Le lac en kiteski... en 30 minutes !

CHRONIQUE / Une trentaine de participants ont relevé le défi de faire une double traversée du lac Saint-Jean, dimanche. Que ce soit pour les coureurs qui ont traversé le lac en moins de trente minutes ou encore pour les débutants, qui ont réalisé leur première expédition en ski cerf-volant, le défi a permis de dévoiler le plein potentiel en faisant une expédition de longue durée.

J’ai fait ma première expédition en kiteski en 2011 lors de la Route des vents sur le grand lac Mistassini. Et c’est à ce moment que j’ai réalisé à quel point le cerf-volant était un bon moyen de transport pour se déplacer sur de longues distances sur la glace. Un moyen de transport idéal pour les hivers québécois... ou pour voyager un peu partout sur la planète comme le fait Benoit Tremblay, le propriétaire de Concept Air, en ce moment sur le lac Baïkal, en Russie. Au cours des prochains jours, il parcourra 650 km en tracté sur des skis... et sur des patins pour quelques centaines de kilomètres.

Pour aller faire des reportages dans le Grand Nord québécois, on m’a offert de devenir instructeur de kiteski. Et après quelques voyages au Nunavik, où les communautés investissent dans les cerfs-volants communautaires, Alain Larouche, qui travaillait à l’époque pour Domaine-du-Roy en forme a proposé qu’on imite cette idée au Lac-Saint-Jean. L’idée était intéressante, mais il fallait d’abord trouver des fonds pour financer l’achat de cerfs-volants communautaires.

Un an plus tard, il m’appelait pour me dire qu’il avait trouvé du financement, auprès de la Fondation Bon Départ, pour faire l’achat de 11 cerfs-volants. C’est ainsi qu’est né le Club de ski cerf-volant Domaine-du-Roy en 2014, et que nous avons commencé à offrir des courses dans la MRC du Domaine-du-Roy.

Et un jour, une bulle au cerveau a surgi, lorsque nous nous sommes dit que ça serait une bonne idée de faire vivre une expédition aux étudiants de kiteski que l’on formait pendant l’hiver. En 2017, nous lancions la première traversée du lac Saint-Jean en kiteski, accompagné d’une vingtaine de skieurs et de planchistes. L’idée : amener un groupe de débutants et d’intermédiaires à faire une traversée du lac Saint-Jean, en leur apportant le soutien logistique nécessaire pour le faire.

Faire une telle traversée n’a rien d’extraordinaire pour les adeptes aguerris de kiteski. Il y a quelques années, Michel Montminy a d’ailleurs franchi plus de 350 km sur le lac Saint-Jean en une seule journée. Mais pour faire une première expédition, le soutien est essentiel.

Pour y arriver, la participation des motoneigistes bénévoles est nécessaire à la réussite de l’événement, car ce sont eux qui traînent les voiles en surplus (au cas ou le vent changerait) et ce sont eux qui permettent de se lancer à pieds joints dans le défi, sans avoir le tracas de rester pris au milieu du lac. La participation des nombreux commanditaires est aussi essentielle à la tenue d’un tel événement.

Cette année, 38 adeptes de cerf-volant des quatre coins du Québec, ainsi que quelques participants français, se sont inscrits à la 3e Traversée du lac en kiteski, pour parcourir un aller-retour entre Mashteuiatsh et l’île Bouliane, près de Péribonka, soit environ 50 km. Pour une première année, nous avons lancé un projet-pilote de course sur le lac Saint-Jean, question d’attirer une nouvelle clientèle, et neuf participants ont répondu à l’appel. En filant à des vitesses de plus de 70 km/h, les motoneiges peinaient à les suivre, et ils ont traversé le lac en moins de trente minutes ! Et c’est Normand McGuire qui a remporté ce premier championnat bien artisanal...

Heureusement, le vent était au rendez-vous, mais la surface était loin d’être idéale avec le redoux des derniers jours. Certains participants ont donc abandonné l’idée de faire la traversée. De plus, un petit blizzard est venu jeter un doute dans notre esprit, quelques minutes avant le départ. Mais notre ami le vent est venu pousser les nuages pour nous permettre de plonger dans l’aventure.

Après avoir lancé le départ, la partie de bonheur a démarré, et le stress de la gestion de l’événement s’est graduellement dissipé en voyant les sourires des participants qui ont relevé un défi hors du commun. La vue de la trentaine de cerfs-volants colorés dans les airs me donne une satisfaction intense. Je me sens en parfait équilibre avec la nature, tracté par le vent, en skiant à vive allure. Avec une surface gelée et raboteuse, le défi était par moment douloureux, mais personne n’a jamais dit que c’était facile de traverser le lac Saint-Jean.

Tout au long du parcours, c’était particulièrement satisfaisant de voir les sourires béats sur les visages des participants, comme Christine Moar qui, malgré les craintes, ont réussi à vaincre le Piekouagami au moins une fois.

Pour ma 4e traversée du lac Saint-Jean cet hiver (après le ski de fond, le fatbike et la course), c’était définitivement l’événement le plus stressant, car organiser un événement du genre pour un sport aussi capricieux n’est pas de tout repos. C’est avec un brin de fierté, beaucoup d’acharnement et beaucoup de chance que je peux dire mission accomplie pour mon défi hivernal. Les dieux du Piekouagami ont été cléments et ça prouve de manière indéniable que le lac Saint-Jean est un terrain de jeu hors du commun à exploiter. Félicitations à tous les participants qui sont venus jouer sur le lac cet hiver. On remet ça l’an prochain ?