Il y a plusieurs avantages à ce que la douleur soit traitée rapidement et efficacement chez les patients, notamment pour aider à sa mobilité.

Un outil novateur pour gérer la douleur des patients

Les personnes qui subissent une chirurgie ressentent presque toujours de la douleur par la suite. Comment peut-on bien soulager un patient de façon optimale? Un algorithme novateur qui oriente la prise de décisions et l’utilisation judicieuse de médicaments pour soulager la douleur plus efficacement vient tout juste d’être mis en place dans les deux hôpitaux universitaires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Cet algorithme est le fruit d’une dizaine d’années de travaux menés dans les hôpitaux sherbrookois.

« Même si nous sommes en 2019 et que nous avons une panoplie de médicaments contre la douleur, nous ne les utilisons pas de façon optimale », soutient Patricia Bourgault, professeure-chercheuse à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche du CHUS.

Résultat : les patients souffrent davantage. Et les patients dont la douleur n’est pas correctement corrigée sont plus à risque de développer des douleurs chroniques, entre autres complications possibles.

Voilà des choses qui vont changer avec l’implantation de l’algorithme, d’abord en chirurgie puis bientôt partout dans les unités de médecine des deux hôpitaux universitaires. Toutes les infirmières ont été formées et sont prêtes à gérer l’algorithme auprès de leurs patients.

Mais qu’est-ce qu’un algorithme d’analgésie multimodale chez l’adulte (AAM-A)? « Un algorithme est une suite d’étapes précises permettant de résoudre un problème. Le patient évalue d’abord son niveau de douleur à l’aide d’une échelle adaptée. L’infirmière se réfère ensuite à l’algorithme qui lui indique quelle combinaison de médicaments analgésiques il serait préférable de donner en premier, en deuxième et ainsi de suite pour que la douleur soit soulagée ou inférieure à 3 sur 10, soit légère », explique Patricia Bourgault.

Standardisation

Prenons un cas classique, celui d’un patient qui sort d’une chirurgie. D’abord, on lui donne de l’acétaminophène, un traitement de base efficace mais rarement suffisant après une chirurgie. Selon son état et le niveau de sa douleur, le patient pourra recevoir des anti-inflammatoires, si c’est approprié, puis un opiacée, comme la morphine, si c’est nécessaire.

Les patients qui subissent une chirurgie sont les premiers à bénéficier d’un algorithme novateur qui oriente la prise de décisions et l’utilisation judicieuse de médicaments pour soulager la douleur.

Le nouvel outil permet aux professionnels de standardiser le soulagement de la douleur. « Par exemple, avant d’appliquer l’algorithme, deux personnes ayant le même niveau de douleur pouvaient recevoir deux comprimés d’acétaminophène dans un cas et de la morphine dans l’autre. Maintenant, il y a un cadre précis. On peut traiter la douleur sur plusieurs fronts en combinant des médicaments ayant des actions complémentaires et diminuer la consommation de médicaments plus puissants ainsi que les effets secondaires associés », précise Patricia Bourgault.

Selon l’étude ayant mené à la création de l’algorithme, plus la douleur est traitée rapidement et efficacement avec une bonne combinaison de médicaments, moins les classes plus puissantes d’antidouleurs sont utilisées.

L’utilisation de l’algorithme permet aussi que la continuité soit plus fluide d’un quart de travail à un autre.

Pour le patient, il y a plusieurs avantages à ce que sa douleur soit traitée rapidement et efficacement. « Un patient qui ne souffre pas va mieux se mobiliser. Un patient qui a mal est aussi plus irritable, moins patient », ajoute la chercheuse.

L’algorithme en voie d’implantation partout à l’hôpital a été testé jusqu’ici chez les patients (150 ont participé à l’étude) et chez les infirmières pour qui ça facilite grandement le travail.

Il reste encore à évaluer l’appréciation des médecins et des résidents à l’utilisation de l’algorithme. « Est-ce que les médecins apprécient l’algorithme? Reçoivent-ils moins de coups de fil pour de nouvelles prescriptions? » cite en exemple Mme Bourgault.

Mme Bourgault tient à souligner que ce travail de longue haleine a été mené grâce à de nombreuses collaborations sans qui rien ne serait possible, notamment le Dr Sandeep Mayer, chirurgien au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et professeur à la FMSS, ainsi que Sylvie Lafrenaye, professeure-chercheuse à la FMSS et au CRCHUS, Johanne Lapré, conseillère-cadre en soins infirmiers au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Robin-Marie Coleman, directrice générale adjointe au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, et Alex Paré, coordonnateur de recherche.