Le 18 décembre, un homme avec une fausse arme s’est présenté à la pharmacie Brunet des Galeries Charlesbourg afin d’y dérober de l’Hydromorph Contin, un analgésique cinq fois plus puissant que la morphine.

Vols d’opioïdes: «Je vais sauter l’autre bord du comptoir!»

Après le souper, l’homme s’est présenté au comptoir de la pharmacie Brunet des Galeries Charlesbourg, sans ordonnance. Il voulait de l’Hydromorph Contin, un médicament antidouleur cinq fois plus puissant que la morphine.

La pharmacienne, Marie-Josée Vohl, tout comme ses collègues, a cru reconnaître l’homme qui avait volé cet opioïde sous la menace d’une fausse arme, le 18 décembre. 

Mme Vohl a d’abord refusé. Mais le suspect s’est fait plus menaçant. «Il a dit : “Je vais sauter l’autre bord du comptoir pour aller les chercher.” Je lui a dit : “Non, ça va être correct”», raconte la pharmacienne. 

Elle lui a donc remis le narcotique. Mais pendant que ses collègues appelaient le 9-1-1, elle a enlevé son sarrau et a couru derrière le suspect jusque dans le stationnement. Et elle l’a vu embarquer dans son véhicule. «J’ai arrêté la police et j’ai dit : “Il vient de sauter dans le Ford Escape noir!”»

Le suspect, Daniel Bourque, 52 ans, est sorti du stationnement. Puis, il a été vite arrêté par le Service de police de la Ville de Québec à l’intersection suivante. 

Bourque a comparu mardi après-midi au palais de justice de Québec pour fait face à deux chefs d’accusation de vols qualifiés, celui de lundi et celui du 18 décembre. Il a aussi été accusé d’avoir conduit un véhicule alors qu’il lui était interdit de le faire. 

Convoité par les voleurs

Très addictifs et populaires dans la rue, les opioïdes sont de loin les médicaments d’ordonnance les plus volés au Canada. 

Les pharmaciens du pays déclarent plus d’un demi-million de médicaments d’ordonnance volés chaque année. Et les antidouleurs constituent la vaste majorité de ces vols, révèlent les données de Santé Canada obtenues en vertu de la loi sur l’accès à l’information par la CBC. 

«C’est recherché sur le marché noir», dit Julie Villeneuve, porte-parole de l’Ordre des pharmaciens. Les voleurs savent que les antidouleurs sont en vogue chez les toxicomanes et ils tentent de les dérober aux pharmacies, explique-t-elle. Souvent, ils le font en falsifiant les ordonnances. 

«Quand on a écho qu’il y a plusieurs vols dans une région, il arrive qu’on envoie des messages aux pharmaciens avec des mesures de sécurité», dit la porte-parole de l’Ordre. Une alerte est aussi prévue pour les ordonnances falsifiées. 

Le vol d’antidouleurs est d’autant plus préoccupant que ces médicaments entraînent des surdoses parfois mortelles. 

De juillet 2017 à septembre 2018, il y a eu 480 décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou autres drogues au Québec, selon l’Institut national de santé publique du Québec. 

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PHARMACIENS SAGUENÉENS MOBILISÉS CONTRE LES BRAQUAGES

Guylaine Rousseau ne pouvait pas rester les bras croisés après une vague de vols de médicaments antidouleur dans les pharmacies de Jonquière en 2017. 

Elle-même victime d’un braquage perpétré par un homme avec un faux pistolet qui voulait notamment du Dilaudid, Mme Rousseau a mobilisé plusieurs acteurs de sa région pour prévenir une crise des opioïdes et ses contrecoups.

La pharmacienne a interpellé le député local, Sylvain Gaudreault. Et bien vite, la Sûreté du Québec, la Sécurité publique de Saguenay, le Centre de réadaptation en dépendance (CRD), des organismes communautaires et plusieurs pharmaciens de Jonquière ont rassemblé leurs forces pour mettre sur pied le Comité action prévention opioïdes (CAPO). 

Réflexion bien amorcée

Guylaine Rousseau estime que la réflexion est très bien amorcée en ce qui concerne les stratégies de prévention «à la source». La réflexion sur les mesures de sécurité à mettre en place dans les pharmacies est toutefois plus embryonnaire. 

Mme Rousseau se demande notamment si les pharmacies ne pourraient pas s’inspirer des banques pour apprendre à mieux faire face aux braquages. 

Un an et demi après le lancement du CAPO, elle redoute une autre vague de vols de narcotique dans les pharmacies de Jonquière. «C’est pour ça qu’il faut continuer à travailler», dit-elle.