Les populations de ouananiches ont été affectées par la construction de barrages hydroélectriques dans le monde.

Le Lac-Saint-Jean: joyau mondial du saumon d’eau douce

Le lac Saint-Jean et ses quatre tributaires utilisés par la ouananiche pour la reproduction constituent le joyau mondial du saumon d’eau douce de grande taille, selon un survol de l’état de tous les stocks de saumon d’eau douce réalisé par les 11 plus grands spécialistes de l’espèce dans le cadre d’un symposium international tenu à l’été 2018 à Montréal.

La nouvelle est de taille pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle sera publiée dans le Journal canadien des sciences halieutiques et des sciences aquatiques, l’une des plus prestigieuses revues scientifiques traitant des poissons. Le texte de 58 pages est cosigné par les 11 sommités mondiales de la Norvège, de la Finlande, des États-Unis et du Québec par le biologiste Pascal Sirois, directeur de la chaire de recherche sur les espèces aquatiques de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

L’autre grande conclusion de ce survol, selon les propos de Pascal Sirois, est que les aménagements hydroélectriques réalisés sur les tributaires des grands lacs dans le monde ont été la cause du déclin des stocks de ouananiches et dans certains cas leur disparition. « Il ne faut surtout pas la perdre. Pour la retrouver, ça prend beaucoup d’efforts », insiste le biologiste en référence aux investissements titanesques réalisés dans les régions du lac Champlain et Ontario pour tenter de recréer des populations de saumon d’eau douce.

En Finlande, des groupes ont été dans l’obligation de s’adresser au plus haut tribunal du pays pour forcer l’exploitant d’un barrage à faire passer le débit de la rivière de 2 à 5 mètres cubes seconde pour espérer reprendre le processus de frai et reconstruire le stock de saumons du lac Saimaa, d’une superficie de 4400 kilomètres carrés (le lac Saint-Jean a 1000 kilomètres carrés).

« Partout, on supporte la pêche par des ensemencements ou la construction de canaux en béton pour reconstituer les frayères », insiste le biologiste pour illustrer l’ampleur des problèmes à surmonter quand les frayères naturelles ont été modifiées.

les aménagements hydroélectriques réalisés sur les tributaires des grands lacs dans le monde ont été la cause du déclin des stocks de ouananiches et dans certains cas la disparition.

Pascal Sirois admet que le lac Saint-Jean n’aurait jamais été identifié comme le joyau mondial de la ouananiche indigène si Hydro-Québec avait érigé des barrages sur la rivière Ashuapmushuan en 1970 ou en 1990. Le lac Saint-Jean compte quatre rivières pour la reproduction, mais l’Ashuapmushuan visée jadis par la société d’État constitue le cœur de tout ce système et supporte une grande partie du stock de saumon d’eau douce en plus d’être l’accès de la rivière aux Saumons, l’une des quatre rivières pour le frai.

« Les quatre rivières (aux Saumons, Métabetchouane, Ashuapmushuan et Mistassini) sont de très bonne qualité. Elles s’écoulent dans la forêt boréale en milieu naturel. Dans plusieurs endroits dans le monde, les rivières sont dans des milieux habités et ont été bétonnées », explique le chercheur. Quand Pascal Sirois dresse un tableau historique des stocks de ouananiches dans le monde, il en arrive à la conclusion que la région accuse heureusement un retard dans le développement des rivières, ce qui lui confère une longueur d’avance dans la gestion du saumon d’eau douce.

« Pendant les années 1950, 1960 et 1970, un peu partout dans le monde, il y a eu des aménagements hydroélectriques sur les rivières des grands plans d’eau ou il y avait des stocks de ouananiches. Dans les années 1980 et 1990, on a constaté les impacts des ouvrages et, depuis 2000, des efforts sont faits pour tenter de corriger les problèmes. Ici, il y a en a eu deux sur les rivières Grande-Décharge et Péribonka, mais nous avons encore quatre rivières toujours intactes. »

L’article scientifique fait aussi état d’une grande diversité de stocks de ouananiches dans le monde. À titre d’exemple, plusieurs rivières de Terre-Neuve abritent des populations de salmonidés d’eau douce. Dans certains cas, elles ne dépassent pas plus de 15 centimètres de long. Les plus grosses dans les très grands plans d’eau peuvent atteindre un mètre de long.

Le directeur de la chaire de recherche attire l’attention sur la conclusion de cet article scientifique qui est en fait un message assez clair pour les générations futures. Elle résume bien à ses yeux les idées du scientifique Dylan J. Fraser de l’Université Concordia, organisateur du colloque, qui a permis de faire cette tournée mondiale de l’emblème animalier du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Sur le plan biologique, la ouananiche représente une grande diversité. Si l’on veut conserver la biodiversité dans le monde, il faut préserver la ouananiche. »