pyramide des Ha ! Ha !, Touverre. C’est un bâtiment avec beaucoup d’histoire », a mentionné le conseiller Martin Harvey. 

« C’est un des édifices les plus représentatifs de notre patrimoine et c’est un projet en relation avec ce qui existe dans le secteur », a ajouté Mme Néron. 

Évidemment, la crise actuelle a un impact majeur sur les finances, mais M. Benedetto croit encore beaucoup en son projet. « Je devais avoir des revenus en juin, mais avec ce qui arrive, oui, c’est problématique », a-t-il indiqué, visiblement pas abattu. 

Relève

Le projet de M. Benedetto n’est même pas encore officiellement commencé que la relève est déjà assurée. En effet, sa fille Jessica, qui a étudié la vitrerie, suit actuellement un programme pour la relève avec Promotion Saguenay. Le but est de passer le flambeau « tranquillement » au cours des prochaines années. 

« Je l’ai toujours vu évoluer sept jours sur sept. Il n’a jamais compté ses heures. C’est un passionné, un visionnaire », a dit la femme de 38 ans qui voit en ce projet son travail pour la retraite...

« J’ai vraiment espoir qu’après la crise, les gens viendront nous voir », a ajouté celle qui veut maintenir le patrimoine et surtout permettre aux artistes de demeurer ici.

Au cours des dernières années, le presbytère avait accueilli une savonnerie, mais des tournages de films XXX s’y étaient également déroulés.

Giuseppe Benedetto a présenté son projet en compagnie du conseiller Martin Harvey et de la mairesse Josée Néron.