Un héritage sculpté dans la glace

La construction du palais de Bonhomme se poursuivait mardi malgré le décès subit la veille du réputé sculpteur sur glace et sur sable, Michel Lepire. L’équipe menée par son fils Marc puisait même dans le drame une motivation à perpétuer l’œuvre du père.

«Nous ce qu’on se dit c’est que Michel aurait voulu qu’on continue. Oui, c’est un choc. C’est triste, mais il faut qu’on finisse ça. C’est un peu pour lui en même temps.» 

Charles-Antoine Girard parlait mardi au nom de ses collègues. Sur le chantier du palais de Bonhomme, la force de travail collective témoignait davantage du respect de tous pour le bâtisseur que de la tristesse qu’ils éprouvent à la suite de ce départ inattendu. Le fils du défunt, Marc Lepire, était aussi au boulot. Grimpé dans un échafaudage, il a préféré ne pas s’adresser aux médias. On le comprend.

Michel Lepire s’est éteint lundi à la suite d’un infarctus alors qu’il était au Centre Vidéotron pour une rencontre. L’homme de 70 ans avait quitté la maison peu avant 13h après avoir pris un bon repas, raconte sa fille, Renée-Claude. En apparence, il était en pleine forme. Le défunt n’avait d’ailleurs aucun antécédent médical connu qui aurait pu laisser présager cette fin abrupte.

Il est réputé dans le monde de la sculpture à Québec. Sa renommée dépasse même les frontières du pays. Il a reçu plusieurs prix internationaux pour ses œuvres éphémères de glace comme de sable.

Il a fondé son entreprise en 1994. «D’abord un passe-temps, la sculpture de la neige, de la glace, du sable, de fruits et légumes finit par prendre le dessus sur sa carrière dans l’hôtellerie», explique-t-on sur son site Internet.

«Tout le monde ne le connaissait pas, mais on a tous vu ses oeuvres», se plaît à dire M. Girard, fier d’avoir pu travailler avec lui. Il était très accueillant et généreux. Il avait beaucoup de projets. Il était rassembleur et motivateur.

«Il a été un des premiers au Québec et il a transmis son savoir à la majorité des sculpteurs, poursuit-il. Ils ont tous une anecdote qui concerne Michel ou le souvenir d’avoir reçu un conseil de lui. C’est important de continuer.»

Dans la continuité

La directrice générale du Carnaval, Mélanie Raymond, était visiblement peinée de la perte de l’homme qui a tant apporté au Carnaval. «C’est une tragédie, lance-t-elle. Il participait non seulement à la réalisation du palais. Il réalisait d’autres oeuvres pour différentes activités liées au Carnaval. Nous sommes heureux qu’il ait laissé une expertise.»

En effet, Michel Lepire a su transmettre sa passion. Son fils Marc s’est joint à lui en 1998, puis ses petits-fils, Mathieu et Gabriel, ont suivi ses traces. 

Le fondateur de l’Hôtel de glace, Jacques Desbois, parle du défunt avec beaucoup de déférence. «C’est un pionnier de la sculpture à Québec. C’est un personnage important dans le décor récréotouristique de la région, hiver comme été, parce qu’il était aussi responsable du concours de sculpture sur sable d’Expo Québec.»

Il est l’un des premiers à qui M. Desbois a fait part de son projet d’Hôtel de glace. Les deux hommes ont collaboré les premières années de construction de l’Hôtel au tournant des années 2000. «Il me proposait des concepts intégrés. Nous avions un grand respect professionnel mutuel. Il présidait aussi un concours de sculpture sur glace qu’on présentait à l’Hôtel à une certaine époque», se rappelle-t-il.

Encore aujourd’hui, M. Desbois commande des sculptures réalisées dans l’atelier de l’entreprise Lepire. Il connaît bien la famille, autant Charlotte Boucher-Lepire, l’épouse du défunt, que leur fils, Marc, et leurs petits-fils, tous dans l’entreprise.

«La sculpture sur glace, c’était lui. C’est un chapitre important qui se termine. Heureusement, il a su transmettre sa passion. Marc et ses fils sont là pour longtemps.»

Michel Lepire, ici en 2009