Kathleen, 24 ans, a subi des opérations au cerveau quand elle était bébé et conserve des séquelles au plan psychologique. Elle a commencé à fréquenter le Patro à l'âge de trois ans et y travaille aujourd'hui comme aide-monitrice.

Le Patro, la deuxième famille de Kathleen

Kathleen Dallaire, 24 ans, est née avec une malformation au cerveau. Deux opérations subies alors qu'elle n'avait que quelques mois l'ont laissée avec des séquelles au plan neurologique et des difficultés d'apprentissage. Victime d'intimidation tout au long de son parcours scolaire, la jeune femme a retrouvé l'estime d'elle-même grâce au Patro de Jonquière, un établissement qu'elle n'a jamais quitté après y avoir mis les pieds pour la première fois à l'âge de 3 ans. Aujourd'hui aide-monitrice, Kathleen chemine lentement, mais sûrement vers l'atteinte de son rêve le plus cher : travailler au Patro à temps plein, ne jamais quitter ses murs et continuer d'évoluer aux côtés de ceux et celles qu'elle considère comme sa deuxième famille. Résumé d'un entretien avec une jeune adulte résiliente qui n'a jamais perdu son coeur d'enfant.
Dans l'esprit de Kathleen Dallaire, le bonheur se résume en un tout petit mot de cinq lettres : PATRO. Sans grand détour, elle confie que l'organisme communautaire qui offre un camp de jour aux jeunes l'été et diverses activités sportives et culturelles tout au long de l'année lui a sauvé la vie. 
« J'ai beaucoup souffert d'intimidation à l'école. C'est terrible ce que j'ai vécu. Je ne disais pas tout à mes parents. J'ai eu de la violence physique, psychologique et... c'est quoi donc l'autre sorte de violence ? Ah oui ! De la violence verbale », raconte Kathleen. Sa différence l'a longtemps fait souffrir. Aux prises avec d'importantes difficultés d'apprentissage et un retard au plan cognitif, elle a changé d'école primaire sept fois. Au secondaire, rien n'allait plus. Prise en grippe par des camarades malveillants, elle a subi l'enfer, ce qui a rendu son rapport à l'école intolérable et toxique. 
« J'étais comme un verre d'eau vide. C'est le Patro qui m'a remplie », laisse-t-elle tomber.
À trois ans, Kathleen a commencé à fréquenter le Patro. Bercée par un sentiment de sécurité, appréciée des moniteurs et respectée par ses pairs, elle a pris goût à la vie. Au Patro, elle se sentait acceptée malgré sa différence. Surtout, elle se sentait aimée. L'adolescente a fréquenté le centre communautaire jusqu'à l'âge limite de 16 ans. Grâce à l'encadrement et à la gentillesse du personnel, elle s'est sentie valorisée et a eu la chance de s'épanouir. Dans la tête de Kathleen Dallaire, cheminer à l'écart du Patro était une perspective terrifiante. 
« C'est ma maison ici ! », lance celle qui était accompagnée de la coordonnatrice Émilie Caron pendant l'entrevue accordée au Progrès. 
Les deux femmes se connaissent depuis très longtemps puisqu'Émilie, 32 ans, occupait le poste de monitrice quand Kathleen était enfant. 
« Elle a toujours fait partie du Patro. Ça nous a fait de la peine quand elle a eu 16 ans et qu'elle devait partir », dit Émilie.
Déterminée à ne pas rompre avec sa principale source d'oxygène, Kathleen Dallaire a décidé de s'impliquer bénévolement au Patro comme aide-monitrice en période estivale. Son implication s'est poursuivie jusqu'à 20 ans. Ensuite, elle a bénéficié d'une subvention offerte par le SEMO et a décroché un emploi rémunéré pour la réalisation de tâches ménagères au Patro à hauteur de 25 heures semaine. Parallèlement à cela, elle devait aller à l'école, mais son passage au Centre de formation générale des adultes (CFGA) s'est avéré très difficile. Coupée du contact avec les jeunes et confinée à des travaux d'entretien, Kathleen, reconnue pour sa joie de vivre et sa bonne humeur, avait perdu son étincelle. 
Le vent a tourné l'automne dernier, alors qu'elle a pu être admise à un programme dirigé par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, impliquant le Patro. L'automne et l'hiver, Kathleen continue de faire des travaux à l'établissement de la rue Saint-Dominique et porte le chapeau de « responsable du milieu de vie ». Mais ce qu'il y a de merveilleux pour elle, c'est qu'il lui est dorénavant possible de poursuivre son apprentissage. Tous les matins, elle suit des cours au Patro, lesquels ont pour but de la rendre autonome et lui permettre un jour de vivre seule en appartement. Il s'agit d'un programme particulier au cours duquel Kathleen apprend à faire son budget, à cuisiner, à faire de l'entretien ménager et à développer ses habiletés sociales. L'été, elle poursuit son implication auprès des enfants comme aide-monitrice, heureuse comme un poisson dans l'eau. Pendant la présente saison, elle accompagne des garçons de cinq et six ans. 
« Les enfants sont attachants. Ils ne sont pas conscients de ma différence », résume Kathleen, un petit bout de femme aux cheveux courts dotée d'une magnifique paire d'yeux pers. Énergique, Kathleen n'a pas froid aux yeux et prend un réel plaisir à jouer avec les enfants inscrits au camp de jour.
Kathleen Dallaire considère le Patro de Jonquière comme sa principale source d'oxygène. Elle est ici accompagnée de Fanny Marin et d'Émilie Caron (derrière), de même que des jeunes Frédérique, Raphaëlle, Lucas, Zoé et Marie-Soleil.
Le Patro veut garder Kathleen
Kathleen est consciente du fait qu'elle ne pourra jamais occuper le poste de monitrice. La gestion inhérente à cette fonction, assortie de responsabilités importantes, serait trop pour elle et ferait monter son anxiété en flèche. 
Cela dit, l'équipe du Patro, sous l'égide du directeur général Yannick Gagnon, la considère comme un atout et veut tout faire pour la garder.
Cheminement
«Kathleen connaît tous les moniteurs et tous les employés. Elle a le don de voir immédiatement si quelqu'un va ou ne va pas. Elle sait tout et c'est la potineuse du Patro. On veut qu'elle continue de travailler ici, on veut la faire évoluer et contribuer à son épanouissement. On veut l'aider à cheminer pour qu'elle progresse et qu'elle continuer de se valoriser», fait valoir Émilie Caron.
Cette déclaration réjouit manifestement Kathleen Dallaire. À ce moment, ses yeux verts s'allument et ses lèvres, maquillées d'oranger pour mettre en relief ce jour bien particulier, s'écartent pour faire place à un large et sincère sourire.
«Mon plus beau souvenir, c'est quand je suis rentrée ici. Je ne veux plus jamais partir», lance Kathleen, qui connaît les paroles des toutes les comptines du camp de jour et pour qui le vaste bâtiment de la rue Saint-Dominique ne recèle plus aucun secret.