Vendredi en Saskatchewan, une collision entre l’autobus de l’équipe de hockey junior des Broncos de Humboldt et un fardier a fait 15 morts. La campagne de financement pour venir en aide aux familles des victimes dépassait les 7,8 millions $ mardi.

Une écrivaine de Québec déchaîne le Web

Une écrivaine de Québec, Nora Loreto, déchaîne le Web depuis dimanche soir alors qu’elle a livré ses impressions au sujet de la campagne de financement pour venir en aide aux familles des 15 victimes de l’accident de la route qui a décimé l’équipe de hockey junior des Broncos de Humboldt, en Saskatchewan.

La campagne de financement lancée via le site GoFundMe a dépassé mardi les 7,8 millions $ reçus de la part de 94 000 donateurs individuels, un record canadien qui dépasse largement le million de dollars amassé en 2016 pour les sinistrés des feux de forêt de Fort McMurray. Mme Loreto, une activiste de gauche qui a signé le livre From Demonized to Organized : Building the New Union Movement en plus d’organiser une vigile devant le consulat américain à Québec après le décès d’une militante antiraciste à Charlottesville en juin, s’était exprimée sur le site de microblogage Twitter quand la campagne avait surpassé les 4 millions $.

«C’est beaucoup d’argent. J’essaie de ne pas être cynique à propos de ce qui est une tragédie complètement dévastatrice, mais le fait que les victimes soient des hommes, qu’ils soient jeunes et qu’ils soient blancs a, bien sûr, joué un rôle important. Je ne veux pas que les familles et les survivants de cette tragédie reçoivent moins. Je veux la justice et davantage pour les nombreux parents endeuillés de plusieurs autres communautés», avait-elle écrit en trois tweets différents en fin de soirée dimanche.

Déluge de haine

Plusieurs internautes n’ont pas apprécié les commentaires qu’ils considéraient comme insensibles et se sont déchaînés sur la jeune mère de famille, qui racontait mardi sur le réseau social Facebook recevoir plus de 100 notifications Twitter toutes les 20 minutes en plus d’ajouter qu’elle avait reçu au moins 200 menaces de mort. «Ils contactent mon syndicat, mon employeur, Maclean’s et le Globe and Mail [des médias dans lesquels elle a déjà publié des chroniques d’opinion] en maintenant que je ne suis pas apte à occuper mon emploi», déplore-t-elle.

«C’est ça, ce serait parce que ce sont de jeunes hommes blancs que l’argent a afflué? Qu’est-ce qui ne va pas avec toi? En espérant que le karma fonctionne et que des gens que tu aimes décèdent bientôt dans d’horribles circonstances», écrit Steven Forbes. «Va te faire foutre, stupide p... Des jeunes sont morts, stupide ch...», ajoute Ron Gray. «Je me donnerais le cancer du cerveau si ça signifiait que vous cessiez d’exister», déclare pour sa part Dustin Whitehouse. D’autres commentaires, certains appelant à la violence et même au viol en des termes encore plus crus tapissent depuis plus de 48 heures les réseaux sociaux de Mme Loreto.

Kenney s’en mêle

Mardi, même le chef du Parti conservateur uni de l’Alberta et ex-ministre fédéral de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, s’est joint au concert des personnes qui critiquaient les commentaires de Mme Loreto. «Voici un exemple saisissant de la dépravation des politiques basées sur l’identité. Comment quiconque peut-il se permettre de mettre la race et le genre dans le deuil qui fait suite à la perte de 15 vies innocentes?» a écrit celui qui a siégé près de 20 ans à la Chambre des communes comme député de Calgary Southeast.

Nora Loreto n’a pas voulu être interviewée par Le Soleil après la tempête provoquée par ses commentaires. «Je ne veux pas faire de la politique sur une tragédie, voici ma réponse officielle», a-t-elle brièvement commenté, ajoutant que de donner des entrevues pourrait être mal vu.

Sur les réseaux sociaux, elle s’est cependant livrée un peu plus au sujet de ses commentaires qui ont semé la controverse. «Nous ne sommes pas égaux ni dans la vie ni dans la mort. Ce n’est pas controversé de dire ça. Je pense à Lac-Mégantic, à L’Isle-Verte, à la fusillade ici, aux 15 femmes et à leurs familles qui ont été assassinées en Ontario cette année seulement, à la famille Neville-Lake (un grand-père et trois petits-enfants fauchés par un chauffard ivre), la famille décédée à la même intersection il y a 20 ans et bien sûr, les Broncos de Humboldt. Ces hommes, car ce sont essentiellement des hommes, se cherchent un sac de sable sur qui taper. Aujourd’hui, ils m’ont choisie, moi, au nom d’un deuil qui est justifié», a-t-elle résumé.