Le commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière a rencontré la presse vendredi matin.

UPAC: enquête suspendue, raisons contestées

Le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a annoncé vendredi la suspension de l’enquête sur les fuites de renseignements ayant mené à l’arrestation du député libéral Guy Ouellet. Robert Lafrenière a dit agir par «prudence» en raison d’une récente lettre de l’Assemblée nationale portant sur les privilèges parlementaires. L’institution assure pourtant ne s’être jamais mêlée du dossier.

«Le 8 janvier, on a reçu une missive de l’Assemblée nationale qui touchait l’immunité parlementaire. Suite à cette correspondance-là, on a été obligés d’annuler et de mettre l’enquête en suspens. Les rendez-vous qui avaient déjà été pris, on a été obligés de les canceler», a dévoilé M. Lafrenière lors d’une mêlée de presse, peu avant midi.

Les médias de Québécor révélaient cette semaine que les députés Éric Caire, de la Coalition avenir Québec, et Pascal Bérubé, du Parti québécois, devaient rencontrer des enquêteurs de l’UPAC ces jours-ci, en lien avec l’enquête sur les fuites. Mais le rendez-vous a été annulé sans explication à peine 24 heures après avoir été fixé. 

«Ça va être débattu par les instances judiciaires compétentes. C’est certain que ça retarde le processus», a lancé M. Lafrenière à propos des arguments présentés par l’Assemblée nationale, qu’il n’a pas énumérés. 

Rectification

En après-midi, l’Assemblée nationale donnait un autre son de cloche. «L’Assemblée tient absolument à rectifier les faits. La lettre qu’a évoquée le commissaire est une correspondance entre procureurs relativement à la procédure pour des dossiers en cours. Le Commissaire se sert donc de cette correspondance entre procureurs pour justifier l’annulation de rencontres avec des députés, ce que l’Assemblée nationale n’a jamais demandé. D’autant qu’elle ignorait que l’UPAC avait planifié des rencontres avec des députés», peut-on lire dans un communiqué de presse diffusé en fin d’après-midi.

L’institution ajoute qu’elle «a toujours manifesté le désir de collaborer aux enquêtes en cours, pour autant que celles-ci soient menées dans le respect des principes de droit parlementaire». 

Les deux parties sont impliquées dans un bras de fer depuis l’arrestation fort médiatisée du député Guy Ouellet. La saisie de son ordinateur et celle de son téléphone mobile ont notamment été contestées. 

Le député Pascal Bérubé a attesté la version de l’Assemblée nationale. «Les échanges sur les enjeux de cette nature-là étaient préalables à l’appel que j’ai reçu lundi après-midi [le 8 janvier]. Donc, ce n’est pas lié. Quand M. Lafrenière a dit ça, c’est faux», a-t-il laissé tomber lors d’un point de presse en après-midi. 

Tensions à l’UPAC

Le gouvernement du Québec a publié en avant-midi deux rapports portant sur le climat de travail à l’UPAC. 

Les diagnostics organisationnels réalisés à l’été 2016 puis à la fin de 2017 au Service de la vérification de l’intégrité des entreprises (SVIE) par la Direction des ressources humaines du ministère de la Sécurité publique nous apprennent que la surcharge de travail, des processus conçus dans l’urgence, des changements fréquents de priorités ainsi que des rôles et responsabilités diffus ont occasionné des tensions dans l’équipe et de nombreux départs. 

Pour y remédier, un plan stratégique sur quatre ans a été adopté. Le plan porte ses fruits en ce sens que les employés sont plus satisfaits. Toutefois, la charge de travail demeure élevée, il y a des failles dans le leadership sur le terrain et «les communications internes représentent encore un enjeu». 

Le commissaire Lafrenière s’est montré satisfait par le chemin parcouru. «Vous savez, la gestion des ressources humaines, c’est quotidien. Il faut être vigilant. Il y a encore du travail à faire. On a les pistes pour atteindre nos objectifs, pour régler ces problèmes-là», a-t-il commenté. 

M. Lafrenière a assuré qu’il n’avait pas en main les conclusions d’une représentante des ressources humaines de la Sûreté du Québec, Karine Martel, qui s’est penchée sur des plaintes provenant cette fois du département des enquêtes de l’UPAC. 

Le député Bérubé a répété que ces conclusions devaient être rendues publiques et s’est étonné du peu d’empressement du commissaire à les connaître. «Je lui souhaite d’avoir la même curiosité que j’ai et de demander à savoir ce qui se passe dans sa propre organisation», a lancé le politicien, sollicitant aussi l’appui du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.