Dans la circulaire de sollicitation envoyée aux actionnaires, Transat A.T. exhorte ceux-ci à voter en faveur de l’entente annoncée le 27 juin dernier.

Vente à Air Canada: 35 millions$ pour les patrons de Transat A.T.

Si elle va de l’avant, l’offre d’Air Canada afin d’acheter Transat A.T. permettra à 23 hauts dirigeants, administrateurs ainsi qu’à d’autres cadres du voyagiste québécois de se partager une somme d’au moins 35 millions $.

Il s’agit de la contrepartie qui leur sera versée en échange des actions de la société mère d’Air Transat ainsi que des autres instruments financiers, comme des options et autres unités sur des titres, qu’ils détiennent.

L’information figure dans la circulaire de sollicitation envoyée aux actionnaires de Transat A.T. — et déposée mardi auprès des autorités réglementaires — en vue de l’assemblée extraordinaire du 23 août afin qu’ils puissent se prononcer sur l’offre de 13 $ par action, ou 520 millions $, d’Air Canada.

De plus, le montant de 35,1 millions $ ne tient pas compte des indemnités de départ totalisant près de 9,76 millions $ qui pourraient être octroyées aux cinq principaux dirigeants de Transat A.T. si on leur montre la porte après la conclusion de la transaction, prévue en 2020.

«Les indemnités sont payées si la personne est licenciée et cela n’est pas automatique avec la transaction», a indiqué un porte-parole du voyagiste, Christophe Hennebelle, au cours d’un entretien téléphonique.

Le président et chef de la direction de Transat A.T., Jean-Marc Eustache, est admissible à recevoir près de 11,7 millions $. Il aurait également droit à une prime de 5,5 millions $ s’il quitte l’entreprise. À cela s’ajouterait un traitement de 15,6 millions $ pour la retraite du dirigeant de 71 ans.

Philippe Sureau, un autre des cofondateurs de l’entreprise créée en 1987, pourra toucher plus de 4,5 millions $ — le deuxième montant en importance qui serait versé dans la foulée de la transaction.

Le «meilleur» choix

Même si certains importants actionnaires ont signifié leur opposition, Transat A.T. exhorte, dans la circulaire, les porteurs de titres de voter en faveur de l’entente annoncée le 27 juin dernier. Dans le document, le voyagiste soulève également des doutes sur les capacités du Groupe Mach, qui proposait 14 $ par action, à pouvoir réaliser une transaction.

«L’arrangement avec Air Canada offre la meilleure possibilité de maintenir les emplois à long terme [...] notamment les pilotes, les mécaniciens et les agents de bord», peut-on lire.

Le voyagiste, qui compte 5000 employés, souligne «l’intention» du transporteur aérien de préserver les marques Transat et Air Transat et de maintenir le siège social montréalais. On ne retrouve aucun engagement ferme.

La transaction — dont la clôture est prévue au début de 2020 et qui devra être approuvée par au moins les deux tiers des actionnaires de la société — pourrait se heurter à de nombreux obstacles, dont un examen minutieux des autorités réglementaires, l’opposition d’importants actionnaires ainsi que la possibilité que d’autres offres soient déposées.

Letko, Brosseau et associés, plus important actionnaire de Transat A.T. avec une participation légèrement inférieure à 20 %, et Penderfund Capital, qui détient 3,1 % des actions, ont déjà dit que l’offre d’Air Canada n’était pas assez élevée. Deuxième actionnaire en importance avec une participation de 11,56 %, le Fonds de solidarité FTQ a indiqué mardi analyser la circulaire, ajoutant qu’une rencontre avec Air Canada était prévue dans les «prochains jours».

Mardi après-midi, Letko, Brosseau et associés n’avait pas retourné les messages de La Presse canadienne.

Offre moins élevée

L’approche initiale d’Air Canada est survenue le 5 octobre. À un certain moment, la compagnie aérienne avait abaissé son offre, à 11,50 $ par action, en évoquant la mauvaise performance de Transat A.T. Le prix a été ramené à 12,50 $ l’action le 9 mai et à 13 $ trois jours plus tard.

Pour sa part, c’est le 21 janvier que Mach aurait signalé son intérêt «pour la première fois». Le groupe immobilier proposait initialement de 9 $ à 10,50 $ pour chaque action du voyagiste avant de faire passer son offre à 14 $ par titre en juin dernier, lors d’une annonce effectuée par voie de communiqué.

Transat A.T. souligne dans le document que le promoteur immobilier québécois n’a, «en aucun temps», fourni de preuve d’un «niveau de liquidités adéquat, une encaisse suffisante ou un engagement financier ferme».

«Mach n’a pas non plus fait quelque démonstration que ce soit quant à son plan d’affaires ni n’a démontré qu’il a les capacités, l’expérience et l’expertise nécessaires pour exercer avec succès des activités», peut-on également lire.

Par courriel, le groupe immobilier a dit être en train de prendre connaissance de la circulaire.