Le Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, est fier de travailler sur des projets qui permettront à ses patients de prolonger leur vie, sans toutefois en réduire la qualité.

Une percée contre le cancer du cerveau

SHERBROOKE — Le Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, a mis au point un traitement novateur qui pourrait aider à prolonger la vie des patients qui combattent une récidive de glioblastome, une forme rare et agressive du cancer du cerveau. Le Dr Fortin et son équipe s’apprêtent à lancer un projet de recherche clinique qui visera à démontrer l’efficacité du traitement. Chaque année, 2500 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer du cerveau.

La survie médiane des patients qui souffrent d’un cancer du cerveau au Canada est de 14 mois. Grâce à ses traitements par le biais de la chimiothérapie intra-artérielle, qui sont uniques au Canada, le Dr Fortin offre à ses patients une espérance de vie médiane de 25 mois. Il est le seul neuro-oncologue au pays à utiliser cette technique qui est compliquée à organiser dans les centres hospitaliers de plus grande taille parce qu’elle requiert plusieurs expertises. Le Dr Fortin a lui-même appris cette technique aux États-Unis lors de sa formation par son mentor, son mentor qui est l’inventeur de cette technique, avant de venir la perfectionner au CHUS où il travaille depuis près de 20 ans.

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Soulignons ensuite que le cancer cérébral est l’un des plus meurtriers parce que le cerveau est l’organe le plus complexe de l’univers. « Chaque cerveau comporte 100 milliards de neurones. Il y a autant de connexions neuronales que d’étoiles dans notre galaxie », souligne celui est aussi professeur-chercheur à la faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche du CHUS (CRCHUS).

Grande complexité

Bien sûr, il est très ardu de traiter un tel ennemi dans un univers si complexe.

« La difficulté avec le cancer du cerveau, c’est qu’il s’infiltre dans toutes les connexions et qu’il y a la présence de la barrière hématoencéphalique, qui empêche que le médicament se rende au complet au cerveau. Il y a une trentaine d’années, il a déjà été tenté d’enlever un hémisphère complet du cerceau. Et la tumeur a repoussé dans l’autre hémisphère! » souligne le Dr Fortin pour expliquer à quel point la chirurgie, bien qu’aidante, ne pourra jamais être utilisée seule contre les tumeurs cérébrales.

« Dans le monde actuellement, il y a une forme de traitement standard pour les patients. Ils sont opérés pour enlever une partie importante de la tumeur. Ensuite, les patients reçoivent le médicament standard et une radiothérapie. Toutefois, à cause de la barrière hématoencéphalique, il n’y a que 20 % du traitement qui se rend au cerveau. Ce traitement répond habituellement pendant environ six mois. Quand le traitement commence à échouer, alors c’est là qu’on entre en scène.

« Nous passons une IRM (technique d’imagerie par résonance magnétique) d’une nouvelle technologie, supervisée par le Dr Martin Lepage. Puis nous les réopérons », dit-il.

L’échantillon recueilli lors de la seconde chirurgie sera soumis à plusieurs tests en laboratoire afin de personnaliser le traitement offert à chaque patient.

« Nous prélevons un échantillon tumoral avant de débuter le traitement et selon le résultat de l’analyse en laboratoire, nous ajustons la médication pour maximiser l’efficacité du traitement. Nous suivons rigoureusement l’efficacité des traitements des IRM », ajoute-t-il.

Le patient recevra ensuite des traitements de chimiothérapie intra-artérielle combinés à de la radiothérapie pour traiter la récidive de glioblastome. Ce traitement est unique au monde et l’essai clinique, approuvé par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS et par Santé Canada, peut maintenant commencer.

« Il y a quand même le quart des patients qui ne répondent pas aux traitements avec la chimiothérapie intra-artérielle. J’ai un patient qui est encore vivant après 18 ans, mais c’est une exception. D’autres survivent six mois à peine. C’est sur tous ces patients-là, ceux qui répondent peu ou pas au traitement, que l’on veut aller chercher le traitement qui fera une différence pour eux, pour leur permettre de gagner des mois de vie sans négliger leur qualité de vie », souligne le Dr Fortin.

Qualité de vie

Et au cœur du processus? Le patient, bien sûr. Sa qualité de vie et l’atteinte de ses fonctions cognitives seront évaluées fréquemment et de façon rigoureuse. « Ici, ce ne sont pas des tumeurs que l’on soigne, ce sont des patients! On veut maximiser leur qualité de vie, ça fait partie de notre job. La question, c’est de savoir si le combiné de chimiothérapie et de radiothérapie pourra apporter des atteintes cognitives chez les patients. Ce sera suivi de près », ajoute-t-il.

Dans la littérature, les patients qui sont atteints d’un cancer au cerveau ont un âge moyen de 55 ans. Mais dans la réalité de sa pratique clinique, le Dr Fortin constate que les patients sont de plus en plus jeunes à vivre avec ce sombre diagnostic.

« Nous voyons des patients très jeunes, dès le début de la vingtaine, et je dirais que la moyenne d’âge est d’environ 45 ans. On ne connait pas la cause de la tumeur cérébrale, qui touche deux fois plus d’hommes que de femmes », dit-il.

L’étude s’adresse aux personnes qui vivent leur première récidive de cancer du cerveau. « Il est important d’appliquer le traitement à ce moment précis, car les chances de survie du patient sont meilleures », affirme le Dr Fortin.

Le Dr Fortin est présentement à la recherche de candidats pour participer à cette étude. Une quarantaine de patients, sur une période de deux ans, pourraient joindre les rangs de l’étude clinique. Les patients intéressés peuvent communiquer avec Marie-Andrée Roy, infirmière en neuro-oncologie, au 819 346-1110, poste 75034.

Rappelons que David Fortin a remporté le mois passé le Prix régional d’excellence - spécialiste de l’année, attribué par le Collège royal des médecins et des chirurgiens du Canada.