Le mode «selfie» ennemi d’une communication efficace

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
Toucher ses lunettes, cligner des yeux, croiser les bras... Le langage corporel a pris une importance différente pour plusieurs, maintenant que le télétravail fait partie du quotidien entraînant son lot de visioconférences, de rencontres en mode virtuel et d’échanges via caméras. La Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF) a invité un des 300 synergologues au monde à répondre aux questions de ses membres, mardi, afin de tenter de faire la lumière sur ces gestes qui peuvent nuire, et le mode « selfie » a été identifié comme l’ennemi numéro 1 d’une communication efficace.

La synergologie, qui consiste à l’analyse du langage corporel, est complexe. Difficile d’interpréter un mouvement sorti de son contexte. Toutefois, certains éléments peuvent aider à communiquer de façon efficace. La présence de Manuel Constant, synergologue et formateur en communication non verbale, a suscité l’intérêt de quelques dizaines de membres de la CCISF qui avaient de nombreuses questions à lui adresser dans le cadre de l’activité intitulée Langage corporel et télétravail.

Les participants ne s’attendaient certainement pas à découvrir que leur premier ennemi en termes de communication n’est pas leur langage corporel, mais plutôt la caméra qui diffuse une image inversée d’eux-mêmes.

« Le mode “selfie” a un effet pervers puisqu’il inverse l’image, ce qui crée une incohérence entre le verbal et le non verbal », a affirmé d’emblée le synergologue.

Même si nous n’en sommes pas conscients, les gestes et mouvements ont une signification différente s’ils sont posés à droite ou à gauche. S’asseoir plus à gauche ou plus à droite de sa chaise, pencher la tête d’un côté ou de l’autre, porter une main au visage... chaque geste est perçu différemment selon le côté où il est posé. Ainsi, la caméra inversée change complètement la perception du message qu’on envoie.

Manuel Constant, synergologue et formateur en communication non verbale, a expliqué aux participants de la conférence offert par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF) que le mode ‘‘selfie’’ crée une incohérence entre le verbal et le non verbal lors des échanges par visioconférence.

« Vous pouvez avoir l’impression que vos interlocuteurs ne vous “feelent” pas puisque cette incohérence entre le verbal et le non verbal a un impact négatif. Vous pouvez parler de quelque chose qui vous passionne en le présentant du côté de ce que vous aimez moins. Même s’ils ignorent pourquoi, la perception des interlocuteurs peut être négative. D’un seul clic, vous pouvez régler ça en changeant la direction de la caméra dans vos paramètres », a souligné le spécialiste du langage corporel.

Évidemment, la barrière physique imposée par le télétravail est aussi un obstacle de premier ordre à une bonne communication puisqu’elle installe une distance relationnelle qui fait en sorte qu’on se sent moins près des gens. Manuel Constant conseille tout de même de ne pas tenter d’en faire plus afin de communiquer plus efficacement.

« Soyez fidèle à vous-même. Si vous gesticulez beaucoup, ne vous empêchez pas de le faire. Si vous bougez peu, ne vous forcez pas pour bouger. »

De la même façon, le spécialiste insiste sur le fait que tenter d’adopter une certaine posture ou de faire certains mouvements est rarement efficace à long terme. « Vous allez finir par changer de posture de toute façon. Il faut plutôt changer d’attitude mentale puisque c’est ce que le corps reflète. On ne devrait pas faire attention à notre langage corporel. Par exemple, on devrait plutôt faire en sorte de demeurer concentré, intéressé quand on sent qu’on l’est moins. »

Et pour les formateurs et patrons, le spécialiste recommande des séances vidéos de 45 minutes maximum sans pause. « Au-delà de ça, il est difficile de conserver l’attention des gens chacun derrière son écran », conclut-il.