Le Chicoutimien André Soucy avait pris soin d’amener son sac de vêtements sachant pour la détention pour avoir battu un homme avec un poing américain après être entré chez la victime par effraction.

Le pénitencier à 70 ans

À 70 ans, le Chicoutimien André Soucy a pris le chemin du pénitencier pour les trois prochaines années pour une nébuleuse histoire de triangle amoureux, qui n’en était finalement pas un.

Le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, a accepté la suggestion commune de Me Karen Inkel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et de Me Charles Cantin, en défense.

Soucy avait plaidé coupable à une introduction par effraction dans la chambre d’un citoyen de la rue Labrecque, de possession d’une arme prohibée (poing américain) et de voies de fait armées et causant des lésions.

Toute cette histoire remonte au 4 décembre 2017. Une échauffourée verbale éclate entre Soucy et la victime, un homme âgé de 59 ans. 

Les deux individus s’invectivent, car Soucy croyait, à tort, que l’autre homme voulait un peu trop s’approcher de la femme qu’il avait conquise.

Les paroles ont donné lieu à des accusations. Soucy a lancé une phrase assassine à la victime.

« Je t’en câlisserais une mon tabarnak. T’as violé une fille de sept ans. »

La réplique ne s’est pas fait attendre de la part du plaignant. 

« Toi, tu violes des filles handicapées. »

Blessures

En somme, ça ne volait pas très haut. 

Une fois les « voeux de la bonne année » transmis, la victime est retournée tout bonnement à sa chambre, croyant l’affaire close.

« Mais une minute plus tard, l’accusé est entré dans la chambre du plaignant et l’a frappé avec un poing américain artisanal. »

« Une altercation a éclaté et la victime a eu l’épaule disloquée et a été blessée sérieusement à un genou, en plus d’avoir une bosse sur la tête », a résumé Me Inkel au tribunal.

Une plainte a été déposée aux agents du Service de police de Saguenay (SPS) et Soucy a été arrêté et ensuite accusé de crimes assez importants.

Avant de soumettre officiellement la suggestion commune, Me Cantin a voulu préciser que son client n’avait jamais traité son opposant de pédophile, même si cela ne changeait absolument rien à la trame factuelle. 

La procureure de la Couronne a tout de même mentionné que les paroles concernant le viol d’une enfant de sept ans avaient été rapportées aux policiers qui se sont rendus sur les lieux.

« Mais que ce soit le cas ou non, ce n’est tout de même pas une raison pour frapper quelqu’un et de s’introduire chez lui. Une personne est supposée se sentir en sécurité chez elle », a poursuivi Me Inkel.

« L’accusé est chanceux que la victime n’est pas été plus blessée que ça. Mais à 70 ans, on voit que M. Soucy a encore du travail à faire sur lui-même », a ajouté la procureure de la Couronne.

Maglré tout, la victime de 59 ans a été hospitalisé pendant trois semaines et les médecins ont dû lui reconstruire le genou.

Pour sa part, Me Cantin a laissé voir que son client voulait que la victime sache qu’elle n’avait plus rien à craindre de lui, surtout que les deux hommes n’habitent plus au même endroit depuis les événements.

« Il s’agit d’une introduction par effraction, mais mon client n’avait pas prémédité son geste. Il n’avait pas prévu faire irruption chez la victime. La porte de la chambre n’était pas barrée et en colère, il est entré », a expliqué le criminaliste.

Sécurité

Au moment de confirmer la suggestion commune, le juge Boudreault s’est adressé à l’accusé en lui précisant qu’une invasion de domicile ou une introduction par effraction demeure un crime très grave, punissable de la prison à perpétuité.

« Une résidence privée ou une chambre dans un immeuble demeure un sanctuaire où les gens qui y habitent doivent se sentir en sécurité. Les sentences sont souvent sévères pour ceux qui ne respectent pas cette sécurité. »

« La jurisprudence laisse voir que des peines de 6 à 16 ans sont souvent données pour des introductions par effraction et des gestes de violence. Votre avocat a sans aucun doute joué la carte de la prudence en négociant une peine de trois années de pénitencier avec la Couronne », a poursuivi le magistrat.

En acceptant la peine suggérée, le juge Boudreault dit avoir tenu compte de l’âge de l’individu (70 ans) comme un facteur atténuant.

Il a aussi indiqué qu’il devait profiter du temps passé à l’ombre pour faire une introspection et se questionner sur le fait qu’une personne peut être craintive à la suite d’une introduction par effraction dans son domicile.

Durant son séjour au pénitencier, André Soucy devra fournir un échantillon d’ADN et ne pourra être en contact avec la victime.

En plus, Soucy ne pourra posséder d’armes à feu pour les 10 prochaines années et les armes à utilisation restreinte pour la balance de ses jours.