Le premier violon de l’Orchestre Métropolitain, Yukari Cousineau, a récemment choisi Waterloo comme terre d’accueil.

Yukari Cousineau et l'Orchestre Métropolitain sur la même longueur d'onde

«Je me rappelle vaguement de tout. L’odeur de mon violon, le son de la caisse de résonance, la légèreté de mon archet d’enfant...» Lorsqu’elle ferme les yeux, le premier violon de l’Orchestre Métropolitain de Montréal, Yukari Cousineau, arrive à replonger dans ses souvenirs d’enfance imprégnés de musique. Une passion demeurée intacte, malgré le passage du temps.

Celle qui affirme être en quelque sorte née avec un violon entre les mains est la fille de Jean Cousineau, fondateur de l’école montréalaise Les Petits Violons et la nièce des auteurs-compositeurs-interprètes Luc et François Cousineau. Ceci explique donc cela...

«C’est mon père qui m’a appris quand j’étais toute petite. Il me guidait et je me souviens de ça», ajoute celle qui se qualifie joliment «d’Obélix du violon».

La musicienne a joint l’Orchestre Métropolitain il y a 21 ans, d’abord comme violon solo assistant, puis comme alto solo associé, avant d’atteindre le poste de violon solo il y a neuf ans. «J’ai fait la chaise musicale!», lance-t-elle.

Mais le parcours de cette virtuose — qui, à 12 ans, interprétait déjà en solo l’intégrale des Quatre Saisons de Vivaldi en concert — est aussi parsemé de collaborations et de prestations internationales. Son curriculum vitae fait état de plus de 2000 prestations scéniques.

Elle aurait pu joindre n’importe quel orchestre, mais elle a choisi le Métropolitain qui, à bientôt 40 ans, jouit d’une réputation enviable. L’ensemble est aussi reconnu pour son ambiance particulièrement conviviale. Yukari Cousineau le confirme.

«J’avais déjà un attachement pour le Métropolitain. Le côté humain de l’orchestre m’avait frappée avant même d’en faire partie. J’avais des amis qui étaient là et ils m’en parlaient. J’aimais cette ambiance.»

Exceptionnelle est d’ailleurs le mot qu’emploie Yukari Cousineau pour décrire l’atmosphère qui règne au sein de l’OM. Une opinion répandue dans le milieu de la musique classique, ajoute-t-elle.

«On a souvent des chefs qui viennent d’un peu partout dans le monde et après quelques heures de travail avec nous, ils disent que l’ambiance est incroyable. C’est unanime.»

La musicienne compare le Métropolitain à une grande troupe. «Les membres sont soudés, ils sont sur la même longueur d’onde. C’est assez rare pour un orchestre symphonique. Il n’y a pas non plus de compétition négative parmi les musiciens. Et assez miraculeusement, les gens sont de bonne humeur et souriants! Il y a une énergie heureuse chez nous et ça se rend au public.»

Glamour, la vie de musicienne classique? «En tournée, il y a un petit côté jet-set, oui.» Sinon, la vie de musicien classique s’apparente à celle d’un sportif, dans la mesure où il faut s’entraîner, travailler fort et maintenir un haut niveau de performance. «On essaie constamment de faire mieux, comme le coureur qui tente toujours d’obtenir un meilleur temps.»

Le grand chef Yannick Nézet-Séguin dirigera ce tout premier concert de l’Orchestre Métropolitain à Granby.

Proche de son maestro

À titre de violon solo, Yukari Cousineau assure le lien entre le chef d’orchestre et les musiciens. Et parmi les maestros qu’il lui a été donné de côtoyer, Yannick Nézet-Séguin force son admiration. Elle en parle avec un respect palpable.

«Disons que vous prenez une liste d’une quinzaine de critères pour juger d’un chef d’orchestre. En général, ils en ont 10 ou 11 sur 15. Yannick les a tous, et ils sont tous très hauts. Il a rapidement atteint un niveau exceptionnel que ce soit dans sa gestuelle, sa mémoire, sa musicalité, son intelligence intellectuelle, son intelligence de coeur, ses rapports humains ou sa façon d’écouter et de donner.»

Elle avoue en riant qu’elle aimerait avoir l’occasion, juste une fois — «cachée parmi les violonistes!» —, de voir Yannick Nézet-Séguin interagir avec les autres orchestres qu’il dirige, dont le Metropolitan Opera de New York, l’Orchestre de Philadelphie et l’Orchestre philharmonique de Rotterdam.

«Mais ce qui est vraiment génial avec l’OM, c’est à quel point le courant passe dans les deux sens : il nous donne et on lui donne; il nous demande et on lui demande. C’est une énergie très forte et en mouvement de partout. C’est comme si on se nourrissait mutuellement. Vous allez le voir et le sentir lors du spectacle de samedi!»

UNE PREMIÈRE PRÉSENCE À GRANBY

Si la Maison symphonique est son port d’attache, l’Orchestre Métropolitain a l’habitude de jouer dans différentes salles de l’île de Montréal. Il sort même encore plus loin — et au grand air — durant la saison estivale. 

C’est d’ailleurs cette tournée en plein air qui l’amène pour la première fois à Granby ce samedi.

Pour l’occasion, Yukari Cousineau promet un programme « le fun ». Sous la direction de Yannick Nézet-Séguin lui-même, les musiciens offriront d’abord la Suite no 1 de Peer Gynt de Grieg, que la musicienne décrit comme « une oeuvre imagée qui finit par un feu d’artifice sonore ». 

Le public entendra ensuite toute la célèbre Symphonie no 5 de Tchaïkovski, jouée d’un trait. « Dans nos concerts d’été, on n’hésite pas à mettre une grande oeuvre intégrale au programme pour que les gens voyagent autant que s’ils assistaient à un concert à la Maison symphonique en plein milieu de la saison régulière. Le pari, c’est que cette musique est bien assez belle pour toucher tout le monde. »

Pour avoir souvent joué ce programme, la dame se dit chaque fois impressionnée par la qualité d’écoute des gens, malgré le contexte extérieur. « Ça dit ce que ça dit : les gens ont besoin de cette musique et de beauté. »

 Plus festif, moins protocolaire, ce type de concert permet au public de se sentir plus proche des musiciens, croit Mme Cousineau.

Ceux-ci s’y présentent d’ailleurs en sachant que tout peut arriver. Le bruit des voitures, les enfants qui dansent, le chant des oiseaux, un avion dans le ciel, les caprices de la météo ? « On a l’habitude. On s’adapte ! »

NOUVELLE WATERLOISE

La canicule de l’été dernier a convaincu Yukari Cousineau de quitter Montréal. Exaspérée par la chaleur de la ville, elle a ressenti l’urgence de changer d’air. Et c’est à Waterloo que ses recherches l’ont menée. En découvrant la maison qu’elle habite désormais, elle a eu instinctivement envie de s’y poser. 

« Je suis arrivée dans cette rue, je suis sortie de ma voiture et j’étais bien, dit-elle. Puis, j’ai aimé la maison et en plus, j’ai eu le coup de foudre pour la dame de 83 ans qui la vendait. »

À Waterloo, la nature contemplative de Yukari Cousineau est servie. « J’aime l’odeur du vent et le bruit du soleil ! »

Cet attrait pour la région ne date pas d’hier. Lorsqu’elle était toute petite, raconte-t-elle, ses parents possédaient une maison à Saint-Isidore-d’Auckland en Estrie. « L’autoroute 10, on l’a fait plein de fois quand j’étais jeune ! »

L’heure de route qu’elle doit faire pour se rendre à Montréal ne l’indispose pas le moins du monde. Pour « entendre les grenouilles, les criquets et voir les étoiles », le jeu en vaut amplement la chandelle.

Envie d'y aller ?

Quoi : l’Orchestre Métropolitain prend l’air

Quand : ce samedi 10 août à 19 h 30 (sans entracte)

Où : au parc Daniel-Johnson à Granby

Coût: C’est gratuit

Note : le concert sera annulé seulement en cas de pluie persistante ou d’orages