Robert Michaud est le président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) basé à Tadoussac.

Le port méthanier « trop risqué », selon le GREMM

« Il est beaucoup trop risqué de nous engager dans le développement d’un port méthanier sur la rive du Saguenay avant que collectivement on ait gagné la certitude que ces développements-là n’auront pas un impact irréparable sur les bélugas. »

Dans une vidéo publiée mardi en fin d’après-midi, Robert Michaud, le président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) basé à Tadoussac, s’oppose clairement au projet de GNL Québec, qui consiste à construire au port de Grande-Anse une usine de liquéfaction de gaz naturel et à transporter celui-ci par voie maritime.

« Je suis particulièrement inquiet pour les bélugas. Et je m’inquiète encore plus pour les choix que nous devons faire quotidiennement pour construire l’avenir que nous léguerons aux générations qui nous suivent. Les bélugas du Saint-Laurent sont en voie de disparition, leur population est en déclin et on observe une augmentation importante de la mortalité chez les nouveau-nés », a d’abord dit le scientifique.

La population de bélugas du Saint-Laurent oscille maintenant autour de 880 individus.

Dans le cadre de l’entrevue éditoriale accordée au Quotidien publiée mardi, Stéphane Bédard et Carl Laberge, respectivement président et directeur général de Port de Saguenay, minimisaient les impacts sur le béluga. Ces derniers affirmaient notamment que « les études ont démontré que le béluga serait exposé à 1,5 % du temps au passage des 60 navires transportant le minerai et qu’advenant le cas où tous les projets actuels et non prévus se concrétisent et qu’ils entraînent dans le Saguenay le passage annuel de 630 navires, les bélugas seraient exposés à 4 % du temps au bruit des navires. »

Robert Michaud réplique, dans la vidéo disponible sur YouTube, en détaillant bien l’importance des sons pour ces animaux.

« On s’inquiète particulièrement de l’impact du bruit sur leur santé. En fait, les bélugas voient, ils chassent et ils communiquent avec des sons. Ce sont essentiellement des animaux acoustiques. Le passage répété de navires marchands dans leur habitat pourrait se comparer à une forme de brouillard acoustique qui momentanément va couper leur vision et les empêcher de chasser et de communiquer entre eux , a-t-il poursuivi. La menace du bruit est à ce point importante que le plan de rétablissement pour les bélugas adopté par le gouvernement fédéral y consacre un chapitre tout entier et le plan de rétablissement pour les bélugas vise spécifiquement la réduction du bruit. Or, l’implantation d’un port méthanier dans le Saguenay aurait pour conséquence d’augmenter non seulement le trafic, mais le bruit dans l’habitat des bélugas. L’augmentation du bruit dans le Saguenay pourrait avoir des effets inattendus. Le Saguenay, comme la rive sud de l’estuaire, sont les seuls refuges acoustiques pour les bélugas. Ce sont les seuls secteurs encore tranquilles encore peu affectés par le bruit des navires marchands. Perdre ces refuges, c’est risquer des impacts irréparables sur cette petite population fragile. »

Robert Michaud met de l’avant le principe de précaution, une question essentielle dans les efforts de protection d’espèces en péril. Ainsi, il plaide pour ne pas ajouter de dérangements pour les bélugas sans avoir toutes les réponses sur les impacts, et non l’inverse, à savoir de poursuivre le développement de projets dans l’attente de certitudes scientifiques.

« Les gouvernements fédéral et provincial investissent des millions de dollars pour tenter de mieux comprendre l’effet du bruit des bélugas du Saint-Laurent et d’identifier les meilleures façons d’atténuer les effets. Les résultats de ces travaux ne sont pas encore disponibles, mais ils le seront bientôt. (...) La survie des bélugas dépend directement des choix et gestes que nous poserons demain. On nous demande à nous scientifiques, et aux autres acteurs de la conservation, la plus grande rigueur pour démontrer l’impact de nos activités humaines sur les espaces naturels et les espèces en péril. On est en droit de s’attendre à la même rigueur de la part des entrepreneurs et de nos gouvernements pour qu’ils nous démontrent comment l’extraction de plus d’hydrocarbures, leur transport vers le Saguenay, et vers les marchés mondiaux profiteront à tous les Canadiens et tous les Québécois et que cela ne se fera pas aux dépens des générations qui nous suivent et des autres espèces avec qui on partage la planète. »