Déjà mis à l’index sur les questions du respect de la vie privée et des données personnelles, les colosses de la Silicon Valley se voient aussi de plus en plus reprocher d’être devenus quasi monopolistiques, au détriment de leurs utilisateurs.

Vaste enquête sur les géants du Web

NEW YORK — Les géants des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et du commerce en ligne sont-ils devenus trop puissants? Washington a officiellement lancé mardi une vaste enquête pour le déterminer.

Déjà mis à l’index sur les questions du respect de la vie privée et des données personnelles, les colosses de la Silicon Valley se voient aussi de plus en plus reprocher d’être devenus quasi monopolistiques, au détriment de leurs utilisateurs.

Le ministère de la Justice ne nomme pas les entreprises visées par sa procédure, mais semble cibler les sociétés comme Google, Facebook, Twitter ou Amazon, dominantes sur leurs marchés respectifs.

Même s’il vend principalement des iPhones et autres appareils électroniques, Apple pourrait aussi être dans la ligne de mire dans la mesure où le groupe gère, avec l’App Store, une boutique en ligne.

Les autorités veulent déterminer comment ces entreprises sont parvenues à devenir aussi incontournables sur leur marché et si elles ont eu recours à des pratiques «ayant réduit la concurrence, empêché l’innovation ou affecté les consommateurs».

Élus et régulateurs américains de la concurrence fourbissent depuis plusieurs mois déjà leurs armes contre les géants du Web.

Google par exemple est régulièrement soupçonné de favoriser, dans les résultats de son moteur de recherche, ses propres services au détriment de ses rivaux.

La commission judiciaire de la Chambre des représentants a déjà lancé en juin une enquête sur «la concurrence sur le marché numérique», affirmant qu’un «petit nombre de plateformes dominantes et non régulées» avaient «un pouvoir extraordinaire dans le commerce, la communication et l’information en ligne». 

L’agence responsable de la protection des consommateurs (FTC) mène aussi des investigations.

Craintes des internautes

Les autorités expliquent dans un communiqué vouloir «prendre en compte les craintes répandues des consommateurs, des entreprises et des entrepreneurs» qui ont «émis des inquiétudes sur les services de recherche, sur les réseaux sociaux et sur les plateformes de commerce en ligne».

«Sans la discipline d’une compétition significative, les plateformes numériques peuvent employer des moyens qui ne répondent pas aux demandes des consommateurs», a commenté Makan Delrahim, en charge des questions antitrust au ministère américain de la Justice, dans le document.

Les autorités américaines ne sont pas les seules à reprocher leurs pratiques aux mastodontes d’Internet.

Les accusant d’enfreindre les règles de la concurrence, la Commission européenne a déjà infligé trois lourdes amendes à Alphabet, la maison mère de Google, et a annoncé la semaine dernière l’ouverture d’une «enquête approfondie» sur Amazon, qu’elle soupçonne d’utiliser à son avantage les données issues des détaillants indépendants utilisant son site.

Amendes et remèdes

Les régulateurs américains ont, eux, le pouvoir de non seulement imposer des amendes salées en cas de non-respect des règles de la concurrence, mais aussi d’ordonner des remèdes «structurels» afin de garantir plus de compétition sur le marché, y compris des scissions.

Pour l’analyste Dan Ives, de Wedbush Securities, une telle sanction semble toutefois peu probable.

«Ce combat des titans entre Washington et les géants du Web fait plus de bruit que de mal» pour le secteur et «va probablement résulter en quelques modifications du modèle économique plutôt qu’en dissolutions forcées des activités», a-t-il commenté dans une note.

«Je ne pense pas que les États-Unis soient sérieusement enclins à démembrer ces sociétés, parce qu’ils ont encore plus peur que les entreprises chinoises ne deviennent encore plus grosses», a aussi relevé Patrick Moorhead, fondateur du cabinet Moor Insights & Strategy.

Apple et Twitter n’ont pas souhaité commenter.

Google a pour sa part renvoyé à l’audition de son directeur des politiques économiques devant le Congrès la semaine dernière, Adam Cohen. Il y avait alors assuré que le moteur de recherche avait «aidé à faire baisser les prix et à augmenter les choix pour les consommateurs et les commerçants aux États-Unis et dans le monde entier».

Les sociétés concernées pourront en tout cas répondre de ces accusations à l’occasion de la publication de leurs résultats trimestriels, mercredi pour Facebook et jeudi pour Amazon et Alphabet.