Flanqué des députés Sylvain Gaudreault, Alexandre Cloutier et Mireille Jean, le chef du PQ, Jean-François Lisée, a promis de redonner aux régions la maîtrise de leur développement.

Le pouvoir reviendra aux régions

Le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, promet dur comme fer de redonner une voix forte aux régions s'il devient premier ministre du Québec.
Il s'y est engagé fermement, mardi matin, devant le Cercle de presse du Saguenay, rappelant du même coup que ce sont les libéraux qui, il y a trois ans, ont commencé à démolir les outils de concertation que les gouvernements successifs du PQ ont mis en place dès 1976.
« Le développement régional fait partie de l'ADN du PQ. René Lévesque a créé les MRC, on a donné les crédits d'impôt pour la Vallée de l'aluminium, on a fait les Centres locaux de développement (CLD), ce qui est devenu les conférences régionales des élus. On a fait de la déconcentration et de la décentralisation, et ça nous fait beaucoup de peine de voir ça démoli par le PLQ avec tout le tort que cela a causé à l'entrepreneuriat régional, par le traumatisme que ç'a créé. »
Au terme d'une visite de deux jours au Saguenay-Lac-Saint-Jean, au cours de laquelle il a rencontré des citoyens et des gens d'affaires, le chef péquiste affirme qu'il a été surpris de constater à quel point les entrepreneurs sont aujourd'hui laissés à eux-mêmes depuis la disparition des CLD. « Il y a trois ans, on comptait 3000 entrepreneurs bénévoles qui aidaient les jeunes entreprises. J'ai demandé au premier ministre en Chambre combien il y en avait aujourd'hui, et j'attends encore la réponse. »
Jean-François Lisée promet de ne pas faire du mur-à-mur. Chaque région aura droit de choisir son modèle de concertation et de développement. « Nous, on se dit qu'après ces années noires libérales, les acteurs locaux se sont réorganisés. Est-ce qu'ils sont satisfaits de cette réorganisation? Si oui, c'est correct ; c'est à eux qu'on va faire confiance, à eux qu'on va donner les pouvoirs. S'ils ne sont pas satisfaits, on va les aider à se réorganiser mieux. Mais ça ne nous dérange pas si le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne choisit pas la même organisation que l'Abitibi. L'important, c'est que ça fonctionne, que les gens soient satisfaits des outils qu'ils se sont donnés pour développer les projets locaux et aller au-delà des batailles de clocher. »
Cesser de dépouiller les régions
Le chef péquiste admet que les régions ont de la difficulté à résister aux forces centrifuges qui les vident aux profits des grands centres, Québec et Montréal. Le déménagement de la grappe de l'aluminium dans la Métropole en est malheureusement un exemple frappant. « C'est le contraire de ce qu'il faut faire, déplore ce dernier. Quand une région décide de ses créneaux d'excellence, il faut la soutenir et respecter son leadership. Montréal, c'est l'aérospatiale ; l'aluminium, ça appartient à la région ici. »
Même constat pour la fonction publique qui diminue dans les régions, sous prétexte de « dégraisser la machine », mais grossit à Québec.
Pour démontrer qu'il ne s'agit pas de promesses en l'air, il ajoute que son gouvernement mettra un cran d'arrêt à toutes les politiques de centralisation dès son premier conseil des ministres, avant de repartir en sens inverse. Et il promet que ses ministres responsables des régions viendront des régions. « C'est extraordinaire que la ministre responsable du développement économique régional soit députée de l'est de Montréal et le député responsable des régions soit député de l'ouest de Montréal. J'en reviens pas. En plus de ne pas bien servir les régions, le gouvernement veut les insulter. Peut-être qu'ils n'ont pas confiance dans leurs députés régionaux, mais moi je sais que dans notre équipe, on a des gens de qualité provenant des régions. » 
Presse efficace
L'ancien journaliste qui fut correspondant à Washington ne reste pas insensible à l'arrivée de Donald Trump et à ses « vérités alternatives ». Il affirme que les premiers mensonges grossiers des politiciens remontent aux années 80, mais qu'avec les réseaux sociaux, où il est plus facile encore de les diffuser, il est important de garder une presse libre et forte, notamment dans les régions. « C'est un service essentiel dans une société démocratique », dit-il.
Pour aider la presse à traverser la crise, il propose qu'on abolisse les déductions fiscales aux entreprises qui annoncent sur les sites internet étrangers. Il appuie également les demandes formulées par les journalistes syndiqués du Québec pour l'attribution de crédits d'impôt aux médias régionaux.
« Dans les deux années qui viennent, il faut introduire des mesures de rétention et le développement de la presse régionale. »
Repenser la gestion du Lac
Jean-François Lisée veut repenser le modèle de gestion du lac Saint-Jean. Une promesse qui réjouit le député Alexandre Cloutier.
« Je comprends très bien que Rio Tinto veuille avoir la prévisibilité sur sa capacité hydraulique. Mais elle n'est pas obligée d'avoir aussi la main sur le robinet », a-t-il imagé devant la presse régionale, mardi matin. Selon le chef, il y a sûrement une façon de cogérer le plan d'eau. « Moi, je n'ai pas peur de ce débat-là et je veux l'avoir, car il est ancré dans la réalité régionale et dans les intérêts des utilisateurs du lac. »
D'ailleurs, il s'agit là, selon lui, d'un bel exemple du dynamisme que peut avoir une région quand on lui donne les outils pour décider de son avenir. « Le comité des 26 (maires, élus de MRC et représentants de Mashteuiatsh), qui a été créé pour dire à la compagnie que la gestion de ce joyau qu'est le lac Saint-Jean ne peut appartenir qu'à un seul utilisateur, est un tour de force. »
En revanche, il se dit peu impressionné par le traitement qu'en font les libéraux qui ont suspendu les audiences du Bureau d'audience publique en environnement (BAPE) et prolongé le décret d'un an. Il accuse le gouvernement Couillard de ne pas vouloir régler le problème avant les prochaines élections, alors que pendant son court passage au pouvoir, le PQ avait annoncé la tenue d'un BAPE avant même l'expiration du décret.