Le pêcheur et commerçant Rémi Aubin constate un engouement et une revitalisation du visage de la pêche dans la région. ­

Le nouveau visage de la pêche

Avec la saison estivale qui bat son plein, la pêche se hisse au sommet des activités les plus populaires dans la région. Son regain auprès d’une clientèle plus jeune, la nouvelle philosophie entourant sa pratique ainsi que les services et installations de plus en plus nombreux créent un engouement qui font revêtir à la pêche un nouveau visage. Les offensives clé en main de plusieurs zones d’exploitation contrôlée (ZEC), des parcs nationaux (SÉPAQ) ainsi que de plusieurs organismes et partenaires confirment l’engouement constaté sur le terrain, en plus d’engranger des retombées économiques et touristiques intéressantes.

Le récent ensemencement de la rivière des Ha ! Ha ! (à La Baie), où des milliers de truites entre 12 et 14 pouces ont été larguées à l’occasion de la Fête de la pêche, début juin, est un parfait exemple de la démocratisation entourant la pêche, notamment en ville.

La multitude de cours d’eau dans la région et leur accessibilité contribue à faire de la pêche une activité courue.

Le cours d’eau sillonnant l’arrondissement baieriverain est d’ailleurs en voie, aux dires du populaire pêcheur et commerçant baieriverain Rémi Aubin, de devenir une rivière-école tant elle est convoitée et accessible. Le vaste territoire de Saguenay n’est pas en reste, notamment avec la rivière du même nom; il regorge aussi de plans d’eau à l’accessibilité facile et la fréquentation agréable. La possible pêche du bar rayé, une espèce déjà présente dans le Saguenay, mais dont la capture n’est pas permise encore, pourrait aussi grandement marquer l’essor de la pêche, tout comme l’émancipation de plus en plus de pêcheurs.

La multitude d’émissions télévisuelles tournant autour de la pêche n’est pas étrangère à l’enthousiasme constaté à propos de cette activité sur le sol saguenéen. À cela s’ajoute le contact avec la nature, de plus en plus recherché et dans lequel la pêche occupe une place de choix. « La pêche redevient “in”, il est facile de le constater, à la fois près des cours d’eau, mais aussi dans la société en général », clame Rémi Aubin, qui peine à trouver deux minutes pour s’entretenir avec Le Quotidien, tellement il est affairé derrière le comptoir de l’Accomodation des 21 à La Baie. L’inventaire (et l’affluence) déroutant du repaire trahit en quelque sorte l’effervescence constatée envers la pêche: un jeune y était d’ailleurs conseillé, à la recherche de leurres lui permettant de revivre les beaux moments (et les belles prises) qu’il a vécus lors du tournoi de la relève, organisé dans le cadre de la fête familiale de la Saint-Jean Baptiste, un autre des nombreux événements qui promeuvent la pêche en pleine ville. L’activité, tenue près de la rivière aux abords de la pyramide le 23 juin dernier, a été un franc succès. Le conseiller Aubin avait d’ailleurs bien compris le désir du pêcheur, lui référant un équipement plus léger afin de bien « sentir » la rivière qu’il s’apprêtait à visiter.

La première fois
Aux dires de plusieurs, une première expérience positive est souvent à la base de la naissance d’une passion, surtout auprès des plus jeunes. « Il y a de plus en plus d’événements liés à la promotion et la pratique de la pêche, et tout autant de partenaires qui investissent à la fois argent et ressources. Le fait d’ensemencer une rivière apporte d’énormes retombées, d’abord en accessibilité pour les citoyens, mais aussi en retombées économiques, voire en emplois », mentionne Rémi Aubin. Il ajoute qu’en plus d’amener les gens à redécouvrir leur cours d’eau, l’ensemencement contribue à protéger la ressource, sur place, mais aussi ailleurs, concentrant la fréquentation des pêcheurs à un endroit précis.

Le représentant du détaillant Naturmania à Saint-Augustin-de-Desmaures, Vincent Desroches, en avait long à dire sur l’importance de la première expérience de pêche. « Je me souviendrai toujours de ma première prise: mon père m’avait amené dans une pisciculture. Ça mordait sans bon sens, bien évidemment. Il voulait créer une grande impression et ç’a marché. Ç’a laissé en moi un désir de pêche incroyable et intarissable », se souvient celui qui est maintenant papa et prend bien soin d’amener fréquemment ses enfants à la pêche. « Ça responsabilise les jeunes, leur donne une grande estime d’eux-mêmes en plus de leur montrer l’importance de leur environnement. C’est pour ça que la relève de la pêche est au rendez-vous : la nouvelle philosophie, éthique, plus responsable, à la portée de tous, est tout indiquée pour les nouvelles générations », finalise celui qui a aussi œuvré comme agent auxiliaire de protection pour le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Possible, la pêche récréative sans permis
Même si les plus récentes statistiques à propos des ventes de permis de pêche sont en chute depuis cinq ans et laissent croire que l’activité est en perte de vitesse et de moins en moins populaire, Rémi Aubin attribue justement le phénomène au nombre grandissant de familles qui la pratiquent. Aussi, le programme Pêche en herbe, où des jeunes reçoivent lors de journées spécifiques (notamment la Fête de la pêche, au début juin) un certificat Pêche en herbe qui fait office de permis de pêche jusqu’à ce que le jeune ait 18 ans pourrait être un facteur expliquant la diminution de ventes de permis de pêche.

Bien que le permis de pêche ne soit pas transférable, il est aussi possible pour une personne de 18 ans et plus en possession de son permis de pêcher en compagnie de son conjoint, de ses enfants, sans que ces derniers ne possèdent de permis. Un enfant mineur de même qu’un étudiant âgé de 18 à 24 ans possédant une carte étudiante valide peuvent pêcher en compagnie d’un adulte qui est titulaire d’un permis. Précisons que le quota s’applique à l’ensemble du permis, et non individuellement au nombre de personnes.

En ce qui concerne la rivière Saguenay, il est permis d’y pêcher sans permis, en aval du pont Dubuc de l’arrondissement Chicoutimi jusqu’à Tadoussac, car les eaux y sont sous la juridiction fédérale (zone 21).

UNE PÊCHE PLUS RESPONSABLE

L’idéologie derrière la pêche est aussi en profond changement : de plus en plus, une tendance davantage humaine s’observe, et ce sont les plus jeunes qui en sont les ambassadeurs. 

« Ce que les gens veulent de plus en plus, c’est pratiquer l’activité de la pêche en tant que telle. Le temps du stockage, où les gens remplissaient leur congélateur, est en voie de disparaître. Les remises à l’eau ainsi que la pêche dans un simple objectif d’apprécier l’activité et de consommer immédiatement le fruit de sa récolte sont fréquentes », affirme avec enthousiasme Rémi Aubin. Il explique qu’il pêche avec sa fille dans l’optique de lui montrer comment préserver la ressource, mais aussi de déguster aussitôt sa récolte, « d’ailleurs exquise fraîche plutôt que congelée ». « L’éducation est facile auprès des jeunes, qui sont très sensibilisés par cette nouvelle approche. Ce sont les plus vieux qui doivent désormais suivre la vague », exprime avec espoir le maniaque de pêche, très impliqué dans son milieu.