Aleksandra Wozniak a compris qu’elle devait se retirer du tennis professionnel l’été dernier. «Je suis venue les larmes aux yeux lorsque j’ai déclaré que j’ai été fière de pouvoir représenter mon pays sur la scène internationale», a-t-elle mentionné en faisant allusion à sa conférence de presse.

Wozniak prend sa retraite

Aleksandra Wozniak a réalisé qu’elle devait tourner la page sur sa carrière sportive l’automne dernier, lorsqu’elle a renoué avec ses racines polonaises.

«Je me suis blessée sérieusement à un genou l’été dernier, et la blessure n’est pas encore guérie. Et c’est pendant ce voyage pour voir ma famille — j’ai discuté avec ma grand-mère qui est âgée de 94 ans, dans son village en banlieue de Varsovie — que j’ai réalisé que je devais me retirer. Mon corps ne me permet tout simplement plus de jouer à ce niveau-là.»

Wozniak a donc officiellement annoncé qu’elle mettait un terme à sa carrière de joueuse de tennis professionnelle pour se consacrer à de nouveaux défis, mercredi. Âgée de 31 ans, elle était professionnelle depuis 2005 et a conclu sa carrière avec une fiche de 363-246 en simple, ponctuée d’un titre de la WTA acquis au tournoi de Stanford en 2008. 

«Ma victoire à Stanford, je vais m’en souvenir toute ma vie. J’avais disputé huit matchs en neuf jours et j’avais battu des filles du top 10 comme Serena Williams et Marion Bartoli», a rappelé celle qui a également été finaliste au tournoi de Fès (2007) et de Ponte Vedra Beach (2009).

Fière représentante

Elle s’est aussi distinguée en participant au quatrième tour des Internationaux de France en 2009, ainsi qu’aux Jeux olympiques de Londres en 2012, où elle s’était inclinée au deuxième tour devant l’Américaine Venus Williams. Elle a également représenté le Canada à 36 reprises en Coupe Fed.

«Je suis venue les larmes aux yeux lorsque j’ai déclaré que j’ai été fière de pouvoir représenter mon pays sur la scène internationale», a-t-elle mentionné en faisant allusion à son discours lors de la conférence de presse. «J’étais très émue; ce n’était pas facile.»

Ce ne sont cependant pas tous ces exploits qu’elle retiendra de sa carrière sportive. C’est plutôt un moment qu’elle a vécu plus jeune, avant de devenir joueuse professionnelle.

«C’est ma sœur qui m’a toujours inspirée, surtout lorsqu’elle est devenue championne canadienne. Je voulais être comme elle, donc je suis devenue championne canadienne. J’ai ensuite été troisième au monde chez les juniors, avant de faire le saut chez les professionnelles.»

Après que Wozniak eut atteint le 21e rang mondial le 22 juin 2009, de nombreuses blessures sont venues ralentir son ascension de Woznaik au classement de la WTA. Elle a notamment été incommodée par une importante blessure à l’épaule droite qui a nécessité une intervention chirurgicale en septembre 2014. Depuis ce temps, son classement n’a jamais progressé.

Elle s’est d’ailleurs retrouvée au 1042e échelon mondial lors de la publication du dernier classement de la WTA, le 5 novembre. «Les dernières années ont été éprouvantes avec toutes les blessures, mais j’ai toujours continué de me battre parce que mon sport me passionnait encore.»

Une pionnière

«Elle a démontré beaucoup de courage et d’humilité à la fin de sa carrière alors qu’elle a effectué plusieurs retours au jeu après d’importantes blessures. Nous nous souviendrons d’Aleksandra comme d’une pionnière pour le tennis canadien féminin», a renchéri Louis Borfiga, le vice-président du développement de l’élite de Tennis Canada.

En mai 2018, la joueuse originaire de Blainville avait tenté de sauver sa carrière en lançant sa propre carrière de sociofinancement dans l’espoir de recueillir suffisamment de fonds pour participer à des tournois ailleurs qu’au Québec ou au Canada. Cette tentative fut vaine. Elle a donc disputé son dernier match professionnel en avril dans un tournoi de l’ITF à Jackson (Mississippi), où elle s’est inclinée 6-4 et 6-2 en huitièmes de finale devant l’Américaine Whitney Osuigwe.

Tennis Canada a indiqué que Wozniak sera honorée lors d’une cérémonie sur le court central dans le cadre de la Coupe Rogers en 2019. Quant à Wozniak, elle aimerait bien demeurer impliquée dans l’univers du tennis.

«Je ne sais pas encore ce qui m’attend, mais j’adore travailler avec les enfants. Bref, j’aimerais bien pouvoir redonner à mon sport, puisqu’il m’a tellement apporté.»

+

HÉRISSET: «UNE VRAIE PERLE!»

Aleksandra Wozniak, Jacques Hérisset et Lucie Safarova, en 2013, au tournoi alors connu sous le nom de Challenge Bell.

«En atteignant le top 10 mondial, Eugenie nous a fait vivre d’autres trips. Mais Aleksandra a toujours su soutenir notre amour du tennis féminin durant toutes les années où elle a joué.»

En Jacques Hérisset, vous trouverez l’un des plus fervents admirateurs d’Aleksandra Wozniak la joueuse de tennis, mais surtout la personne. Par son boulot de directeur du tournoi WTA de Québec depuis 1993, il a vu Wozniak se produire à Québec à 13 reprises. En plus des deux visites de la Blainvilloise dans la capitale en Coupe Fed.

La première fois, Wozniak avait tout juste 14 ans et quelques jours. À son premier match au tournoi alors connu sous le nom de Challenge Bell, en qualifications, elle avait éliminé sans ménagement la Repentignoise Krystel Sauvageau en deux manches sèches de 6-0 et 6-1.

«C’est le genre de joueuses que tous les directeurs veulent avoir à leur tournoi», atteste Hérisset. «Même quand elle était 21mondiale, elle n’a jamais été exigeante. Elle n’a jamais demandé à avoir priorité sur les autres ou réclamé des heures d’entraînement plus difficiles.»

«Elle a aussi toujours été proche des gens», poursuit l’homme de tennis. «Pour elle, une séance d’autographes n’est jamais une corvée. Et elle s’est toujours montrée joviale avec les autres joueuses, les entraîneurs, le personnel du tournoi et les bénévoles. Une vraie perle!» résume-t-il.

C’est en 2009 que Wozniak s’est présentée à Québec dotée de son meilleur classement en 13 visites, soit 35e, trois mois après avoir atteint son sommet personnel de 21e. Elle avait cette année-là participé à sa deuxième demi-finale consécutive à Québec, après celle de 2008, une marque toujours inégalée pour une Québécoise.

«Aujourd’hui, les joueuses du top 50 demandent un soutien [financier] pour participer aux différents tournois, mais Aleks n’a jamais rien demandé, même quand elle était dans ce groupe-là», insiste le directeur de la Coupe Banque Nationale.

Un souvenir plus noir

Hérisset garde aussi en mémoire un souvenir beaucoup plus noir des passages de Wozniak à Québec. En 2012, quelques instants avant son match de deuxième ronde contre Melanie Oudin, elle s’était blessée à l’épaule droite en s’entraînant.

«J’étais parti pour faire des commissions et quand je suis revenu au club, le docteur Germain Thériault est venu me voir pour me dire qu’Aleksandra ne jouerait pas son match. Je pensais qu’il me faisait une blague, mais pas du tout! La pauvre était allongée sur une civière en train de pleurer toutes les larmes de son corps. Ç’avait été très dur pour elle et pour nous», raconte Hérisset.

Dans les 11 mois qui suivirent, Wozniak ne parviendra qu’à disputer un seul match officiel. Ses blessures à l’épaule auront été le début de la fin pour elle.

«Quand on parlera de sa carrière, on va toujours ajouter “n’eut été de sa blessure...” Elle s’est toujours entraînée fort et la puissance de son service lui a fait connaître du succès, mais après, elle était tellement diminuée.

«Elle va être difficile à remplacer, on le voit. Eugenie a eu une bonne année, mais c’est autre chose de le faire sur plusieurs années», conclut Hérisset.