L’arbitre Philippe Paradis a subi une commotion cérébrale après avoir été frappé au visage lors d’un tournoi de hockey amical sur la Côte-Nord.

Un officiel trifluvien frappé au visage dans un tournoi: «L’arbitrage, pour moi, c’est terminé»

TROIS-RIVIÈRES — L’arbitre trifluvien Philippe Paradis était loin de se douter qu’il allait être frappé en plein visage par un joueur pendant un match lorsqu’il a pris la route vers Havre-Saint-Pierre sur la Côte-Nord afin de jouer son rôle dans le cadre du Tournoi Harold Cyr Olympique 50, une compétition amicale à laquelle participent des hockeyeurs amateurs d’âge adulte.

L’arbitre d’expérience faisait partie d’un petit groupe de Trifluviens qui ont fait plus de 20 heures de route aller-retour afin d’aller porter main-forte aux organisateurs de ce tournoi qui n’est pas sanctionné par Hockey Québec. Le phénomène de la pénurie d’arbitres ne se limitant pas à la Mauricie, ces derniers avaient accepté l’invitation de se rendre dans ce lointain coin de pays.

Pendant un match qui se déroulait samedi soir, un des joueurs, visiblement mécontent de l’une de ses décisions, a assené un coup de poing au visage de M. Paradis, le projetant ainsi violemment sur la glace. D’autres joueurs et l’autre officiel sont rapidement intervenus afin de contrôler le bouillant joueur. Cette scène a été captée sur une vidéo qui a été partagée sur les réseaux sociaux.

«Nous venions de lui donner une punition de deux minutes. En se rendant au banc des pénalités, il n’a pas fermé la porte. J’y suis donc allé pour la fermer et il a commencé à m’engueuler. Je lui ai donc donné un dix minutes [ce qui implique qu’il devait se rendre au vestiaire]. En se dirigeant vers la porte [de la patinoire], il a continué à m’engueuler. Je lui ai dit que s’il continuait, son tournoi allait se terminer. Il m’a alors dit que mon tournoi aussi allait se terminer et c’est là qu’il m’a frappé», a raconté le principal intéressé avant de confirmer qu’il avait déposé, lundi, une plainte formelle auprès de la Sûreté du Québec.

Celui qui est père d’une fillette de quatre ans et qui travaille au sein de la fonction publique provinciale a su dès qu’il est tombé après avoir encaissé le violent coup de poing qu’il avait subi une commotion cérébrale. Il confie que la nuit qui a suivi et ainsi que le chemin du retour vers Trois-Rivières le lendemain ont été très pénibles. Ses compagnons et lui ont en effet dû arrêter à plusieurs reprises afin qu’il puisse vomir, une conséquence directe du traumatisme qu’il a subi. Il a d’ailleurs eu la confirmation qu’il s’agissait bel et bien d’une commotion cérébrale après avoir consulté un médecin lundi matin. Ce dernier l’a par la suite mis en congé de maladie pour une période d’au moins deux semaines. Cette période sera d’ailleurs consacrée entièrement au repos. Il n’aura pas besoin de réfléchir à son avenir dans le monde de l’arbitrage, car sa décision est déjà prise à ce sujet.

«L’arbitrage pour moi c’est terminé», a-t-il lancé sans hésiter. Il n’est donc plus question pour lui de risquer de se faire frapper de la sorte à nouveau, et ce, pour un salaire d’une vingtaine de dollars par partie.

L’ex-arbitre s’est tout de même dit déçu de devoir faire une croix sur sa participation aux prochains championnats provinciaux féminins, pour lesquels il avait été sélectionné pour la première fois.

«Je n’aurais pas pu y aller de toute façon, car je suis en congé de maladie», a-t-il confié sur un ton résigné.

Pas de rancoeur envers les organisateurs

Même s’il serait facile pour lui de les blâmer, Philippe Paradis n’entretient aucune rancœur envers les organisateurs du tournoi. Au contraire, il tient à souligner la belle façon dont ils se sont comportés à la suite de l’agression qu’il a subie.

«Ils sont venus me voir dans le vestiaire après pour s’excuser et me dire qu’ils n’étaient pas tous comme ça au Havre», a-t-il indiqué.

Par ailleurs, le joueur à l’origine de cette histoire, Nicolas Cyr, a confié qu’il regrettait d’avoir posé un tel geste. Par voie d’un communiqué émis lundi après-midi les organisateurs ont indiqué qu’il était suspendu définitivement de ce tournoi, comme joueur ou dans un tout autre rôle. Ils ont également condamné le geste et toute forme de violence.

De leur côté, les dirigeants de Hockey Québec n’ont pas fait de commentaire, car ce tournoi n’est pas sous leur juridiction.

Un geste déplorable

Le président du regroupement Officiels Mauricie, Éric Gosselin, déplore évidemment ce geste, ainsi que tout autre acte de violence du genre. Ayant lui-même subi les foudres des joueurs en colère à plusieurs reprises depuis qu’il a décidé de revêtir le chandail rayé, il comprend que certains de ses homologues décident de passer à autre chose.

Éric Gosselin, président du regroupement Officiels Mauricie.

«Ça fait 25 ans que j’arbitre. On peut me traiter de tous les noms. Je suis capable d’en prendre. Mais je n’accepte pas qu’on me frappe ou qu’on me touche. Je ne suis pas là pour me battre. Je travaille et j’ai une femme et des enfants qui m’attendent à la maison. J’ai été joueur longtemps et je comprends qu’on peut être enragé contre un arbitre. Mais ça ne donne pas le droit de le frapper», a-t-il déploré.

Heureux que son membre ait décidé de porter formellement plainte contre son agresseur, il tient à l’assurer de son soutien dans cette épreuve, notamment s’il décide d’intenter des recours civils.

M. Gosselin ajoute que des événements du genre ainsi que les injures dont sont trop souvent victimes les officiels découragent les jeunes recrues de poursuivre dans le domaine ou même de s’y lancer.

«Plusieurs jeunes suivent la formation de niveau 1 et abandonnent après quelques mois car ils se font faits crier après. Ils préfèrent se trouver un autre emploi», a-t-il constaté.

Alcool et hockey, pas un bon mélange

Sans dire que l’agresseur de Philippe Paradis était en état d’ébriété, le président du regroupement d’arbitres confirme qu’il arrive que des joueurs un peu éméchés sautent sur la glace lors de tournois amicaux impliquant des adultes, notamment lors des matchs en soirée et pendant la nuit. Dans ces situations, il semble que les esprits s’échauffent plus facilement et que les arbitres sont plus souvent la cible de propos injurieux.