La seconde partie de l’audience sur le projet de GNL Québec se poursuit pour une deuxième semaine en mode numérique, après que la première partie ait eu lieu en septembre à Chicoutimi.
La seconde partie de l’audience sur le projet de GNL Québec se poursuit pour une deuxième semaine en mode numérique, après que la première partie ait eu lieu en septembre à Chicoutimi.

Le gaz naturel, «surtout pas à considérer» comme une énergie de transition, estime un professeur de l’UQAC

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le gaz naturel issu de la fracturation hydraulique du projet de GNL Québec ne peut être considéré comme une énergie de transition plus propre que le charbon lorsque le projet est évalué dans son ensemble, selon un chercheur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Le professeur Romain Chesnaux a présenté lundi après-midi son évaluation des impacts du projet de GNL Québec devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), lors des audiences portant sur le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de 9 G$ à Saguenay.

Cette dixième séance marquait le début de la deuxième semaine des audiences en mode numérique qui ont débuté la semaine dernière. La majorité des intervenants ont exprimé leur opposition au projet sur les 17 interventions de la séance qui a récolté quelque 1100 visionnements sur Facebook.

Le chercheur s’intéresse notamment à l’étude des impacts environnementaux des gaz issus de la fracturation hydraulique du nord-est de la Colombie-Britannique, d’où proviendra le gaz naturel utilisé par GNL Québec. Selon lui, à moyen et long terme, les « inconvénients et méfaits » du projet surpasseront ses bénéfices.

Car si le gaz naturel peut être considéré comme étant plus propre que le charbon, par rapport à la quantité de gaz à effet de serre émis durant sa combustion, cette évaluation ne peut tenir lorsque le processus d’extraction est pris en compte pour le gaz naturel obtenu par fracturation hydraulique, a-t-il exposé. « Ce n’est pas vrai en termes d’extraction, car si on adopte une vision intégrée, le gaz [par] hydrofracturation est très coûteux à extraire, un peu à l’image des sables bitumineux », a expliqué le chercheur et ingénieur.


« Le gaz [par] hydrofracturation – et je ne parle pas du gaz conventionnel, qui lui est moins coûteux à extraire – n’est donc surtout pas à considérer comme une énergie de transition, car bien au contraire, les effets cumulatifs des émissions de gaz à effet de serre sur toute sa chaîne d’exploitation, soit de son extraction en amont à sa consommation en aval, compensent et surpassent le fait que sa combustion est dite plus propre que celle du charbon. »
Romain Chesnaux, professeur, chercheur et ingénieur
Romain Chesnaux, ingénieur et chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Les émissions de gaz à effet de serre du projet de GNL Québec doivent selon lui être évaluées pour l’ensemble du projet, de l’extraction dans l’Ouest canadien à la combustion sur les marchés mondiaux.

« Le gaz [par] hydrofracturation – et je ne parle pas du gaz conventionnel, qui lui est moins coûteux à extraire – n’est donc surtout pas à considérer comme une énergie de transition, car bien au contraire, les effets cumulatifs des émissions de gaz à effet de serre sur toute sa chaîne d’exploitation, soit de son extraction en amont à sa consommation en aval, compensent et surpassent le fait que sa combustion est dite plus propre que celle du charbon », a souligné le professeur de l’UQAC.

Fuites des puits d’extraction

Les fuites de gaz à effet de serre des puits issus de la fracturation hydraulique préoccupent également le chercheur. Selon ses travaux de recherche, en prenant exemple sur les puits d’extraction de gaz de schiste, 11 % des puits de l’Ouest canadien fuient, générant chaque jour 75 000 tonnes de gaz à effet de serre. Ce pourcentage est sous-estimé, a-t-il avancé, et pourrait avoisiner les 50 %, alors qu’un contrôle des fuites doit maintenant être effectué sur l’ensemble des puits en raison d’une nouvelle réglementation.

Selon l’étude du cycle de vie du projet réalisée pour GNL Québec par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), le taux de fuite fugitive sur l’ensemble de la chaîne du gaz naturel du projet est évalué à 1 %.

L’analyse du professeur Romain Chesnaux, qui tenait également compte des impacts économiques et sociaux du projet, de la volatilité du marché gazier mondial et de l’utilisation de l’hydroélectricité pour alimenter l’usine, reprenait différents points évoqués par plusieurs scientifiques, chercheurs et universitaires qui appellent au rejet du projet depuis le début de la seconde partie des audiences.

Le Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et les enjeux énergétiques au Québec a également fait écho à l’analyse du professeur de l’UQAC, lors de la séance.

Des citoyens, dont des étudiants, et organismes environnementaux ont également fait connaître leur opposition au projet, lundi après-midi. Nature Québec et Citoyens au courant ont notamment pris la parole.

CRAINTES D’ESPÈCES ENVAHISSANTES DANS LE SAGUENAY

L’introduction d’espèces envahissantes dans le Saguenay par l’eau de ballast des méthaniers de GNL Québec est un « risque biologique sérieux », selon l’Organisme de bassin versant du Saguenay.

L’organisme a indiqué que 14 millions de mètres cubes d’eau de ballast seraient rejetés dans le Saguenay chaque année, soit 70 000 mètres cubes par navire, pour chaque transport de gaz naturel liquéfié des 200 méthaniers de GNL Québec.

L’eau de ballast permet notamment aux navires de maintenir leur stabilité lorsque leur cale est vide. L’eau de ballast, provenant d’un autre écosystème, est rejetée avant un nouveau chargement de navire.

« Comme l’eau de ballast est l’un des facteurs principaux d’espèces exotiques envahissantes et d’agents pathogènes, un tel volume s’accompagne d’un risque biologique sérieux pour l’écosystème récepteur », a souligné Marco Bondu, directeur général de l’organisme, qui demande entre autres que plus d’attention soit accordée à cet enjeu.

UN COMITÉ POUR MAXIMISER LES RETOMBÉES

Le Groupe Gilbert de Chicoutimi a proposé la création d’un comité dédié à la maximisation des retombées économiques du projet de GNL Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ce comité d’étude ou d’analyse rassemblerait des représentants de la communauté d’affaires régionale et de GNL Québec. Le comité mesurerait « les différentes promesses sur le plan économique » du promoteur, a exposé Vassilis Fasfalis, directeur juridique du groupe qui oeuvre dans les domaines du génie civil et minier, du transport ou encore de l’environnement.

Une attention particulière devrait être apportée aux partenariats avec des entreprises qui favorisent l’inclusion de membres des Premières Nations, a-t-il ajouté.

Valérie Gilbert, directrice du développement organisationnel de l’entreprise, estime pour sa part qu’un équilibre est possible entre les considérations économiques, sociales et environnementales du projet.

Vassilis Fasfalis et Valérie Gilbert, du Groupe Gilbert de Chicoutimi.

Le local 271 de la Fraternité internationale des chaudronniers a également donné son appui au projet de GNL Québec, ainsi que le Parti conservateur du Québec.

Favoriser une plus grande création d’emplois

Par ailleurs, un groupe de quatre intervenants oeuvrant dans le domaine de l’aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou y ayant travaillé a demandé que le projet de GNL Québec permette de créer davantage d’emplois. « Pour nous, 300 emplois directs, c’est largement insuffisant », a mentionné André Tremblay, un ingénieur qui a oeuvré pour Alcan. Pierre Bouchard, président et fondateur de l’équipementier chicoutimien STAS, fait partie des signataires du mémoire.

Le groupe suggère de miser sur le développement de la filière du gaz naturel pour favoriser la création d’emplois et sur l’amélioration de l’utilisation du bloc de 500 mégawatts d’électricité de l’usine en récupérant la chaleur pour la culture en serre. Le projet pourrait ainsi devenir « un modèle mondial ».