Le pont Dubuc

Le pont Dubuc affaibli par la rouille

Le ministère des Transports du Québec interdit pour une période indéterminée l'accès au pont Dubuc pour les véhicules de 12 tonnes. Cette mesure, qui débute dès 6 h 30 ce matin, a pour but d'éviter des dommages supplémentaires aux poutres-caissons de la structure principale sur lesquelles des traces importantes de corrosion ont été observées.
Les ingénieurs de l'époque ont décidé de faire des traits de soudure discontinus tout le long de la passerelle, ce qui a provoqué des accumulations d'eau. À la longue, la corrosion est apparue le long de cette ligne.
Le ministère a tenu un point de presse d'urgence en fin d'après-midi, mardi, pour annoncer cette mesure exceptionnelle qui aura des répercussions majeures sur la circulation. Le trafic lourd, qui représente entre 4000 et 5000 véhicules par jour, devra emprunter la route de Shipshaw pour traverser le Saguenay.
Selon l'ingénieur Carl Fortin de la direction générale des structures, il n'est pas question dans ce cas d'un risque d'effondrement du pont. Le ministère veut avant tout éviter de causer des dommages additionnels aux poutres-caissons en maintenant les charges habituelles sur le pont. Les inspections réalisées par le passé ainsi que les travaux pour la préparation des devis techniques dans le cadre des réfections en cours n'avaient pas permis d'identifier ces problèmes.
Les marques de corrosion ont été détectées sur les cimes extérieures des deux poutrelles-caisson. Il s'agit de deux longues lignes pointillées de rouille tout le long de la poutre-caisson, causées par les soudures effectuées lors de la construction du pont en 1972 pour fixer la passerelle d'un bout à l'autre du pont. Il s'agit des passerelles qu'on pouvait observer sous le tablier et qui n'ont pratiquement jamais été utilisées.
Selon l'ingénieur Marc Savard, spécialiste dans la modélisation des structures, certaines marques de corrosion observées ont permis de constater des zones où la corrosion avait atteint 6 millimètres de profondeur alors que la feuille d'acier utilisée pour construire le caisson est d'une épaisseur de 12 millimètres. Ce sont des sondages préliminaires et les spécialistes du ministère veulent effectuer un examen complet des deux côtés de la structure afin d'avoir une meilleure idée de l'étendue des problèmes.
Les résultats de ces analyses permettront au ministère d'identifier une technique pour redonner aux poutres-caissons leur capacité portante normale sans risque de dommage. Marc Savard indique que les craintes concernent surtout la résistance horizontale des poutres-caissons et non verticale. Il est déjà assuré que les spécialistes n'auront pas recours aux techniques utilisées lors de l'incendie de l'hiver 2013 puisque les dommages sont différents et surtout sont répartis sur une ligne pointillée sur toute la longueur des deux poutres caisson.
L'ingénieur Marc Savard a indiqué au Quotidien que les deux passerelles (celle de l'ouest a été enlevée) n'ont pas été intégrées à la structure du pont par l'entreprise qui a conçu la structure. Elles ont été ajoutées lors de la construction. Il ne s'agit donc pas d'un problème de conception originale.
Les ingénieurs de l'époque ont décidé de faire des traits de soudure discontinus tout le long de la passerelle, ce qui a provoqué des accumulations d'eau. À la longue, la corrosion est apparue le long de cette ligne. Les passerelles avaient été condamnées en raison de la détérioration du grillage qui servait de trottoir. Le ministère n'a pratiquement jamais utilisé ces deux passerelles.
Le directeur régional du ministère, Donald Boily, a confirmé que les problèmes identifiés par ses collègues vont avoir un impact sur les travaux en cours. Les restrictions de poids s'appliquent aussi à l'entrepreneur qui réalise les travaux. Des fardiers sont utilisés pour transporter les rebus des travaux et ils sont trop lourds pour respecter la nouvelle contrainte de poids.
Malgré les questions répétées des journalistes, le directeur régional n'a pas été en mesure de faire de projections sur les coûts et les échéanciers pour redonner au pont sa pleine capacité. Il est conscient que le détour par Shipshaw représente une distance de l'ordre de 40 kilomètres de plus pour les camionneurs et autres utilisateurs de véhicules lourds. Le ministère ne veut toutefois prendre aucun risque avec la sécurité.
La directrice des inventaires et du plan à la direction régionale Sonia Boucher, le directeur régional Donald Boily et les spécialistes de la Direction générale des structures Carl Fortin et Marc Savard ont expliqué les raisons pour lesquelles une nouvelle contrainte de poids de 12 tonnes pour les véhicules a été imposée sur le pont Dubuc.
Les véhicules d'urgence seront toutefois autorisés à emprunter le pont Dubuc. La Société de transport de Saguenay utilisera des autobus plus âgés en raison de leur poids qui respecte la nouvelle contrainte.
La décision de fermer le pont aux véhicules lourds a été communiquée lundi soir à la direction régionale du ministère après une analyse très rigoureuse des tests préliminaires. La direction régionale assure avoir agi le plus rapidement possible et entend informer régulièrement la population sur l'état d'avancement des expertises, de même que les solutions qui seront retenues pour rétablir une circulation normale sur le pont Dubuc.
Le directeur régional du contrôle routier, Hervey Tremblay, a de son côté expliqué que les patrouilleurs allaient appliquer les règles habituelles pour la charge maximum autorisée sur le pont en effectuant des opérations de surveillance. Ce qui signifie des amendes salées pour les contrevenants.
Pettersen enragé
(Myriam Gauthier) - Le conseiller municipal Marc Pettersen se dit enragé par l'interdiction du trafic lourd sur le pont Dubuc, une situation qui rappelle selon lui la vétusté de l'infrastructure et la nécessité de la construction d'un deuxième pont pour relier les deux rives de Chicoutimi.
«C'est une question se sécurité! On avait une première épée de Damoclès qui nous est tombée sur la tête avec l'incendie en 2013, et on en a une deuxième qui vient de tomber aujourd'hui [mardi]», a lancé le conseiller de Chicoutimi-Nord, lors d'un entretien téléphonique, exaspéré par la situation. Un entrepreneur de Chicoutimi-Nord l'avait d'ailleurs contacté en soirée pour lui parler des impacts importants que le détour du transport lourd par Shipshaw aurait sur son entreprise.
M. Pettersen s'est montré très critique envers les travaux de réfection annoncés sous le gouvernement de Pauline Marois. «On dirait qu'ils nous ont bâclé ça», a-t-il pesté.
Il a rappelé que 28 000 personnes avaient signé une pétition en faveur de la construction d'un deuxième pont. «Quand est-ce qu'ils vont se décider à faire quelque chose? Il faut commencer tout de suite à préparer le deuxième pont!», a-t-il conclu. Myriam Gauthier