Un ex-cadre de SNC-Lavalin radié 20 mois

L’ex-cadre de SNC-Lavalin Michel Labbé est radié du tableau de l’Ordre des ingénieurs du Québec pour une période de 20 mois pour avoir notamment participé à un système de partage de contrats permettant de contourner le processus d’appels d’offres de la Ville de Québec.

Michel Labbé a été déclaré coupable en décembre 2017 d’avoir contrevenu au Code de déontologie des ingénieurs. Alors qu’il était vice-président régional pour la firme SNC-Lavalin, M. Labbé s’est prêté, entre 2006 et 2010, «à des procédés malhonnêtes ou douteux en participant ou tolérant un système de partage de contrat lui permettant de contourner le processus d’appels d’offres de la Ville de Québec», selon le libellé de la plainte disciplinaire. 

Il a également omis de «sauvegarder son indépendance professionnelle» ou d’«éviter toute situation où il serait en conflit d’intérêts», et a commis un acte dérogatoire «en sachant que des confrères, notamment l’ingénieur Michel Émond, participaient à un système de partage de contrats».

En vertu de ce système, les contrats étaient partagés entre des firmes d’ingénierie «en fonction de leur compétence et de l’attribution des contrats à chacune pour s’assurer que toutes y trouvent leur compte», résume le Conseil de discipline dans sa décision. «Ainsi, dépendantes de la firme d’ingénierie à qui le contrat doit être attribué, les autres soumettent des offres de complaisance afin de garantir l’obtention du contrat par la firme désignée», précise-t-il.

Commission Charbonneau

Les noms de Michel Labbé et de Michel Émond, également un ex-cadre de SNC-Lavalin, ont circulé à la commission Charbonneau en septembre 2013, quand l’ancien dirigeant d’AECOM-Tecsult, Patrice Mathieu, a affirmé qu’une douzaine d’individus avaient comploté pour répartir les contrats d’ingénierie de la Ville de Québec entre les principales firmes de génie-conseil actives localement. Les plus gros contrats étaient réservés aux plus gros bureaux, puis les autres étaient distribués par ordre décroissant, selon le témoignage de Patrice Mathieu.

Pour le Conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec, «en matière de gravité objective, les gestes reprochés à l’intimé sont très graves». 

«La conduite de l’intimé porte ombrage à l’ensemble de la profession», estime le Conseil, qui a notamment retenu comme facteurs aggravants les trois condamnations antérieures de Michel Labbé pour des infractions similaires et le fait que l’homme de 66 ans agissait comme «pivot» à Québec eu égard à l’attribution des contrats d’ingénierie. 

«Compte tenu de la nature des gestes reprochés et de la récidive en semblable matière, le Conseil considère que le risque de récidive est toujours présent, et ce, malgré les remords exprimés par l’intimé et son engagement de ne plus recommencer», écrit le Conseil, selon qui «une période de radiation sévère s’impose à l’intimé pour les gestes qu’il a posés en toute connaissance de cause». 

Michel Émond et Patrice Mathieu ont pour leur part été radiés pour une période de 14 et 18 mois respectivement en décembre 2016.