La Dre Suzanne King a publié une étude sur les enfants du verglas.

Verglas: les 60 enfants de la Dre King

Les femmes qui étaient enceintes au moment où les inondations ont sévi, le printemps dernier, pourraient théoriquement donner naissance (si ce n’est déjà fait) à des enfants plus perturbés physiquement et psychologiquement.

Qui plus est, les difficultés rencontrées par les mères frappées de plein fouet par les inondations pourraient avoir des répercussions sur les quatre prochaines générations.

Mais replaçons les choses dans leur contexte : l’étude de la Dre Suzanne King porte plutôt sur 150 familles touchées par la crise du verglas de 1998. Pendant les 20 années qui ont suivi, la psychologue Suzanne King a suivi la progéniture de 150 mères montérégiennes jusqu’à l’an passé.

Ensuite, quant à l’impact sur les quatre générations suivantes, il a déjà été vérifié en laboratoire sur des animaux ; pas encore sur des humains. Une étude américaine sur des enfants et petits-enfants de victimes de l’Holocauste confirmait cependant des séquelles sur les deux générations succédant aux victimes directes.

Bref, l’étude de la Dre Suzanne King, une chercheure financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), vient confirmer que les événements extérieurs qui viennent troubler la grossesse d’une mère ont un impact non négligeable sur sa progéniture.

L’étude de la professeur titulaire à l’Université McGill est la première de cinq recherches sur différents désastres naturels et les enfants qu’ils produisent. 

La chercheure s’intéresse notamment aux inondations de 2008 en Iowa et de 2011 au Manitoba, aux incendies de Fort McMurray de 2016 et à l’ouragan Harvey qui a dévasté une partie du Texas en 2017.

Non, les enfants des mères dont les grossesses ont été troublées par des désastres naturels ne sont pas devenus des tueurs en série ou d’impénétrables schizophrènes... Les 60 « enfants de la Dre King », encore en observation, se portent même tous bien aujourd’hui et sont parfaitement normaux, mais leur profil semble avoir été quelque peu influencé par les événements ayant touché leurs mères en janvier 1998, pense-t-on.

Ainsi, les mères plongées dans le noir plus longtemps et ayant vécu plus durement la crise du verglas par de fréquents déménagements ou un stress intense ont donné naissance à des jeunes plus gras, avec des quotients intellectuels légèrement plus bas, des troubles d’attention et des problèmes sociaux plus perceptibles. Leurs filles ont vécu leur première menstruation plus tôt dans leur vie et ont consommé, jeunes, des drogues en plus grande quantité, entre autres observations.

Le message à retenir dans tout cela ? Les femmes enceintes devraient faire l’objet d’une attention particulière lorsque des événements extraordinaires se produisent et une voie d’évitement devrait être déjà planifiée pour limiter au minimum tout stress pour elles. 

Des 150 jeunes suivis préalablement, 60 le sont encore. Les autres ont abandonné en cours en route. 20 ans, c’est long...