La mairesse de Saguenay, Josée Néron, le conseiller municipal Carl Dufour et le président du Club des ambassadeurs d’Arvida, Claude Guay, ont levé le voile sur un bronze réalisé par l’artiste Jérémie Giles à l’effigie d’Arthur Vining Davis. Ils ont présenté l’œuvre au petit-neveu du fondateur d’Arvida, Dow Davis, qui a aussi appris qu’un espace de la nouvelle bibliothèque d’Arvida serait dédié à son ancêtre.

Le petit-neveu d'Arthur Vining Davis à Arvida

Dow Davis, le petit-neveu d’Arthur Vining Davis, à qui l’on doit la création d’Arvida en 1926, complète aujourd’hui une visite de trois jours dans la cité du métal gris. Le descendant de l’industriel américain est convaincu de la pertinence du projet de reconnaissance de l’ancienne ville pour son patrimoine de classe mondiale.

C’est à l’invitation du Comité pour la reconnaissance patrimoniale d’Arvida (CORPA) que Dow Davis a foulé les mêmes terres que son grand-oncle, au cours des derniers jours. Sa présence s’inscrit dans la volonté du milieu de voir reconnaître Arvida comme développement distinctif à l’échelle mondiale. En ce moment, le gouvernement fédéral procède à l’analyse des dossiers qui seront placés sur la liste indicative soumise à l’UNESCO. 

Jeudi après-midi, Dow Davis, qui est le président du conseil d’administration de la Fondation Arthur Vining Davis, a été reçu à la nouvelle bibliothèque d’Arvida par la mairesse Josée Néron et par le conseiller municipal du secteur, Carl Dufour. Il a alors appris que cet espace serait dédié à son ancêtre, avant de voir la mairesse Néron lever le voile sur un bronze à l’effigie de son grand-oncle, réalisé par l’artiste Jérémie Giles. L’œuvre était la propriété de l’homme d’affaires arvidien Charles Boivin, qui en a fait don à la Ville. 

Juste avant, Dow Davis et son épouse Suzanne avaient complété le circuit touristique d’Arvida en compagnie de membres du CORPA et de la professeure et spécialiste en architecture urbaine, Lucie K. Morisset, le cerveau scientifique derrière le projet de reconnaissance de l’ancienne ville, fusionnée à Jonquière en 1976.

Lors d’une entrevue exclusive accordée au Progrès jeudi, Dow Davis s’est dit touché par l’accueil chaleureux que lui ont réservé les gens d’Arvida et de Saguenay. « Overwhelming », a-t-il résumé dans sa langue maternelle, un mot qui se traduit difficilement de façon littérale en français, mais que l’on pourrait définir par un sentiment provoqué par une vive émotion.

Souvenirs

En plus de découvrir l’histoire et la richesse du patrimoine bâti de cette ville de compagnie, lequel se trouve dans un état de préservation unique, de l’avis de plusieurs experts, Dow Davis a aussi pu plonger dans ses souvenirs d’adolescence. Le séjour qui prend fin samedi n’était pas le premier pour l’Américain, dont le grand-père était le frère d’Arthur Vining Davis, qui fut nommé président et chef de la direction de l’Aluminium Company of America (Alcoa) en 1910. 

En 1959, Dow Davis était de passage à Arvida. Il se souvient d’avoir séjourné au Saguenay Inn (Manoir du Saguenay) en compagnie de son père Nathaniel Victor, alors président et chef de la direction d’Alcan à Montréal. C’était à l’occasion de la visite de la reine Elisabeth II dans la région. Le jeune Dow, 16 ans, a regardé la cérémonie protocolaire depuis sa chambre à l’étage de l’hôtel situé à l’extrémité de la rue Powell. Il a confié que le fait de se retrouver devant l’immeuble où logent aujourd’hui les bureaux administratifs de Rio Tinto, presque 60 ans plus tard, s’est avéré un moment de pure magie.

« Je n’ai pas vu beaucoup de la ville et nous n’avons pas été ici très longtemps. On m’avait dit de rester dans ma chambre parce qu’il y avait beaucoup d’action et d’effervescence à l’extérieur. Mais je me souviens d’avoir regardé la reine, mon père et les autres dignitaires à partir de l’étage. Je suis retourné là aujourd’hui. C’était très émouvant de revivre ces années où j’étais étudiant. Pour moi, c’était une grande chance de voir la reine en personne », a raconté Dow Davis.

Un legs immense

Si la direction de la Fondation Arthur Vining Davis, dont les bureaux sont situés en Floride, était déjà bien au fait du rôle capital qu’a joué son fondateur dans l’histoire industrielle du Québec, la grandeur de son héritage, ici en région, était peu connue. Arvida est une ville bâtie autour d’une usine de production d’aluminium à partir d’un projet humain aujourd’hui considéré comme une véritable utopie sociale. 

« C’est incroyable de voir la vitalité de cette région du monde et le legs que cet homme a laissé à la ville. Pas juste à l’industrie, mais aussi à la communauté. Le fait que sa vision semble toujours bien vivante est, selon moi, un hommage immense à Arthur Vining Davis en tant que personne qui avait réellement à cœur les gens qui travaillaient ici et leurs familles. De constater tout ça presque 100 ans plus tard, pour moi, c’est très touchant », a poursuivi le président de la fondation, qui a aussi visité les installations de Rio Tinto. 


« C’est incroyable de voir la vitalité de cette région du monde et le legs que cet homme a laissé à la ville. Pas juste à l’industrie, mais aussi à la communauté. »
Dow Davis

Une amitié est née 

Depuis la visite d’une délégation saguenéenne à Boston il y a deux ans, où le conseiller Dufour et des membres du CORPA ont pu rencontrer des représentants de la Fondation Arthur Vining Davis, le désir d’accueillir Dow Davis dans la Washington du Nord était bien présent. 

Il a répondu favorablement à l’invitation et convient qu’une amitié est née. Davantage au plan symbolique, puisque Dow Davis rappelle que les contributions financières versées par la fondation doivent être accordées à des individus ou à des organisations qui se trouvent en sol américain. Toutefois, Dow Davis convient qu’un lien indélébile a été créé entre la communauté arvidienne et l’œuvre caritative de son ancêtre, dont il assume aujourd’hui la gouverne. 

«  C’est avant tout une connexion familiale. Je suis ici en tant que membre de la famille et aussi pour voir et apprendre ce qui s’est passé dans l’histoire en lien avec Arthur Vining Davis. J’ai toujours su qu’il était un homme d’affaires et un industriel formidable. Mais ce que j’ai appris aujourd’hui, c’est qu’il a été un grand visionnaire en contribuant à la création d’une ville qui était organisée autour d’une usine. Il voulait que les employés aient des maisons de qualité. Il se souciait beaucoup d’eux. Et le fait qu’il soit venu ici, sur des terres qui appartenaient à des agriculteurs et qu’il ait dit : ‘‘c’est un bon endroit, on a de l’énergie hydroélectrique de disponible’’, tout ça m’a donné une vision plus globale de lui, au-delà du monde des affaires », a-t-il mis en relief.  

Dow Davis a peu côtoyé son oncle de son vivant, lui qui a fait sa marque dans le développement immobilier en Floride. Aujourd’hui, le président a l’impression de s’être rapproché de l’homme. 

« Je comprends encore plus l’ampleur de l’effort de guerre déployé ici et la contribution des gens qui ont travaillé à la plus grosse aluminerie de l’époque, fabriquant des munitions destinées aux avions des forces alliées. Après la guerre, Arthur Vining Davis a reçu une médaille du président Truman, la plus haute distinction remise à un civil », a fait valoir Dow Davis. 


« C’est avant tout une connexion familiale. Je suis ici en tant que membre de la famille et aussi pour voir et apprendre ce qui s’est passé dans l’histoire en lien avec Arthur Vining Davis. »
Dow Davis

« Un ensemble tout à fait exceptionnel »

Parmi la délégation présente jeudi figurait une sommité mondiale en matière de patrimoine. Jean-Michel Leniaud, directeur de l’École nationale des chartes et professeur d’histoire de l’art de l’époque contemporaine à l’Université de la Sorbonne, à Paris, a déjà agi comme conseiller auprès de l’UNESCO. Le spécialiste, invité par Lucie K. Morisset, n’avait que de bons mots à l’égard du projet de reconnaissance d’Arvida.

Ce qu'il a dit...

• « C’est un ensemble tout à fait exceptionnel. Ce qui m’a frappé, c’est que c’est une cité industrielle destinée à loger des gens qui travaillent pour une usine. Elle a été chargée de gérer les conditions de vie d’une population et l’a fait dans des conditions de développement de vie quotidienne, d’éducation, de culture et de culte qui sont tout à fait uniques. C’était une utopie, dans la foulée des premières villes utopiques du monde à l’époque de la renaissance. Vous savez, utopie veut dire ‘‘nulle part’’. Mais ici, l’utopie s’est parfaitement concrétisée, ce qui est très rare, alors Arvida, ce n’est pas du tout nulle part ! », a imagé l’expert.

• « Maintenant que j’ai été nommé ambassadeur d’Arvida, j’aimerais bien faire la promotion du projet de reconnaissance par l’UNESCO. Pour moi, cette ville et son histoire sont un excellent exemple de ce qu’un site de patrimoine mondial devrait être. Ce qui s’est produit ici est inhabituel et je n’ai jamais visité d’endroits semblables dans le monde. »

• « Cette visite nous a enrichis comme fondation. Nous sommes très fiers d’Arthur Vining Davis. Le fait de venir ici nous a aidés à combler des espaces manquants dans l’histoire, des éléments dont nous étions incertains. »

• « Nous avons été tellement bien accueillis. L’amitié, l’acceptation. Ç’a été immédiat. Nous nous sommes fait des amis. »

• « L’idée derrière Arvida, ce n’était pas simplement de construire une ville. C’était bien plus que ça. Le but, c’était de bâtir une société multiculturelle. De voir que cette idéologie a été maintenue et est encore présente aujourd’hui, c’est fabuleux. Je suis renversé par le sentiment de fierté et de loyauté qui anime les citoyens d’Arvida. »