Gisèle Poitras-Dallaire, une grand-mère âgée de 70 ans, est accusée d’avoir cambriolé une douzaine de ses voisines de résidence. Elle est en compagnie de l’avocat de la défense, Me Sébastien Saint-Laurent.

Une grand-mère de 70 ans accusée de cambriolage dans une résidence

Balcon à déneiger, répondeur téléphonique récalcitrant, gouttes dans les yeux à administrer; Gisèle Poitras-Dallaire était toujours prête à aider ses voisines de résidence. Une douzaine d’entre elles l’accusent de les avoir cambriolées.

L’accusée, une grand-mère âgée de 70 ans, est assise avec son cahier de notes et son crayon derrière la grande vitre du box de détention. Le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure prévient les 12 jurés qu’ils n’ont à tirer aucune inférence de cette position. Le juge Pronovost fait toujours asseoir l’accusé, présumé innocent, à cet endroit, qu’il soit détenu ou en liberté durant les procédures, comme c’est le cas de Gisèle Poitras-Dallaire, accusée de 16 vols et introduction par effraction.

Chacune leur tour, les plaignantes font leur entrée dans la salle d’audience, souvent aidées d’une canne, d’un déambulateur ou de l’intervenante du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC).

«Faites attention pour ne pas vous enfarger dans le fil du micro», prévient la procureure de la Couronne Me Caroline Munger.

Les plaignantes vivent toutes à la coopérative d’habitation pour aînés autonomes Le Mieux-Vivre, qui a ouvert ses portes à l’automne 2016 à Lévis, pas très loin du cégep.

Leurs histoires de vol se ressemblent toutes. Elles ont un jour constaté qu’il manquait des billets de banque dans leur porte-monnaie ou des bijoux. Et que le voleur s’était introduit chez elles sans forcer de serrure. Toutes les plaignantes ont affirmé que leur porte était verrouillée en tout temps, même si elles ne partaient que pour quelques minutes.

Un piège pour le voleur

Lorraine Campagna-Langlois, arrière-grand-mère âgée de 83 ans, rangeait ses quelques billets dans son tiroir à pyjama. Lorsqu’elle a vu, en mai 2017, qu’il lui manquait un billet de 50 $, elle n’a d’abord pas osé en parler. Mais elle a installé un piège.

Avant de sortir de chez elle, l’octogénaire glissait un banc devant la porte. Ensuite, elle tendait un élastique entre la poignée de porte et le montant d’une petite étagère.

«Si quelqu’un voulait rentrer, il avait un espace de 10 pouces», précise Mme Campagna-Langlois. 

L’astuce a fonctionné, moins d’une semaine après le premier vol. «Quelqu’un a essayé de rentrer, une lampe de l’étagère est tombée et l’abat-jour s’est cassé. C’est là que j’ai su que j’avais eu une autre visite.»

En contre-interrogatoire, l’avocat de défense Me Sébastien Saint-Laurent n’a pu s’empêcher de féliciter la dame pour son ingéniosité.

Denise Dupont, 82 ans, rangeait sa sacoche — qu’elle appelle «sa bourse», comme toutes ses voisines — dans le vestiaire de l’entrée. Lorsqu’elle a voulu payer à un commerce, en novembre 2016, elle n’avait plus que 10 $ alors que son porte-monnaie en contenait au moins 100 $ dans son souvenir.

Mme Dupont a décidé de cacher sa sacoche dans la lingerie, sous une pile de serviettes. À son retour d’une promenade, elle a vu les serviettes en désordre et a constaté un vol de 100 $. 

Claudette Dussault, 75 ans, a emménagé au Mieux-Vivre en avril 2017. Environ un mois plus tard, elle a reçu trois visites indésirables alors qu’elle était sortie pour dîner.

On lui a volé les boucles d’oreilles choisies pour le mariage de son fils ainsi que deux petits cœurs-breloques en or.

Comme un détective, Mme Dussault a repéré au sol un petit morceau métallique; une pièce de fermeture-éclair qui ne lui appartenait pas. «C’est là que je suis allée porter plainte, témoigne-t-elle. On m’a dit que j’étais la dixième.»

Aucune des dames n’avait laissé de clef à la femme de ménage. Et une seule a dit s’absenter durant le ménage. «Mais j’ai confiance en ma femme de ménage à 100 %», précise Claudette Dussault.

Comme une amie

Les plaignantes connaissent bien sûr l’accusée Gisèle Poitras-Dallaire, une résidante membre du conseil d’administration, reconnue pour sa serviabilité. L’accusée avait aidé l’une dans son emménagement, une autre pour accrocher des rideaux. Elle avait offert des vêtements pour enfants à l’une et apporté un repas à une autre.

Mise au courant des vols, l’accusée avait aussi proposé à certaines plaignantes, selon leur version, de leur prêter de l’argent. «Je la considérais comme une amie», glisse Jacqueline Ruest, 71 ans, en échappant quelques sanglots.

Louisette Bilodeau-Labrie, 92 ans, avait déjà vu Gisèle Poitras-Dallaire avec des clefs de logements. Lorsqu’elle avait questionné la gestionnaire de la résidence, on lui a répondu que l’accusée aidait le personnel.

Les policiers de Lévis ont perquisitionné l’appartement de Gisèle Poitras-Dallaire, au premier étage de la résidence, le 13 juillet 2017. Aucun objet d’intérêt n’a été retrouvé, a précisé le policier technicien en identité judiciaire Sylvain Carrier.

Le procès est prévu pour deux semaines.