Cette photo de Normand Trahan a été prise en 2017.

Zoo de Saint-Édouard: «Même un aveugle aurait pu constater ces problèmes»

TROIS-RIVIÈRES — «Personnellement, je crois que même un aveugle aurait pu constater ces problèmes.»

Philip Ethier n’a pas mis de temps à réagir à l’arrestation de Normand Trahan. M. Ethier et Alessandra Magini sont ces deux jeunes entrepreneurs de la région montréalaise qui désiraient acheter le Zoo de Saint-Édouard. En octobre dernier, Normand Trahan déclarait que les promoteurs n’avaient pas acheté le zoo, car ils manquaient d’argent. M. Trahan demandait près de trois millions de dollars.

Philip Ethier avait nié ces affirmations, disant que d’autres raisons expliquaient ce résultat, sans aller plus loin. Lorsqu’il a appris l’arrestation du propriétaire du Zoo de Saint-Édouard, M. Ethier a écrit sur son compte Facebook: «Abracadabra, le lapin est sorti du chapeau» et «Je ne me serai pas battu dans le vide».

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En entrevue avec Le Nouvelliste via Facebook, M. Ethier souligne qu’il n’est «malheureusement» pas la personne ayant porté plainte à la SPCA de Montréal et dit ignorer son identité. Mais il précise que pour avoir visité les lieux, il a été témoin de certaines choses.

«La négligence envers certains animaux, les bâtiments mal entretenus mettant en danger autant les animaux que les humains qui y ont accès. Tout comme les visiteurs des dernières années, je crois avoir constaté et vu les mêmes problèmes qu’eux. Il est certain que nous n’étions pas d’accord avec ceux-ci, étant d’ailleurs une des raisons nous motivant à faire l’acquisition des lieux. Nous n’étions pas d’accord avec l’état des lieux.»

En février 2018, Normand Trahan (au centre) annonçait sur son compte Facebook qu’il avait vendu le Zoo de Saint-Édouard à Alessandra Magini et à Philip Ethier. La transaction n’a jamais été complétée.

M. Ethier observe qu’il aurait amélioré la situation s’il était devenu copropriétaire du zoo. Questionné à savoir s’il souhaite acquérir l’entreprise, il indique que «la porte est toujours ouverte».

Réal Normandin, le maire de la localité, raconte que les deux entrepreneurs ont déjà discuté des travaux de rénovation à faire au Zoo de Saint-Édouard.

«Le prix demandé par Normand (Trahan) n’est pas le montant qu’ils voulaient mettre pour faire ensuite les réparations. On peut imaginer un laisser-aller.»

M. Normandin se souvient qu’en 2012, il avait heurté un chevreuil alors qu’il circulait en voiture sur la route 348, tout près du Zoo de Saint-Édouard.

«Normand voulait le récupérer pour ses coyotes!, dit M. Normandin. Il se débrouillait avec ce qu’il avait.»

L’accès au Zoo de Saint-Édouard est contrôlé depuis mardi.

Lors d’un entretien entre Le Nouvelliste et M. Trahan, il y a une semaine, ce dernier affirmait avoir investi près de 100 000 $ dernièrement pour entre autres agrandir ses enclos.

Mauvaise nouvelle pour le tourisme

Cette nouvelle ne représente rien de positif pour l’aspect touristique de Saint-Édouard. Le commerce voisin, le Camping du zoo de Saint-Édouard, a plusieurs de ses clients qui visitent le zoo. Le zoo amène aussi de la clientèle au camping. Mais selon le propriétaire du camping, Léo Beaudin, la fermeture indéterminée du zoo ne devrait pas faire trop mal à son entreprise.

Réal Normandin, le maire de Saint-Édouard, a assisté au point de presse présenté par la SPCA de Montréal.

«Mon terrain est réservé pour l’été. J’ai 565 emplacements et 350 sont réservés par des campeurs saisonniers.»

M. Beaudin insiste sur le fait que son entreprise n’a aucun lien avec le Zoo de Saint-Édouard. Il s’agit de deux compagnies différentes et indépendantes l’une de l’autre.

«On a gardé le nom du camping du zoo, car dans le temps de Napoléon Casaubon (le fondateur du zoo et du camping), c’était ce nom-là. On a gardé le même nom, car il est très connu. Notre camping fonctionne très bien.»

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La perquisition au Zoo de Saint-Édouard force Tourisme Mauricie et le bureau d’information touristique de la MRC de Maskinongé à apporter quelques ajustements à leur offre.

«On a enlevé toutes les informations concernant le zoo sur nos outils. On a retiré les liens vers le site web du zoo, on a scruté l’ensemble des articles de blogues pour retirer les liens qui guident les visiteurs vers l’attrait. Mais c’est triste comme nouvelle et pour les animaux. On est content qu’ils soient pris en charge. Et c’est triste pour l’individu, car on ne connaît pas les détails. Il a porté son entreprise pendant 30 ans. Est-ce un manque de ressources? De la détresse humaine?», se questionne la directrice générale de Tourisme Mauricie, Geneviève Boivin.

Pascale Plante, coordonnatrice du développement touristique et culturel de la MRC de Maskinongé, avoue aussi sa tristesse devant la tournure des événements.

«C’est une fâcheuse situation, car c’est un fleuron qui a 30 ans d’existence. Mais on rassure les gens qui avaient prévu des vacances dans le coin avec une visite au zoo: on va leur suggérer d’autres attraits. On est prêt à les accueillir les bras ouverts.»