La Société du chemin de fer de la Gaspésie a déjà eu à construire un silo, à New Richmond, afin de s'adapter à la mise en dormance du chemin de fer entre Caplan et Gaspé, une décision de Transports Québec remontant à 2015.

Un terminal terrestre temporaire en Gaspésie

NEW RICHMOND - La Société du chemin de fer de la Gaspésie devra bâtir un autre terminal terrestre temporaire pour satisfaire les besoins de Ciment McInnis. La raison? L’incapacité de Transports Québec d’enclencher des réparations sur deux ponts ferroviaires lui appartenant depuis trois ans.

Cette fois, le centre de transbordement sera construit à Nouvelle, à l’ouest des ponts ferroviaires de Cascapédia-Saint-Jules parce que ces structures, selon le ministère, ne peuvent supporter plus de 10 wagons chargés de ciment par semaine, d’un poids unitaire de 134 tonnes.

Comme les besoins de Ciment McInnis passeront à 40 wagons par semaine en mai, il faudra transporter par camion du ciment à Nouvelle, pour éviter de faire passer plus de dix wagons chargés à Cascapédia-Saint-Jules. Ce ciment est destiné à l’extérieur du Québec.

«Un rapport de la firme Norda Stelo ne recommande pas de passer plus de dix wagons pleins par semaine sur les ponts de Cascapédia-Saint-Jules avant que d’autres inspections, du monitoring et des réparations soient complétées», précise Luc Lévesque, directeur de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG).

Le premier silo de ciment a été aménagé à New Richmond en juin 2017 pour la cimenterie de Port-Daniel. New Richmond est située à l’est des ponts de Cascapédia-Saint-Jules, tout comme Port-Daniel. La circulation ferroviaire se fait vers l’ouest pour livrer les marchandises vers les clients.

Ce silo découle aussi de l’absence de réparations de Transports Québec, cette fois sur trois ponts situés entre New Richmond et Port-Daniel. Le réseau ferroviaire passe au milieu du complexe de Ciment McInnis.

«À Nouvelle, nous commencerons par du transbordement directement des camions aux wagons. Tous les wagons excédant le nombre de dix recevront un début de chargement de 15 tonnes à New Richmond, où nous avons une balance légale. Les quantités placées dans les wagons et les camions peuvent être mesurées précisément. Nous n’aurons probablement pas le choix d’aménager un silo à Nouvelle aussi mais pas au début», dit M. Lévesque.

Les coûts d’aménagement du terminal de Nouvelle, 450 000$ s’il y a un silo, et les frais excédentaires de transport par camion, l’équivalent de 1000$ par wagon chargé, seront cette fois assumés par Transports Québec.

 «C’est beaucoup d’argent pour une solution temporaire. Si Ciment McInnis trouve un autre client demandant 60 autres wagons par semaine en juillet, je lui dis quoi?», souligne le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, Éric Dubé, notant que sa société y perd d’importants revenus.

Il ne comprend pas le principe de Transports Québec selon lequel 10 wagons de ciment peuvent passer un jour, et qu’il faille une semaine avant d’en faire passer d’autres, «comme s’il fallait que le pont se repose».

Sans critiquer Transports Québec, Luc Lévesque précise quand même «qu’imposer une limite de fréquence de wagons chargés sur un pont est une première dans l’industrie ferroviaire en Amérique du Nord».  

Des pales faites à Gaspé par LM Wind Power, du transport assez léger, doivent aussi circuler en camion jusqu’à New Richmond, où elles sont placés sur des wagons. Les camions ajoutent 7 millions$ par an à la note.

L’usine de Port-Daniel, un projet de 1,5 milliard$, était en construction quand l’ex-ministre des Transports Robert Poëti a décrété la mise en dormance de l’axe Caplan-Gaspé, incluant Port-Daniel, en 2015.

Le député indépendant de Gaspé, Gaétan Lelièvre, trouve navrante la lenteur de l’État québécois à réagir, surtout depuis l’annonce par le premier ministre Philippe Couillard, le 5 mai 2017, de 100 millions$ pour la réfection du chemin de fer.

«C’est comme si la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite. Le gouvernement, par le biais d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et de placement, a investi 615 millions$ dans la cimenterie mais ne fournit pas un outil de transport vital. C’est incohérent. La volonté politique n’est pas là», dit-il.

La Société du chemin de fer de la Gaspésie appartient à quatre MRC de la région. Elle possédait la voie ferrée Matapédia-Gaspé jusqu’en mars 2015 avant que Transports Québec en prenne le contrôle pour le prix des créances de la SCFG, environ 4 millions$. La SCFG en est demeurée l’exploitant.

Malgré les embûches, la SCFG a vu son achalandage passer de 1624 wagons en 2015 à 2786 en 2017. Ce volume devrait atteindre 4 000 wagons cette année.

Transports Québec, qui favorise le remplacement des ponts de Cascapédia-St. Jules, n’explique pas sa gestion de ce dossier.