Le président et chef de la direction de Résolu, Yves Laflamme, envisage un panier de solutions pour faire face au défi de la main-d’oeuvre, alors que l’entreprise doit pourvoir 400 postes au Québec.

Le PDG de Résolu reste optimiste

La papetière Produits forestiers Résolu (PFR) nage en eaux troubles avec les enjeux du commerce international, des approvisionnements forestiers (caribou, Plan Nord) et de la main-d’oeuvre. Cette situation n’empêche pas son nouveau président et chef de la direction, Yves Laflamme, d’entrevoir l’avenir avec optimisme.

De passage au Progrès pour une rencontre éditoriale, celui qui a succédé à Richard Garneau dissimulait mal sa grande satisfaction de voir près de 90 personnes de divers milieux se concerter pour défendre l’industrie au Juvénat de Dolbeau, la semaine dernière. « Nous, on a des choses à faire, et le milieu a aussi sa place. Il est normal que Résolu, qui représente 50 % de l’industrie, soulève des enjeux comme ceux du Plan Nord et du caribou », a-t-il noté.

Yves Laflamme entend bien contrer le discours négatif sur l’industrie ainsi que les perspectives alarmistes. Malgré les conséquences de la crise qui a stigmatisé l’industrie, Yves Laflamme constate que bien des jeunes comprennent qu’il est possible aujourd’hui d’avoir une carrière au sein de l’entreprise.

« Nous avons une jeune femme de moins de 30 ans qui a quitté la France et a suivi des formations au Québec. Elle supervise nos opérations forestières sur la Côte-Nord », illustre le PDG de la papetière.

Diversifier la main-d’oeuvre
Ce dernier ne croit pas nécessairement à la recette unique de l’immigration pour combler les besoins de main-d’oeuvre (400 postes disponibles au Québec), mais a déjà dans sa valise une fourchette de solutions, dont l’embauche de femmes ainsi que des membres des communautés autochtones.

« À notre scierie de Senneterre, en Abitibi, le syndicat est présidé par une femme. Sans l’apport de la main-d’oeuvre féminine, qui est concentrée dans la machinerie lourde, il ne serait pas possible d’opérer une deuxième faction. »

Les Premières Nations sont au coeur de la stratégie déployée par Résolu pour faire face à l’enjeu de la main-d’oeuvre. La papeterie de Baie-Comeau a 70 postes à combler. Les dirigeants de Résolu ont rencontré les représentants de la communauté de Betsiamites afin d’évaluer la situation. Yves Laflamme a identifié un problème de formation, mais est convaincu qu’il y a moyen de faire les ponts nécessaires pour accueillir ces travailleurs.

« Nous avons une très bonne expérience à Obedjiwan au Québec et à notre usine de Fort William (communauté Ojibway) en Ontario, qui est située dans les limites d’une communauté. Nous avons été en mesure de trouver des solutions pour le transport et l’hébergement des travailleurs du Guatemala pour les Serres Toundra. Il y a moyen de trouver des solutions pour accueillir des travailleurs des différentes communautés des Premières Nations », note Yves Laflamme, qui est impressionné par la qualité d’entrepreneurs qui émergent de ces communautés.

Rencontre à Mashteuiatsh
Goerjann Morisseau, l’ex-chef de la communauté de Fort William, aujourd’hui responsable des relations avec les Premières Nations chez Résolu, a profité de son passage dans la région pour rencontrer les dirigeants de Mashteuiatsh. L’idée du président est d’étendre à la région le modèle développé avec sept communautés de l’Ontario.

Yves Laflamme est originaire de la région et ne rate jamais une occasion pour réitérer le lien qui unit la papetière qu’il dirige au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Résolu reste un employeur industriel majeur avec 2200 emplois réguliers et 3000 retraités. « Je suis le second président de Résolu depuis la restructuration. Avec Richard Garneau, nous avons été deux Québécois. Nous sommes tous les deux originaires du Lac-Saint-Jean. »

Dans la même veine, Yves Laflamme explique que Résolu a adopté cette année un budget d’investissements de 175 M $ US dans toutes les usines de PFR dans le monde. Depuis le début de l’année, la papetière a confirmé des investissements de 80 M $ US uniquement dans la région, avec 53 M $ à son usine de pâte Kraft de Saint-Félicien et des investissements dans les scieries de La Doré et de Saint-Thomas-Didyme .

Litiges commerciaux
Interrogé sur les projets à venir dans la région, Yves Laflamme rappelle que Résolu aura déposé d’ici quelques mois 200 M $ US aux douanes américaines. « On parle beaucoup des taxes sur l’acier et de l’aluminium, mais Résolu est l’entreprise au Canada qui doit composer avec le plus grand nombre de litiges commerciaux. Nous faisons face à cinq plaintes où il y a eu des surtaxes à l’importation de nos produits », rapporte-t-il.

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LE CANNABIS, PAS POUR LE MOMENT

La papetière Résolu a reçu des appels provenant d’institutions actives dans le financement des projets de culture de marijuana en vue de la commercialisation légale de ce produit. Yves Laflamme n’a pas été surpris de ces appels, puisque la papetière est partenaire du complexe des Serres Toundra de Saint-Félicien. La première phase est complétée. Selon M. Laflamme, la situation est stable avec l’embauche de travailleurs du Guatemala. Produits forestiers Résolu aurait possiblement démontré plus d’intérêt pour une production thérapeutique de cannabis. Tout indique que l’entreprise préfère se concentrer pour le moment dans la production de concombre et respecter les ententes avec les grands distributeurs de l’alimentation.

MOINS D'ACCIDENTS DE TRAVAIL

Il y a des réussites qui font la fierté des grands gestionnaires d’entreprise du calibre du président de Résolu. Aujourd’hui, Yves Laflamme n’hésite pas à faire du bilan de sécurité dans les usines, l’une de ses réussites de premier plan. En 2007, Résolu a dénombré 520 accidents dans ses usines dans le monde. L’an dernier, le nombre a chuté à 53 accidents. La scierie de Maniwaki est devenue une légende avec 12 ans ou deux millions d’heures travaillées sans accident. Résolu a ainsi distribué au Québec 2 M $ dans les communautés. Résolu remet une bourse aux travailleurs pour l’atteinte des objectifs, et ce sont les mêmes travailleurs qui identifient l’organisme qui bénéficiera de l’argent.

DES RACINES RÉGIONALES

Les racines régionales de PFR sont encore plus profondes que les deux présidents originaires du Lac-Saint-Jean. Richard Garneau et Yves Laflamme, pour ne nommer que ces deux cadres, ont été formés à l’école de Michel Desbiens au sein de la papetière de Donohue. Ce Jonquiérois a été, au milieu des années 1980, l’un des plus grands gestionnaires de l’industrie des pâtes et papiers, alors qu’il dirigeait Donohue. Michel Desbiens a été, jusqu’à l’an dernier, membre du conseil d’administration de Résolu.

DIVERSIFICATION

Les chiffres permettent à Résolu de contredire certaines perceptions voulant que l’entreprise se limite dans quelques produits. Aujourd’hui, Produits forestiers Résolu est considéré comme l’un des chefs de file dans la deuxième et la troisième transformation du bois. Elle exploite des usines de poutrelles, de bois jointé et de granules. Dans le papier, elle a développé une filière du papier tissu avec des acquisitions aux États-Unis. Elle a choisi de fermer des usines de papier journal ailleurs dans le monde pour conserver celles du Québec. L’entreprise mène de front de nombreux projets de développement qui sont au stade expérimental ou celui de la recherche et développement.