L’avocate Mélanie Ricard a défendu les intérêts de Charline Hébert dans le processus judiciaire.

Une femme intoxiquée au GHB acquittée

LA TUQUE — Il y a un an presque jour pour jour, Charline Hébert était plongée dans une soirée qui allait changer sa vie. La Latuquoise de 28 ans croit qu’elle a été victime de la drogue du viol et dans un blackout total, la jeune femme a eu un accident qui aurait pu lui coûter la vie. Elle a été accusée de conduite avec les facultés affaiblies, a dû suivre des thérapies, prendre de nombreux médicaments… En début de semaine dernière, elle a été acquittée. Un expert médico-légal a conclu qu’elle avait été fort probablement intoxiquée contre sa volonté. Elle a décidé de raconter son histoire.

«J’ai encore honte», lance-t-elle d’entrée de jeu.

Charline Hébert a décidé de raconter son histoire à visage découvert. Elle veut que son récit puisse servir à démontrer que même dans un petit milieu comme La Tuque des événements comme ceux-ci se produisent.

«Ce soir-là, c’était vendredi, j’étais contente de finir tôt, vers 23 h. C’est rare dans mon domaine. Je suis allée compter ma caisse, et je me suis coulé une bière», raconte-t-elle avec précision.

C’est d’ailleurs son souvenir le plus clair de cette soirée qui a mal tourné. Charline Hébert retourne à la maison après le travail pour profiter de son nouveau spa, prend une coupe de vin, et va au lit avec son conjoint.

«On est allé se coucher, je ne me souviens de rien. Plus tard, j’ai pris le volant et j’ai eu un accident. Je me suis réveillée dans le fossé sans aucun souvenir.»

«Il s’en est passé des affaires entre temps. Je suis allée chez des gens et je ne me souviens de rien. J’aurais consommé de la boisson encore…», poursuit-elle.

L’accident est survenu tôt le matin le 19 août 2017. Charline Hébert était au volant et a perdu la maîtrise du véhicule. Elle s’est retrouvée dans un fossé. C’est là qu’elle a commencé à reprendre conscience, dans un bien mauvais état.

«J’étais en robe de chambre… Il y a eu un gros blackout. Tu ne comprends pas ce qu’il se passe. J’ai eu 18 points de suture, une reconstruction de la langue, des cotes cassées, le sternum déplacé, poignet cassé … J’ai fait une commotion cérébrale.»

«Mon chum avait fini par me retrouver en ville et il me suivait au moment de l’accident. Il m’a vu rouler à toute vitesse. Ce samedi-là, je fêtais le premier anniversaire de ma fille dans l’après-midi», se souvient-elle.

L’impact l’a brisée, physiquement et mentalement. Sa vie a aussi dérapé et sa famille en a beaucoup souffert également. Charline Hébert a été accusée de conduite avec les facultés affaiblies. Son taux d’alcool au moment de l’accident était plus du double de la limite permise.

«J’aurais pu tuer quelqu’un… moi je ne me souviens d’absolument rien […] J’ai encore honte. Ma réputation en a aussi souffert», avoue la Latuquoise.

Charline Hébert est retournée sur les lieux de l’accident, un an après l’événement.

Celle qui devait reprendre le travail après «un congé de maternité de rêve», a plutôt dû multiplier les rencontres entre psychologue, psychiatre, travailleur social et avocat.

«J’ai eu plein de diagnostics et je peux dire que ma vie a vraiment changé depuis un an. Je me suis fait bourrer de médicaments. Il a fallu que je me reconstruise physiquement, mais le mental m’a lâché pendant un bout. J’essayais d’accepter ce qui m’arrivait, mais tout le jugement qu’il y a eu autour de ça m’a beaucoup affectée.»

«J’ai eu beaucoup de médicaments, des médicaments pas faits pour moi aussi. J’ai même eu un sevrage de médicaments. J’ai eu l’impression qu’ils m’avaient rendu toxicomane. J’ai eu toutes sortes de diagnostics, j’ai dû faire de la recherche et lire des livres pour comprendre c’était quoi. Ça ne cadrait pas du tout avec moi», raconte-t-elle.

Charline Hébert est allée consulter un psychiatre à l’Université de Sherbrooke avec l’aide de son avocate à travers le processus judiciaire.

«Elle m’avait fait part de ses doutes lors de la divulgation de la preuve. […] On a fait appel à un expert», confirme l’avocate Me Mélanie Ricard.

C’est là que certaines réponses ont éclairé la situation. Le psychiatre Pierre Gagné de la clinique médico-légale de l’Université de Sherbrooke conclut, dans son rapport d’une quinzaine de pages, que «selon l’information fournie par madame Hébert, l’histoire collatérale obtenue de son conjoint et les faits décrits dans le rapport de police, il est vraisemblable que madame Hébert ait eu une intoxication involontaire à une substance tel le GHB. Ceci a induit à des comportements inconscients» et il poursuit un peu plus loin qu’il «apparaît probable que madame a présenté une intoxication involontaire à une substance tel le GHB ayant mené à une incapacité de former l’intention de conduire son véhicule».

«Quand tu réalises que c’est ça, tu as honte. Qu’est-ce que j’ai dit, qu’est-ce que j’ai fait? Où j’ai pris ça? Qui a mis ça? On n’en a aucune idée et ces réponses-là on ne les aura probablement jamais. Maintenant, quand tu vas dans un endroit public, tu te méfies de tout le monde parce que tu ne sais pas qui a fait ça et dans quel but», mentionne-t-elle.

Acquittement
Charline Hébert a été acquittée des accusations qui pesaient contre elle un an plus tard. Elle s’est déplacée pour entendre le verdict de vive voix, question de tourner la page.

«Je suis contente du résultat du dossier de Charline. Le droit criminel est là pour punir des comportements intentionnels, pour punir les gens qui ont l’intention criminelle ou qui font preuve de négligence. Pour Charline, ce n’était pas le cas. […] La Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a décidé de retirer les accusations à la suite de la production du rapport de l’expert. Ça pouvait amener un doute quant à la volonté et l’intention de s’intoxiquer et de conduire sous l’effet d’une substance», a expliqué Me Mélanie Ricard.

D’ailleurs, elle affirme qu’habituellement dans les cas d’intoxication involontaire, surtout au GHB, les gens qui se retrouvent dans le processus judiciaire y sont surtout à titre de victimes et non d’accusés.

«C’est souvent dans des cas d’agressions sexuelles. Par contre, ça arrive à l’occasion qu’ils vont être accusés. On comprend que quand ils ne sont plus en possession de leurs moyens, quand on est intoxiqué, on peut être victime de certains gestes mal intentionnés, mais on peut également poser des gestes qui peuvent entraîner des conséquences criminelles», note Me Ricard.

Cette dernière a déjà eu un client qui vendait du GHB, communément appelé par les trafiquants «du jus», qui tentait d’éviter les intoxications involontaires à cette substance.

La voiture de Charline Hébert  après l'accident.

«Il y a des gens qui consomment volontairement du GHB. Lors de la vente, cette personne-là elle prenait la précaution de mettre du colorant alimentaire dans le GHB avant de la trafiquer pour s’assurer que les gens qui en achetaient le faisaient pour le consommer volontairement et non pour s’en servir à l’insu des autres», a raconté Me Mélanie Ricard.

Désormais, Charline Hébert veut passer à autre chose et, aujourd’hui, elle demande aux victimes de parler et de dénoncer.