Richard Jean, propriétaire de la librairie Harvey, était très heureux de rouvrir son commerce le 1er juin dernier
Richard Jean, propriétaire de la librairie Harvey, était très heureux de rouvrir son commerce le 1er juin dernier

Le marché du livre s’en sort bien

Thomas Dufour
Le Quotidien
Les livres qui traitent de jardinage ou de fin du monde se vendent comme des petits pains chauds depuis quelques semaines. État d’un marché du livre en déconfinement.

Près de la caisse de la Librairie Harvey, à Alma, on compte une vingtaine d’exemplaires du roman La peste d’Albert Camus disposés sur un présentoir. La popularité de ce livre a explosé, depuis le début de la pandémie.

« On ne vend pas les mêmes livres qu’à l’habitude, explique Richard Jean, propriétaire de la librairie. Les gens viennent chercher des livres sur le jardinage ou le barbecue. En un avant-midi, on a épuisé la presque totalité des exemplaires d’un livre à 80$ sur les oiseaux. »

À la Librairie Harvey, on se réjouit de la réouverture survenue le 1er juin. Comme la librairie se trouve à l’intérieur d’un centre commercial, le propriétaire a dû fermer boutique pendant dix semaines.

« Les gens s’étaient ennuyés. On a eu un gros boum de clients dans les trois premiers jours », explique Richard Jean.

Depuis, les ventes sont revenues à la normale.

Il compare cette explosion des premiers jours à celle survenue après les attentats du 11 septembre 2001. Cet automne-là, la librairie n’avait jamais vendu autant de livres.

Même si les ventes vont bien, le confinement a été un coup dur pour la boutique de livres. « En 33 ans d’existence, ça ne nous était jamais arrivé.»

Avec pour seul revenu les commandes en ligne, les recettes de la librairie ont chuté de 75% pendant le confinement.

Les acheteurs de livres sont au rendez-vous depuis la réouverture de la librairie Harvey à Alma

Richard Jean se désole qu’autant de ventes aient été réalisées par des géants, comme Walmart, au détriment des commerces locaux. « On s’est sentis abandonnés », dit-il.

Les éditeurs gardent le cap

« La vie se poursuit », constate Simon Philippe Turcot, directeur général des éditions La Peuplade, à Saguenay.

Dans les premières semaines de la crise, la maison d’édition a perdu ses revenus provenant de la France puisque toutes les librairies de l’Hexagone étaient fermées. Au Québec, la vente s’est poursuivie en ligne.

Une fois l’anxiété des premières semaines passée, la maison d’édition a poursuivi son travail avec ses auteurs. Seulement une publication a été annulée. Les ventes n’ont pas beaucoup été affectées.

« Les gens ont retrouvé le bonheur de la lecture pendant le confinement, croit M. Turcot. Le livre prend encore plus de place qu’avant. »

La Peuplade essaie d’être plus présente sur les réseaux sociaux afin d’interpeller ses lecteurs.

Au début du confinement, La Peuplade avait décidé de ne plus recevoir de nouveaux manuscrits. Les livres que la maison d’édition trouvera en rouvrant sa boîte postale restent un mystère. « Est-ce qu’il y aura plus de manuscrits qui vont traiter de solitude ou de post apocalyptique ? On verra », lance Simon Philippe Turcot, à la blague.

Aux Éditions du Bouclier, jeune maison saguenéenne, on s’ennuiera des salons du livre cet automne. « On ne pourra pas entrer en contact direct avec les lecteurs pour avoir des retours. On perd cette spontanéité », explique Janusz Jaworski, directeur général.

L’équipe d’édition avait décidé de repousser le lancement de certains livres au mois de novembre. « D’habitude, on sortait nos livres à temps pour le Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Cette année, on va attendre », dit M. Jaworski.

La maison d’édition n’a pas noté de changement quant à la quantité de manuscrits reçus. « On espère que la crise va motiver les gens à créer. »