Le pasteur Paul Mukendi se disait envoyé par Dieu pour sauver les âmes à Québec, a témoigné la jeune femme, vendredi.

Une plaignante témoigne avoir été agressée par le pasteur Mukendi

Pendant 14 ans, Leya* dit avoir dû se soumettre aux désirs du révérend Paul Mukendi. «Je ne pouvais pas refuser, d’autant plus que ma mère m’avait offert en offrande. Je lui appartenais.»

Le pasteur Paul Mukendi, 41 ans, du centre évangélique Parole de Vie à Vanier, subit son procès pour répondre de neuf accusations d’agressions sexuelles et de voies de fait avec lésions sur une ex-fidèle.

Leya, aujourd’hui âgée de 31 ans, témoigne avec beaucoup d’émotion devant le jury formé de sept hommes et cinq femmes. Ses phrases sont entrecoupées de lourds silences. Elle essuie des larmes silencieuses.

La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe se tient debout, entre elle et l’accusé, comme pour faire un écran avec sa menue silhouette.

Leya, originaire du Congo, est arrivée à Québec avec sa famille à 12 ans. Elle a connu Paul Mukendi, originaire de la même tribu que sa mère, deux ans plus tard. La famille de Leya a hébergé le révérend durant quelques années.

Le pasteur se disait envoyé par Dieu pour sauver les âmes à Québec, témoigne la jeune femme. Comme il se prétendait en connexion directe avec le Seigneur, il fallait bien le traiter.

Leya et sa famille participent à la naissance de l’église évangélique Parole de Vie. L’adolescente assiste aux soirées de prières et respecte les journées de jeûne. Elle se souvient avoir passé 21 jours à manger seulement des légumes ou trois jours sans rien manger du tout.

Le jeudi, les réunions de prières sont consacrées aux miracles, raconte Leya. Le pasteur Mukendi affirme avoir un don de prophétie, comme une voyante, affirme-t-elle.

La jeune femme sera très impliquée dans l’église; elle travaille à la garderie, à la cuisine, à la chorale.

Leya n’a pas le droit d’avoir d’amis à l’extérieur de l’église et encore moins d’amoureux. Les non-croyants sont des «pommes pourries», «irrécupérables», dit le pasteur.

Elle doit faire approuver ses vêtements par le pasteur; les jupes doivent être plus longues que le genou et rien ne doit être trop moulant.

Lorsque Leya occupera un emploi de femme de chambre, elle devra, dit-elle, verser 10 % de son salaire à l’église Parole de Vie. Le pasteur s’est servi de sa première paye pour acheter un démarreur à distance pour sa voiture, dit-elle.

Leya affirme qu’au départ, elle était ravie de toute l’attention que lui donnait le pasteur Mukendi. «J’étais contente que le Seigneur m’ait choisie pour l’accompagner dans son ministère», se souvient la jeune femme.

Premiers gestes

Une nuit, alors que Leya dort, vêtue de son pyjama rose à col blanc, le pasteur l’aurait réveillée, disant vouloir prier avec elle pour soulager les règles douloureuses de l’adolescente de 14 ans.

Leya se serait alors mise à genoux, les yeux fermés.

Le pasteur a d’abord posé sa main sur sa tête. Puis, dit-elle, il aurait touché sa poitrine et son avant-bras.

Lorsque Leya ouvre les yeux, elle voit le pasteur en train de se masturber, tout en priant.

«J’avais peur, je me sentais en danger et j’étais aussi dégoûtée, témoigne Leya. Pour moi c’était un homme de Dieu et je ne pensais pas qu’il pouvait faire ça.»

La jeune femme n’en parlera pas à ses parents. «J’avais honte.»

Après l’événement, le pasteur lui aurait dit que c’était sa faute à elle, qu’elle l’avait séduite. Il lui citera des versets bibliques traitant de la notion de scandale.

Pour la purifier

Quelques mois plus tard, le révérend Mukendi l’aurait à nouveau réveillée pour faire une prière. Il aurait demandé à l’adolescente de se coucher sur le tapis de sa chambre et l’aurait forcée à avoir une relation sexuelle complète. Leya affirme que le pasteur avait posé sa main pour sa bouche et qu’elle avait l’impression d’étouffer.

Le lendemain de l’agression sexuelle alléguée, le pasteur aurait dit à Leya que ce qui s’était passé était «entre elle, lui et Dieu».

La jeune femme affirme qu’à cette époque, elle était forcée d’avoir deux ou trois rapports sexuels par semaine avec le pasteur.

À chaque fois, dit-elle, Mukendi affirmait qu’il la «purifiait». 

En offrande

Lorsque Leya aura environ 16 ans, sa mère la donne en offrande à Mukendi, en remerciement pour ses bontés.

L’adolescente va vivre à temps partiel dans le logement du pasteur. «Je lui appartenais et je devais le satisfaire sur tous les points», affirme Leya. Elle devait s’occuper du fils du pasteur et faire le ménage.

Le révérend continue d’avoir des relations sexuelles avec elle, notamment dans sa voiture, affirme Leya.

Le témoignage de la jeune femme se poursuivra lundi.

*Prénom fictif. Le nom de la plaignante est couvert par une ordonnance de non-publication.