Les touristes veulent contempler la nature et faire des activités de plein air.
Les touristes veulent contempler la nature et faire des activités de plein air.

Le nouveau visage du tourisme

Il y a deux mois à peine, l’industrie touristique craignait que la saison 2020 ne tombe complètement à l’eau. À l’aube des vacances de la construction, les touristes prennent sûrement, mais prudemment d’assaut les régions du Québec. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean, reconnu pour ses grandes étendues, son offre d’activités de plein air et son tourisme d’aventure, saura sans doute tirer son épingle du jeu, malgré la pandémie. Tour d’horizon, en ce début de saison pour le moins particulier. 

Ils choisissent leur destination vacances à la dernière minute, ils veulent profiter du dehors, ils visitent ou revisitent les attraits proches de chez eux, ils quittent les métropoles pour respirer l’air des régions et plusieurs font partie d’une génération qui n’avait pas tellement l’habitude de visiter les territoires plus éloignés, comme ceux de la Côte-Nord, de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les touristes québécois ont changé de visage, cet été, constatent les travailleurs et les dirigeants du milieu.

Déjà, Promotion Saguenay fait état de statistiques intéressantes. Habituellement, environ 45 % des touristes qui visitent le Saguenay–Lac-Saint-Jean sont des Québécois hors région, soit des quatre coins de la province. Cette année, cette statistique gonfle à 84 %. « Nul doute, les Québécois, autant de la région de Montréal que d’ailleurs, viennent nous visiter », explique le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé.

Parmi les visiteurs de l’an dernier, 8 % affirmaient choisir la région comme destination vacances de façon spontanée, c’est-à-dire à la dernière minute. Cette année, on parle de 79 % des visiteurs.

« Nos téléphones sonnent vraiment plus que par les années passées. Les gens nous disent : “On vient visiter votre région la semaine prochaine, qu’est-ce qu’il y a à faire ?” Auparavant, cette clientèle était minime », note M. Bérubé.

Bien que le bâtiment principal soit fermé cet été, Promotion Saguenay a érigé un petit kiosque touristique au centre-ville de Chicoutimi.

« Nous constatons aussi qu’il y a plus de jeunes adultes, une génération qui n’était peut-être pas portée à se rendre en région pour les vacances. C’est un point intéressant, parce que c’est une clientèle qu’on voulait attirer depuis longtemps », note le directeur général, ajoutant que ces réalités semblent ressembler à ce que vivent les industries touristiques des autres régions éloignées, notamment celles qui bordent le fleuve Saint-Laurent.

Parce que la grande majorité des touristes cherchent la nature, l’eau et les activités de plein air.

Le touriste recherche la nature et les grands espaces, cet été.

Le son de cloche est sensiblement pareil chez Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean, bien que l’organisation n’ait pas encore compilé de statistiques préliminaires.

Tout de même, sa présidente, Lily Gilot, explique que la région se positionne bien grâce à son créneau d’excellence: le plein air.

Le touriste recherche la nature et les grands espaces, cet été.

« C’est incontestable que les gens veulent être dehors. Nous sommes choyés ici, avec trois parcs nationaux et un parc marin, en plus de toute l’offre touristique en plein air. Nous sommes la région du Québec qui a le plus d’attraits en ce sens. Nous constatons également que les résidants de la région restent beaucoup ici pour les vacances et revisitent leurs attraits. C’est à la mode d’acheter local, alors aussi bien le faire en tant que touriste également! », souligne-t-elle.

L’annulation des croisières: un dur coup

Évidemment, les attraits touristiques régionaux ont dû faire une croix sur les visiteurs internationaux cette année, mais la saison permettra tout de même aux entreprises de garder le cap, alors qu’on craignait le pire, il y a quelques semaines à peine. Certains secteurs auront tout de même du mal à encaisser le choc de l’annulation d’activités.

Dans la région, c’est l’absence des navires de croisière au quai de La Baie qui inquiète le plus la présidente de Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les petits et grands commerçants baieriverains, les artisans et les restaurants du coin risquent de voir leur achalandage en nette diminution, notamment à la fin de l’été et à l’automne, alors que certains artisans pouvaient faire la majeure partie de leur chiffre d’affaires en deux mois, grâce aux croisiéristes.

« Même les gens qui vivent ici venaient voir les bateaux à quai et prenaient le temps de visiter les commerces. C’est une forme de tourisme que nous n’aurons pas cette année. C’est inquiétant pour les entreprises de La Baie, et ce sera catastrophique et dramatique pour certains d’entre eux », note Mme Gilot.

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TOUT LE MONDE DEHORS

Les attraits touristiques intérieurs, comme les musées, ont plus de peine à attirer les visiteurs, en ce début de saison. À l’inverse, les sites extérieurs ne suffisent tout simplement pas à la demande, puisque bien que les touristes soient au rendez-vous, les mesures sanitaires les forcent à réduire leur achalandage.

Au Parc Aventures Cap Jaseux, le téléphone ne dérougit pas. Les hébergements sont pratiquement complets pour l’été, mais ça, la directrice générale, Rébecca Tremblay, en avait déjà l’habitude. La différence, cette année, c’est que les touristes et les visiteurs locaux ne peuvent plus débarquer sur le site à la dernière minute pour participer à une activité, puisque les réservations sont obligatoires, en raison de la pandémie de COVID-19. 

« On ne suffit pas à la demande. On a dû réduire énormément le nombre limite de personnes dans les circuits d’arbre en arbre, par exemple, en raison des consignes sanitaires. Les équipements, qui doivent être nettoyés ou mis en quarantaine, et la distanciation font en sorte qu’on ne peut pas accueillir tout le monde qui voudrait venir au parc. Mais bon, on a craint qu’il n’y ait pas de saison du tout, alors ça se passe tout de même bien ! », explique Rébecca Tremblay. 

D’un autre côté, les sites intérieurs, comme le Musée du fjord de La Baie, connaissent un début de saison moins achalandé, surtout parce que la clientèle internationale y est habituellement très présente. « Disons que les sites intérieurs sont tous en perte de vitesse », constate la responsable des communications au Musée du Fjord, Lily Gilot. 

« On voit que les touristes préfèrent les activités extérieures, qu’ils se sentent peut-être plus en à l’aise dehors, en raison de la pandémie. Mais nous recevons beaucoup de jeunes familles d’ici et d’ailleurs, ce qui est intéressant. Et les citoyens du Saguenay et du Lac-Saint-Jean sont nombreux à encourager leurs musées, », souligne Mme Gilot.