L'étudiant au doctorat en psychologie à l'UQAC, Mathieu Emond, s'est penché sur l'impact d'une tactique utilisée par les sites de jeu en ligne pour accrocher de potentiels joueurs de machines à sous pour son projet de recherche.

Le piège des machines à sous

PAGE UQAC / Les sites de casinos et de jeu en ligne utilisent toutes sortes de tactiques pour attirer de potentiels clients. Entre autres, ils peuvent permettre aux gens d'essayer gratuitement une version de démonstration de machine à sous. L'étudiant au doctorat en psychologie à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Mathieu Emond, s'est donc intéressé aux effets potentiels de ces machines à sous sur la population.
Sa thèse de doctorat, qui s'intitule Mesure de l'impact du pourcentage de retour des machines à sous de démonstration sur les erreurs d'estimation et les croyances irrationnelles des joueurs, porte plus particulièrement sur la tactique des sites de jeu en ligne qui augmente le pourcentage des chances de gagner avec les machines à sous.
« En cherchant un peu sur Internet et sur les sites de jeu, je suis tombé sur ces machines à sous de démonstration. Je les ai essayées et je me suis rendu compte que le pourcentage de retour était beaucoup trop élevé. Ça fonctionne avec un solde de crédit, et en quelques minutes, on se retrouve avec le double ou le triple du montant de départ. Après quelques minutes, il y a des fenêtres pop-up qui t'invitent à investir ton propre argent », explique M. Emond.
Pour son projet de recherche, l'étudiant a donc monté son  propre logiciel de machine à sous et a invité des étudiants de l'UQAC à y jouer pendant dix minutes. Il leur a également fait passer un questionnaire avant et après leur expérience sur la machine à sous.
« J'ai séparé mes participants en deux groupes. Le premier groupe jouait avec un pourcentage de retour normal comme en casinos, d'environ 85 % à 98 %. Le principe, c'est que si on met 1 $, on retrouve entre 85 et 98 sous. Bien sûr, ce n'est pas après un seul coup, ça se calcule sur une période de temps. Le deuxième groupe avait un pourcentage beaucoup trop élevé, d'environ 180 % », ajoute-t-il.
Selon les résultats obtenus à la suite des deux questionnaires, les participants qui ont joué avec un retour de 180 % estimaient, après l'expérience, qu'ils avaient plus de chance de gagner, moins de chance de gagner et plus de chance de repartir avec le même montant de départ. Au contraire, le groupe qui a joué avec un pourcentage de retour similaire à ce qu'on retrouve en casino a conservé les mêmes croyances avant et après l'expérience.
« Il y a deux volets là-dedans. D'un côté, il y a l'estimation qu'on fait de nos chances de gagner ou de perdre, et de l'autre, il y a les croyances irrationnelles. Les croyances vont se baser sur les estimations qu'on fait », poursuit Mathieu Emond.
Avec l'expérience, ce sont les estimations des personnes qui changent, en seulement dix minutes. « Quand on joue, on ne peut pas tout prendre en compte pour faire les estimations, alors on prend des raccourcis. Les joueurs vont donc se baser sur la période de temps qui s'est écoulée depuis la dernière fois qu'ils ont gagné pour faire ces estimations. Si la personne a gagné souvent, ça change ses estimations et sa façon de voir les choses », explique l'étudiant.
Protéger les plus vulnérables
« J'ai toujours trouvé ça intéressant les casinos, les joueurs pathologiques, la dépendance au jeu et les stratégies que les casinos vont utiliser. C'est vraiment bien pensé pour retenir le joueur ! Notamment la tactique de renforcement, qui permet aux personnes de "gagner" souvent. En fait, si ça te coûte 1 $ pour jouer, mais que tu remportes 80 sous, tu perds de l'argent, mais tu as quand même l'impression de remporter quelque chose », raconte Mathieu Emond.
Selon lui, ces tactiques ne sont pas mauvaises en soi, tant que le tout ne reste qu'un jeu. Mais il y a quand même des risques de dépendance pour certaines personnes. « C'est intéressant d'évaluer les impacts de ces tactiques sur les personnes pour protéger les gens qui sont plus à risque, et pour éviter que les compagnies s'enrichissent sur le dos des plus vulnérables », explique-t-il.
Il espère donc que des recherches comme la sienne puissent permettre, à terme, de créer de meilleures politiques de protection
Difficile, mais extrêmement gratifiant
Même si le doctorat est exigeant, l'étudiant en psychologie de l'Université du Québec à Chicoutimi, Mathieu Emond, estime que ces trois ou quatre années d'études peuvent être très positives.
« Avant que je commence mon doctorat, j'entendais seulement dire que c'était extrêmement difficile, que j'allais travailler fort et que je n'aurais pas de vie sociale en dehors de mes cours et de mon projet de recherche. C'était vraiment ça qui était véhiculé comme message. Sauf que ce n'est pas l'expérience que j'ai vécue », mentionne M. Emond.
L'étudiant, qui devrait avoir le résultat de l'évaluation de son projet de recherche dans les prochains jours, estime qu'il est tout à fait possible d'avoir une vie équilibrée en même temps de faire le doctorat. « Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'a présenté cette vision. Alors quand je parle à des personnes qui commencent leur doctorat bientôt, j'essaie de les rassurer et de leur dire que ça va bien aller », raconte-t-il.
Il ajoute qu'il faut quand même travailler très fort et être organisé, mais que le doctorat peut tout de même être un beau parcours. Selon lui, il est également important d'aimer le sujet sur lequel on travaille, et d'avoir une bonne relation avec son directeur de recherche, pour que l'expérience se déroule le mieux possible.
« J'ai eu la chance de choisir mon projet de recherche. Souvent, les professeurs ont déjà des projets, et on se greffe sur leurs recherches, en analysant des banques de données par exemple. Mais moi, mon directeur venait d'arriver à l'UQAC, et il m'a laissé choisir. Alors ç'a surement aidé pour ma motivation et mon intérêt », conclut-il.