Le palais de justice de Québec
Le palais de justice de Québec

Vol de données de célébrités: l’accusé avait aussi une carte d’accès à l’Assemblée nationale

L'homme de 45 ans soupçonné d'avoir piraté des téléphones cellulaires d'artistes a comparu, jeudi, au palais de justice de Québec. Il a été remis en liberté sous plusieurs conditions.

Pascal Desgagnés, un résidant de Québec, a été arrêté mercredi par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL).

Il fait face à des accusations de vol d’identité, fraude à l’identité, méfait à l’égard de données informatiques, utilisation non autorisée d’ordinateurs et utilisation frauduleuse de mots de passe.

Mardi, TVA Nouvelles rapportait que des dizaines de personnalités auraient été espionnées sur leur téléphone, dont plusieurs artistes tels que l’animatrice Véronique Cloutier.

Conditions strictes

Au palais de justice jeudi, Pascal Desgagnés a dû s’engager pour la somme de 5000 $. Il a promis de garder la paix et d’aviser les policiers de tout changement de lieu de travail ou de clients.

Il lui sera interdit d’utiliser internet ou un réseau sans fil sauf dans le cadre d’un travail légitime et rémunéré entre 7h et 21h. La connexion devra provenir uniquement de Vidéotron.

Les policiers sauront quels appareils il utilise, et donc pourront à tout moment vérifier ses activités.

L’homme bénéficiera d’une exception pour consulter Netflix, PlayStation, Tou.tv, ainsi que le portail de l’école de son fils. Il n’aura pas le droit d’utiliser les réseaux sociaux.

Lorsque le juge lui a demandé s’il consentait à toutes ces conditions, Desgagnés, vêtu d’un manteau noir, les cheveux grisonnants et l’air impassible, a répondu : «Tout à fait.»

La procureure au dossier, Dana Cernacek, a également lu une liste d’initiales appartenant à 32 personnes avec lesquelles Desgagnés ne pourra, sous aucun prétexte, entrer en contact.

Les personnes ont été identifiées par leurs initiales afin de «protéger leur vie privée», a expliqué Me Cernacek en mêlée de presse, sans toutefois confirmer qu’il s’agissait des «victimes» dans cette affaire.

«À ce moment-ci, nous ne pouvons pas commenter sur le nombre de victimes parce que ça fait partie de la divulgation de la preuve et actuellement, elle n’est pas publique», a-t-elle déclaré.

Mercredi, le SPAL avait refusé d’identifier les victimes ou de confirmer qu’il s’agissait de «personnalités».

À sa sortie du palais de justice, jeudi, tandis qu’il était poursuivi par les journalistes, Desgagnés a lancé : «J’ai aucun commentaire à faire. C’est complètement agressant.»

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Beaucoup de données

Selon la police, les victimes «n’auraient subi aucune perte financière» et le porte-parole du SPAL a indiqué que l’accusé utilisait «des quantités très importantes de données» à des «fins personnelles», sans offrir de précisions sur la nature des données.

Les infractions auraient été commises entre le 20 décembre 2013 et le 21 janvier 2019.

Plusieurs perquisitions ont eu lieu au domicile de l’accusé, sur des sites Web, sur des tours d’ordinateur ainsi que sur d’autres dispositifs informatiques.

Pascal Desgagnés détenait une carte d’accès de l’Assemblée nationale, puisqu’il était consultant externe pour le centre d’expertise numérique.

Toutefois, ses accès aux systèmes informatique et téléphonique étaient «limités», selon la porte-parole de l’Assemblée nationale, Julie Champagne, qui précise que la carte d’accès a été révoquée mercredi.

Elle a confirmé à La Presse canadienne, jeudi, que des démarches étaient en cours pour vérifier si des téléphones de députés auraient pu être piratés.

Desgagnés était de surcroît consultant chez Desjardins. «Je peux vous assurer que les informations auxquelles M. Desgagnés [...] avait accès ne permettent pas de pirater des cellulaires», a indiqué par courriel la porte-parole Chantal Corbeil.

L’avocate de Desgagnés, Geneviève Côté, n’a pas souhaité commenter, jeudi. L’accusé reviendra devant le tribunal le 31 mars.

L’accusé, Pascal Desgagnés