Un contrat avec New York ne signifie pas un nouveau projet, dit Éric Martel

MONTRÉAL — Même en signant un contrat d’approvisionnement avec la Ville de New York, il serait «prématuré» d’évoquer de nouveaux projets visant à accroître la capacité de production d’Hydro-Québec, croit son président-directeur général, Éric Martel.

Avec ses surplus actuels, la société d’État peut approvisionner le Massachusetts, avec qui elle a déjà une entente en poche, ainsi que New York, en plus d’être capable de répondre aux besoins d’un contrat de moins grande envergure, a-t-il expliqué vendredi.

M. Martel y est allé de cette observation en marge d’une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), où il a abordé des sujets comme les changements climatiques, les objectifs d’Hydro-Québec ainsi que ses défis à venir.

Il a voulu calmer le jeu alors que le maire de New York, Bill de Blasio, souhaite conclure une entente, avant la fin de 2020, pour permettre que sa métropole soit alimentée à 100 pour cent avec de l’hydroélectricité canadienne.

«Je pense que de parler d’un nouveau barrage, d’ajout de capacité, c’est un peu prématuré, a expliqué M. Martel. C’est sûr que ça (un éventuel contrat) nous amène plus vers là (un écoulement des surplus).»

Plus tôt cette semaine, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a évoqué la possibilité que ce contrat, s’il se concrétise, puisse contribuer à ressusciter le projet éolien Apuiat, mis de côté par le gouvernement caquiste l’an dernier.

Parallèlement aux surplus, les ventes d’électricité stagnent depuis 2007 au Québec, a rappelé M. Martel dans son discours, ajoutant qu’il pourrait même y avoir une baisse de la consommation interne en raison de l’efficacité énergétique grandissante et de la croissance de l’autoproduction à domicile.

«Cela fait 10 ans que nous sommes sur le plat, a-t-il dit. Aujourd’hui, on consomme 170 térawattheures (TWh). Si cela baisse à 160 TWh ou 150 TWh, cela veut dire que nous aurons jusqu’à 20 TWh à redistribuer.»

C’est pour cette raison que la décision entourant un éventuel nouveau projet ne viendra que vers 2020-2021 et qu’elle tiendra compte de facteurs comme l’échéance du contrat de Churchill Falls et la demande des grands clients industriels.

Pas encore fait

Par ailleurs, s’il s’est réjoui de l’intérêt de M. De Blasio, le dirigeant d’Hydro-Québec a rappelé qu’il restait encore beaucoup d’étapes à franchir avant de signer une entente en bonne et due forme. Il est possible qu’on ne s’entende pas sur le prix, a évoqué M. Martel.

On ignore encore quel prix voudra payer New York. De son côté, le Massachusetts paiera 4,8 cents US le kilowattheure - ce qui ne tient pas compte des coûts de transport.

Si les deux parties s’entendent, l’hydroélectricité sera acheminée par la ligne Champlain Hudson Power Express (CHPE), un projet qui dispose de toutes les autorisations nécessaires et réalisé avec Transmission Developers Inc. (TDI).

«Si on le fait, il faut que ça soit rentable, a dit M. Martel, lorsqu’invité à dire si un contrat avec New York serait suffisant pour financer la construction de la ligne. Je ne négocierai pas sur la place publique. On a un prix avec lequel nous sommes confortables.»

Par ailleurs, même s’il n’a pas fait référence à la possibilité de voir Hydro-Québec retourner à l’international dans le cadre de son allocution, le dirigeant de la société d’État a assuré que ce projet faisait toujours partie de ses plans.

Dans le cadre de son plan de croissance visant à doubler les revenus d’ici 2030, M. Martel souhaitait réaliser des acquisitions à l’étranger, ce qui ne s’est toujours pas encore concrétisé.

«Notre priorité était sur les exportations dans les dernières années, a-t-il dit. On a la capacité de le faire, nous avons les connaissances, mais nous ne sommes pas pressés.»

À l’heure actuelle, la concurrence est vive sur les marchés, alors que les actifs sont dispendieux et que les capitaux sont disponibles, a expliqué le grand patron de la société d’État.