C’est à Val-du-lac que Josiane s’est sentie bien pour la première fois de sa vie. Enfin en sécurité. Enfin protégée. Enfin stabilisée. Enfin reconnue comme une personne à part entière.
C’est à Val-du-lac que Josiane s’est sentie bien pour la première fois de sa vie. Enfin en sécurité. Enfin protégée. Enfin stabilisée. Enfin reconnue comme une personne à part entière.

Une enfance passée au centre jeunesse

Josiane s’en souvient très bien. C’est le moment de sa vie où tout a changé. Pourtant, le souvenir est à la fois si clair et si flou. Elle avait à peine soufflé ses neuf bougies quand deux agents sont débarqués chez elle. Était-ce des policiers ou des intervenants de la direction de la protection de la jeunesse? Elle ne sait plus. Mais elle se souvient très clairement que « deux agents » sont venus la chercher et lui ont demandé de les suivre. Plus jamais elle ne vivra sous le même toit que sa mère et ses frères et sœurs.

« Consommer de la drogue et de l’alcool quand on a des enfants, je ne crois pas que c’est adéquat », nomme-t-elle sagement aujourd’hui du haut de ses 18 ans.

La jeune femme, dont on doit taire l’identité, a été confiée à une famille d’accueil qui amenait les enfants à l’église. Dans les moments difficiles, Josiane a beaucoup prié.

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Ce fut d’autant plus important que la petite fille est tombée sur une mauvaise famille d’accueil. Une famille « qui buvait et qui fumait l’argent » que lui confiait le gouvernement pour s’occuper des enfants au lieu de les nourrir convenablement. Quand la famille d’accueil fut enfin fermée, la petite fille au cœur blessé a été confiée au centre de réadaptation et d’hébergement en protection de la jeunesse Val-du-lac.

Ce centre compte une centaine de lits pour les enfants en réhabilitation. La plupart souhaitent retourner dans leur famille ou en famille d’accueil dès que possible. Mais pas Josiane.

C’est à Val-du-lac que Josiane s’est sentie bien pour la première fois de sa vie. Enfin en sécurité. Enfin protégée. Enfin stabilisée. Enfin reconnue comme une personne à part entière.

« J’aimais beaucoup les activités qu’on faisait à Val-du-lac. Je n’avais jamais fait d’activité comme ça avant dans ma vie », indique-t-elle.

Son meilleur souvenir de ses années à Val-du-lac était le moment du coucher une fois la nuit venue. « Un éducateur venait me border tous les soirs. On parlait un peu. Je n’avais jamais connu ça de toute ma vie. C’était un moment agréable », souffle-t-elle.

« Je suis chanceuse... »

Aujourd’hui, Josiane habite au Centre d’hébergement alternatif de Sherbrooke où elle a une chambre avec une salle de bain privée. « Je suis vraiment chanceuse; j’adore ma chambre. Je suis chanceuse... » insiste-t-elle.

Elle étudie à l’école Saint-Michel.

Son projet de vie : gagner son autonomie et avoir son propre appartement un jour.

Son rêve? Avoir une voiture.

Ses passions? « J’aime les poissons, lire, dessiner. Je suis très bonne en aménagement paysager », souligne-t-elle.

La Fondation du Centre jeunesse de l’Estrie lui a donné un bon coup de main. À son arrivée au Centre d’hébergement, on lui a offert un bon matelas neuf. « Moi j’avais mal au dos depuis longtemps! Ça m’a tellement aidée! » se réjouit-elle.

Car l’arrivée à l’âge adulte amène son lot de « chocs de la réalité » pour une enfant élevée au centre jeunesse.

« Quand tu fais ton épicerie et que tu vois le prix de la pâte à dent, tu te dis : « ayoye, la pâte à dent ça coûte ça! » Alors qu’au centre jeunesse, on me la donnait! Le centre jeunesse nous aide tellement; mais ça fait un choc quand on arrive à l’âge adulte. »

Aujourd’hui, Josiane a 50 $ par semaine pour faire son épicerie. C’est peu. Mais elle dit qu’elle n’a pas faim de toute façon en raison de la médication qu’elle prend. « Je mange au moins », conclut-elle.