On n’a pas seulement changé de gouvernement provincial, à entendre le ministre François Bonnardel, la dynamique régionale est complètement transformée.

Une ligne d’urgence et des pneus à clous

CHRONIQUE / Deux ministères sont plus à risque à Québec : la Santé et les Transports (MTQ). François Bonnardel a hérité du deuxième, avec la charge supplémentaire de répondant de l’Estrie.

Le député de Granby a pris la barre du MTQ sans expérience ministérielle. Ses neuf années passées sur les bancs de l’opposition lui ont cependant pas fourni un carnet de prévoyance.

Ayant vu l’ex-ministre Laurent Lessard enseveli sous une avalanche de critiques et essuyer le reproche d’avoir dormi au gaz pendant la nuit que des centaines d’automobilistes ont dû passer sur l’autoroute 13 complètement embourbée, François Bonnardel ne prend pas de chance.

Il dort à la distance d’un bras du « téléphone rouge », l’appareil qu’il a exigé à son arrivée, dont le numéro restera quasi secret pour ne recevoir que des appels d’urgence.

« Moi, je veux savoir... Respectueusement, humblement, avec cinq ministres en quatre ans, le ministère des Transports a besoin de stabilité. Pour opérer le changement de culture que je souhaite réaliser, nous nous sommes donné des indices de performance. Vous verrez. »

L’hiver précoce a tout de même failli prendre M. Bonnardel par surprise.

« J’étais à Sherbrooke lors la première tempête et nous peinions à monter les côtes avec mon véhicule, qui n’avait pas été chaussé de pneus à clous. Nous avons rapidement remédié à cela », raconte-t-il avec un brin d’humour.

Téléphone rouge ou pas, la crédibilité du ministre aurait pris une vilaine débarque s’il eut fallu qu’une chenillette à trottoirs de la Ville ait à pousser sa limousine dans la côte King! La scène loufoque lui aurait assuré une place de choix dans les cyniques revues de fin d’année.

Le ministre Bonnardel a eu l’occasion de tester ses pneus à clous jusque dans la cour de La Tribune. Il faut dire que son premier ministre l’avait engagé sur une chaussée glissante en accordant carte blanche à l’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry, en partie sur la base de sa relation de confiance avec le gouverneur du Vermont, Phil Scott.

« Il ne faut pas faire peur au monde. Rien, vraiment rien, ne nous laisse croire qu’il puisse y avoir un risque de contamination du lac », a endossé le ministre Bonnardel.

C’est vite renier le passé.

Du temps où presque toutes les questions caquistes à l’Assemblée nationale étaient teintées de suspicion, combien de chefs de gouvernement ou de ministres ont défendu des préoccupations citoyennes?

« Ce n’est pas parce que nous disons cela aujourd’hui que nous laisserons aller les choses. Mon collègue d’Orford, Gilles Bélanger, reste très impliqué dans le dossier. Tout comme la ministre fédérale Marie-Claude Bibeau, d’ailleurs ».

La mobilisation, de part et d’autre de la frontière, ayant bloqué dans le passé le projet d’enfouir des déchets nucléaires dans le granit du bassin hydrographique du lac Memphrémagog, au Vermont, n’avait pas été l’initiative d’un ministre québécois ou d’un de ses homologues américains, ai-je rappelé à François Bonnardel.

« Vous avez raison, mais nous voulons tout de même rassurer la population en lui disant que le gouvernement suivra la situation de très près. »

Parlementaire respecté, le ministre Bonnardel est un politicien que les Québécois ont souvent vu argumenter sans dénigrer. Ses courtes réponses sont précises, rarement fugitives.  

Il ne repousse pour le moment aucun échéancier de grands projets, qu’il s’agisse du dernier tronçon de l’autoroute 410 ou de la concrétisation du Centre Mère-Enfant, qui sera l’occasion de mettre l’unité d’urgence du CHUS-Fleurimont à la page.

Par ailleurs, qui d’autre aurait cru qu’un député du secteur Granby-Bromont se retrouverait un jour à porter le flambeau de l’aéroport de Sherbrooke à la demande du maire, de la communauté d’affaires et des dirigeants du milieu académique de la capitale régionale?

Non seulement François Bonnardel accepte-t-il cette mission, ce défi, mais il affirme haut et fort son adhésion pleine et volontaire « à l’Estrie unifiée », sans même lier le fractionnement de la Montérégie se dessinant en faveur de la région à un changement de nom. Des susceptibilités qu’il a pourtant fallu gérer durant la fusion à Sherbrooke.  

On n’a pas seulement changé de gouvernement provincial, à entendre le ministre François Bonnardel, la dynamique régionale est complètement transformée.

Le temps est cependant maussade et les routes glissantes à l’année en politique. Les changements pressants perdent souvent de la vitesse à rouler sur les chemins de traverse lorsque les aspirants deviennent ceux qui décident et tracent les itinéraires.

Mais puisqu’il nous le dit, notre nouveau ministre des Transports veillera jour et nuit à ce que son gouvernement ne s’enlise pas trop vite et pas trop profondément...