Philippe Lajoie attendra jusqu'au 10 novembre pour la décision.

Le policier Lajoie risque son emploi

Le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, déterminera si l'absolution inconditionnelle est raisonnable pour le policier Philippe Lajoie ou s'il penchera davantage sur la suggestion d'imposer des travaux communautaires dans le cadre d'une sentence suspendue.
Les avocats Mathieu Rochette (Couronne) et Julien Boulianne (défense) ont résumé les représentations sur sentence, lundi après-midi, au Palais de justice de Chicoutimi.
Le 11 août dernier, Philippe Lajoie a été reconnu coupable de voies de fait simples, en lien avec des événements survenus en novembre 2015 sur le stationnement de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Il avait alors été filmé par une caméra de surveillance en train de projeter au sol un individu en état d'ébriété. Il avait utilisé une force plus que nécessaire. 
Absolution
Me Boulianne demande une absolution inconditionnelle estimant que son client risque son emploi (lire autre texte) advenant une quelconque peine.
« Il n'y a pas eu de plainte ni de plaignant. Mon client n'a pas eu droit à un passe-droit. M. Lajoie a pris une mauvaise décision, mais elle fut prise en quelques secondes seulement, le tout dans le cadre d'une intervention légale où l'utilisation de la force était justifiée, même si celle-ci a été trop grande », ajoute Me Boulianne.
Celui-ci croit qu'une absolution est dans l'intérêt de son client et n'irait pas à l'encontre de l'intérêt du public.
« Les conséquences sur M. Lajoie sont déjà plus importantes pour lui que pour n'importe quel autre accusé. Il a fait les manchettes régulièrement, même s'il n'a rien demandé. On lui a retiré son arme et son insigne et il a été suspendu durant plusieurs mois.
« Il a déjà payé chèrement la situation. Une peine aurait un effet disproportionné et pourrait mettre fin à son emploi », note Me Boulianne.
Au ministère public, Me Rochette ne voit pas les choses du même oeil et estime que le public n'y trouverait pas son intérêt avec une absolution inconditionnelle. Il demande plutôt une sentence suspendue, une probation et 40 heures de travaux communautaires.
« Certes, il y a absence d'antécédents judiciaires et il y a eu reconnaissance des faits après le procès. Mais le public s'attend à ce que les tribunaux dénoncent les abus policiers, comme la violence conjugale ou la conduite avec les facultés affaiblies », note Me Rochette.
« Il faut aussi se souvenir que le policier a omis de raconter tous les faits dans son rapport. Sans une vidéo, nous n'aurions jamais su ce qui s'était passé. Et même s'il n'y a pas de plaignant, il demeure important de dénoncer les abus policiers », a conclu le procureur de la Couronne.
Le juge Lortie s'est interrogé sur le fait que le ministère public insiste sur le fait que le policier Lajoie n'a pas inscrit dans son rapport la deuxième projection au sol, même si cela lui avait été recommandé de le faire.
« Ça ne veut pas dire qu'il croyait être allé trop loin. Il ne voulait pas alourdir le dossier de l'homme arrêté où il aurait pu être accusé d'autres infractions », a répondu Me Boulianne. 
La décision du juge sera rendue le 10 novembre.
« Pas de danger de récidive »
Même si le policier Philippe Lajoie obtient une absolution inconditionnelle pour une condamnation pour voies de fait simple, il s'expose à la destitution de son poste d'agent de la paix et, au mieux, il sera suspendu sans solde durant quelques mois.
Le président de la Fraternité des policiers et policières de Saguenay, Dominic Doré, a précisé que le membre du syndicat n'en aura pas fini malgré la conclusion des procédures judiciaires. 
« Une fois que le processus judiciaire sera terminé, Philippe Lajoie devra se faire entendre auprès d'un comité interne en lien avec l'article 119.2 de la Loi sur la police (être reconnu coupable d'une accusation). La procédure de base prévue est la destitution du policier et c'est à lui de démontrer que ça ne doit pas avoir lieu », explique le président syndical.
« Dans le meilleur des mondes, il sera suspendu sans solde durant plusieurs mois. L'absolution ne fait pas en sorte qu'il ne sera pas destitué, mais il s'agit d'un argument prioritaire et supplémentaire », note M. Doré.
Ce dernier a aussi mentionné avoir reçu de nombreux messages de soutien de la part de policiers de Saguenay, mais aussi de procureurs de la Couronne.
« En plus, cette histoire a fait en sorte de jeter une douche froide sur l'ensemble des policiers de Saguenay. Ils réalisent tous que les procédures criminelles ont un effet dissuasif. »
« Concernant le policier Lajoie, j'ai appris à la connaître durant ces procédures et je suis prêt à jurer à nouveau sur la bible qu'il ne représente pas un risque de récidive », a admis le président de la fraternité.
Des excuses
Le policier Lajoie est revenu à la barre des témoins pour livrer un message au Tribunal. Il a lu une lettre au juge Pierre Lortie.
« J'ai vécu difficilement le verdict (de culpabilité). Je n'ai jamais cru possible d'être condamné au criminel. Vous pouvez voir le ressentiment d'être reconnu coupable. Avec le recul, je conçois que mon intervention n'a pas été faite dans les règles de l'art. J'étais fatigué et ce n'était pas acceptable. Tout ça fait que je comprends aujourd'hui le verdict », a indiqué Lajoie.
« Je tiens à offrir mes excuses au service de police, à mes collègues et à mes proches. J'offre aussi mes excuses à la victime, même si elle n'a jamais porté plainte et qu'elle ne se souvient pas des événements », a ajouté l'agent.
Philippe Lajoie a avoué avoir excédé ses pouvoirs et avoir commis une erreur de jugement. Il sait maintenant que si c'était à refaire, qu'il demanderait l'aide de sa coéquipière, plutôt que de prendre tout sur lui.
Le policier Lajoie reconnaît que la suspension, même avec solde, a été difficile à prendre, qu'il l'a reçue comme un coup de masse.
« Malgré tout, j'entrevois du beau pour l'avenir. L'adage dit que ce n'est pas ce qui arrive dans la vie qui est important, mais ce que l'on en fait et que cette affaire a fait de moi une meilleure personne », a-t-il précisé en ajoutant avoir fait un don de 500 $ à la Fondation des maladies du coeur.
Plus de 30 policiers se sont rendus au Palais de justice de Chicoutimi pour appuyer leur collègue.
Trente collègues pour l'appuyer
Environ 30 collègues du policier Philippe Lajoie ont pris la peine de se déplacer au Palais de justice de Chicoutimi, lundi après-midi, afin d'offrir leur appui à leur confrère.
Des agents ont pris congé pour s'y rendre, alors que d'autres ont décidé d'y aller malgré qu'ils n'étaient pas au travail.
Le policier à la retraite Dominique Corneau estimait important être sur place pour appuyer celui qu'il a eu sous sa charge en début de carrière. 
« C'est un support pour lui. Au plan personnel, ça doit être assez significatif. Pour le système de justice, de voir qu'il y a tant de collègues, ça démontre que c'est une erreur de parcours et de jugement et que ce n'est pas un individu à problème. Si c'était le cas, il n'y aurait pas autant d'appuis », note M. Corneau.
« Je l'ai côtoyé, j'ai été son patron, je l'ai supervisé et je l'ai vu agir. Philippe est un excellent policier. J'ai de la misère à comprendre qu'il se soit rendu dans une situation pareille. Je lui avais offert de témoigner en sa faveur, car je connaissais ses aptitudes », a mentionné l'ancien agent de la SPS.
Ce dernier s'interroge aussi sur le fait que le dossier ait été porté devant le tribunal, alors qu'il arrive fréquemment que des affaires ne se rendent pas en Cour, faute de plaignants.
« Le traitement qu'il a reçu comme policier est assez exceptionnel. S'il avait été un civil normal, pas de plaignant et pas de victime qui veulent se présenter, il n'y aurait pas eu de procès criminel. On ne voit pas ça souvent. »
« Pour les autres policiers, ça recommande la prudence. Ils devront faire attention », a-t-il conclu.