Le glyphosate, aussi connu sous le nom commercial de Roundup, est l’herbicide le plus vendu au monde.

Le glyphosate n'est pas un problème au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Le glyphosate, aussi connu sous le nom commercial de Roundup, est l’herbicide le plus vendu au monde, même s’il se retrouve souvent au banc des accusés. Alors que la Ville de Montréal vient de bannir son utilisation, tout comme l’Autriche, par principe de précaution, car l’herbicide est considéré comme cancérogène probable, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, son utilisation n’est toutefois pas considérée comme étant problématique.

Selon Pierre-Antoine Thériault, agronome spécialisé en phytoprotection, au ministère de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), l’utilisation du glyphosate n’est pas problématique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, notamment parce que les systèmes de rotation sont plus diversifiés.

« Le glyphosate est plus utilisé dans les cultures transgéniques de maïs et de soya (qui sont modifiées pour résister au glyphosate), que l’on retrouve davantage dans le sud du Québec, dit-il. Dans la région, on retrouve beaucoup plus de maïs ensilage pour nourrir les animaux. Même s’il y a des cultures transgéniques qui sont utilisées, les producteurs ont moins l’habitude de traiter leurs champs au glyphosate. »

L’expert en phytoprotection ajoute que les producteurs de la région utilisent un système de rotation qui ne nécessite pas l’utilisation d’un herbicide non sélectif comme le glyphosate, qui tue la majorité des plantes sur son passage.

« Les problèmes de mauvaises herbes sont beaucoup moins fréquents, car les producteurs ont des rotations de prairies pendant quelques années, avant de faire du maïs, du soya et des céréales avant de retourner en prairie », ajoute Pierre-Antoine Thériault.

Dans la région, les producteurs utilisent parfois le glyphosate pour détruire les plantes vivaces qui se sont installées dans une vieille prairie. Selon l’expert, cette utilisation n’est pas préoccupante, d’une part parce qu’elle n’est faite qu’une fois au quatre ou cinq ans, et d’autre part parce que le produit ne va pas directement sur le sol, car il est intercepté par le couvert végétal. Il est donc moins susceptible de se rendre dans l’environnement.

Christine Gagnon, agronome au Groupe multiconseil agricole Saguenay-Lac-Saint-Jean, abonde dans le même sens. « Les producteurs utilisent le glyphosate pour détruire une prairie de luzerne en fin de vie, ce qui permet un meilleur succès d’implantation l’année suivante », dit-elle.

Le problème est tout autre dans le sud du Québec ou les producteurs devenus si spécialisés dans leur type de production qu’ils ne font que des rotations entre le maïs et le soya. Pour éradiquer les mauvaises herbes, l’utilisation du Roundup est généralisée. Pour réduire son utilisation, les agronomes recommandent de faire davantage de rotation, en y ajoutant du blé d’automne. C’est l’attrait du gain immédiat, pour rembourser les grosses machines spécialisées pour le maïs et le soya, qui freine l’implantation de rotation plus diversifiée. « C’est rentable à long terme », estime tout de même M. Thériault.

Bannir le glyphosate ?

Bien que le glyphosate est qualifié de cancérogène probable chez l’homme par l’Organisation mondiale de la santé, son utilisation a été approuvée par Santé Canada, car il est considéré comme étant sans danger s’il est utilisé de manière appropriée.

Bannir complètement le glyphosate pourrait aussi créer davantage de problèmes, car les autres herbicides de remplacement sont souvent encore plus nocifs, souligne Christine Gagnon.

Dans la région, les producteurs utilisent parfois le glyphosate pour détruire les plantes vivaces qui se sont installées dans une vieille prairie.

Selon Pierre-Antoine Thériault, qui partage le même avis, il faut plutôt travailler sur le développement d’alternatives efficaces pour que les producteurs puissent demeurer compétitifs.

« Les superficies en culture biologique augmentent de façon très importante, mais ce n’est une des solutions qui fait partie de l’ensemble, dit-il. On doit faire de l’accompagnement ferme par ferme pour adapter les rotations selon la réalité des différents producteurs. »

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DES PESTICIDES DANS NOS COURS D'EAU

Selon le rapport Présence de pesticides dans l’eau au Québec, publié en février 2019 par le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux Changements climatiques (MELCC), on retrouve moins de pesticides dans les cours d’eau du Saguenay-Lac-Saint-Jean et en plus faibles concentrations qu’ailleurs au Québec. 

N’empêche que l’on retrouvait tout de même entre trois et 13 pesticides dans les six rivières échantillonnées dans la région, soit les rivières Mistassini, Ticouapé, Moreau, Mistouk et à l’Ours (dans le secteur de Saint-Ambroise) ainsi que le ruisseau Puant. 

« L’herbicide hexazinone est détecté dans cinq des six rivières échantillonnées, démontrant la fréquence de l’utilisation de ce pesticide dans les bleuetières de la région. La rivière à l’Ours, dont le bassin versant compte des superficies en culture de pommes de terre, présente des dépassements des CVAC [critère de vie aquatique chronique] dans tous les échantillons, alors que seulement 9 % des échantillons prélevés dans les rivières Ticouapé et Moreau présentent des dépassements et qu’il n’y en a pas dans les autres rivières échantillonnées dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean », peut-on lire en résumé du rapport sur la région.