Des photos du petit Thomas Livernoche ornent les murs du logement de ses parents. Cela fera bientôt un an qu’ils ont perdu leur petit bonhomme. Leur peine est toujours aussi grande. On voit ici sa mère Johannie Livernoche.

Une année sans Thomas

Trois-Rivières — Sur la table de la cuisine se trouve un cahier à colorier de Garfield. Le gros chat est complètement recouvert de couleurs vives. Sur les murs, plusieurs photos d’un petit garçon tout sourire sont affichées. Des toutous sont sur le divan. Pourtant, il n’y a aucun bambin dans ce logement de Trois-Rivières. Il y a pratiquement un an, dans la nuit du 1er au 2 janvier, Thomas Massicotte-Livernoche, 3 ans, perdait la vie dans l’incendie de sa demeure, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. S’il n’est plus physiquement avec ses parents, il est toujours bien vivant dans leur coeur, et ces derniers vivent très difficilement son absence. Ils essaient d’avancer un jour à la fois malgré leur peine qui est toujours aussi grande.

«Dans le temps des fêtes honnêtement, c’est excessivement difficile, mais tous les jours c’est difficile», laisse tomber Johannie Livernoche. Noël a été extrêmement éprouvant pour eux. Johannie et son conjoint, Gaétan Massicotte - qui n’était pas présent au moment de l’entrevue-, ont choisi de rester à la maison. «On n’a pas voulu fêter le temps des Fêtes. Regarder un autre enfant ouvrir son cadeau de Noël et être tout émerveillé, je ne me sentais pas capable de vivre ça cette année. On est resté à la maison à pleurer et à regarder ses émissions de télé, ses films», confie la jeune femme de 27 ans. «Il n’est plus question de fêter Noël pour l’instant. C’est par principe, parce que le petit n’est plus là», ajoute-t-elle.

Thomas à Noël l’an dernier.

La famille de cette dernière s’est réunie dans un chalet à Noël. Les grands-parents de Mme Livernoche sont également décédés au cours des 18 derniers mois. La famille a eu l’idée de laisser s’envoler trois lanternes chinoises en l’honneur de ces trois personnes qu’ils aimaient et qui les ont quittés. Celles des deux grands-parents se sont envolées rapidement très haut dans le ciel, mais la lanterne toute blanche représentant Thomas n’a jamais pris son envol. Sur la vidéo qui a été filmée de l’événement, on entend la mère de Mme Livernoche pleurer et dire que Thomas ne veut pas partir.

Le père de Mme Livernoche a eu l’idée de répéter ce geste symbolique, entre 00 h 30 et 1 h 15, dans la nuit du 1er au 2 janvier, sur les lieux où le petit garçon a perdu la vie. Une façon de lui rendre hommage. Mais un moment qui s’annonce crève-coeur pour Mme Livernoche qui a même de la difficulté à se rendre dans son ancien quartier. «Je ne sais même pas comment je me sens avec tout ça. Ça va être difficile d’y aller.»

Thomas à l’Halloween avec ses parents Johannie Livernoche et Gaétan Massicotte.

La jeune femme se souvient très bien des derniers instants passés avec son fils. Elle se souvient du dernier repas qu’ils ont partagé, de son humeur, de ce qu’il a dit. Elle s’est endormie avec lui à l’étage. Ce sont les flammes qui l’ont réveillée. Elle a hurlé. Son conjoint qui était au rez-de-chaussée est monté à toute vitesse. Mais l’incendie les avait déjà pris de vitesse, bloquant l’accès à l’escalier. Ils ont tenté de fracasser la fenêtre de la chambre avec des objets ainsi qu’à coups de poing et à coups de pied. Finalement, M. Massicotte s’est élancé tête première dans la fenêtre comme un bélier. Il pensait qu’il allait atterrir sur le pignon du toit et qu’il pourrait aider sa conjointe et son fils à sortir, mais il est tombé par terre. Mme Livernoche a agrippé son fils et elle a tenté de se faufiler par la fenêtre alors que des morceaux de vitre lui déchiraient la chair. Elle aussi croyait qu’elle allait se retrouver sur le toit, mais elle est tombée sur le sol en sang avec un trou dans le coeur: son fils n’était plus dans ses bras. «J’avais Thomas dans les bras et il m’a glissé des mains. Quand je suis tombée en bas, je pensais que Thomas était dans mes bras, mais non, il n’était pas là», se remémore-t-elle avec tristesse.

Avant de tomber, elle croit avoir tenté de s’agripper à la fenêtre. C’est ce que semble raconter la cicatrice qui lui traverse la main. Elle a été coupée à plusieurs endroits sur le corps et a dû subir une chirurgie à la main. Mais ce n’est rien comparativement à la mort de son garçon. Ils ont tenté de retourner dans la maison le chercher, mais la porte d’entrée était verrouillée. Des voisins aussi ont tenté de grimper sur le toit, mais sans succès.

Le rapport du coroner conclut qu’un article de fumeur est à l’origine de l’incendie. Le père du petit aurait oublié une cigarette dans la salle de bain. «Il se sent coupable tous les jours. Ça le hante constamment», raconte Mme Livernoche. Son conjoint et elle revoient sans cesse le fil des événements. Ils ne comprennent pas pourquoi les pompiers n’ont pas réussi à sauver leur fils. L’enfant se trouvait à deux pieds de la fenêtre lorsqu’il a été trouvé mort, selon le rapport du coroner. «Il n’était même pas à 60 cm de la fenêtre. Je ne comprends pas qu’ils ne soient pas allés le chercher tout de suite. Il y a tellement de questions qu’on se pose. J’ai besoin d’avoir des réponses», espère Mme Livernoche. Le coroner Steeve Poisson a expliqué lors d’une entrevue, il y a quelques semaines, que des flammes sortaient déjà de la fenêtre lorsque les pompiers sont arrivés. Une caméra de surveillance a capté les événements. De plus, selon le coroner, des pompiers sont entrés à l’intérieur pour tenter un sauvetage, mais en raison de la fumée et des flammes, ils n’ont pas pu atteindre la chambre où se trouvait Thomas.

Quand elle a appris les conclusions du coroner, Mme Livernoche ignorait même que le rapport avait été publié. Au fil des mois, elle a dû vivre aussi avec des commentaires très désobligeants sur les réseaux sociaux. Heureusement, ces critiques étaient minoritaires comparativement aux mots d’encouragement qu’elle a reçus. De plus, elle est très reconnaissante envers tous ceux qui leur ont apporté leur aide. Cela fera donc bientôt un an qu’elle vit sans son fils qu’elle décrit comme une véritable boule d’énergie. «C’est un enfant qui mordait dans la vie. C’était le petit garçon à sa maman.» «Je m’ennuie de lui pas mal trop, ajoute-t-elle. Sa joie de vivre, dormir avec lui, faire des activités avec lui, passer du temps avec lui, l’entendre rire, l’entendre parler, le voir émerveillé, sa présence... lui tout court me manque.»

Même si l’incendie a causé de lourds dommages, ses parents ont réussi à sauver beaucoup de souvenirs qu’ils gardent précieusement. Des jouets. Un pyjama. Même un habit d’hiver qu’ils avaient vendu et que les acheteurs sont venus leur remettre. Un cahier à colorier. «C’est comme s’il était encore avec moi. Ce sont ses premiers dessins. Une maman, ça garde toujours les premiers dessins, les premiers bricolages.»

Elle espère que la prochaine année lui amènera un nouveau bébé. «Peut-être que le prochain enfant va nous mettre un baume sur le coeur et que ça va nous dire qu’il y a toujours un petit peu d’espoir.» Un nouveau bébé qui ne prendra jamais la place de Thomas. «Aucun enfant ne va remplacer mon fils. Ç’a été mon premier et ça va toujours rester mon premier. Ça va toujours rester mon grand bébé.»